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XXVII. — Election de Berthier contestée. — Influence indue

— Qui empêche cette question d'influence indue

d'être réglée comme elle doit l'être '

Il n'y avait pas deux ans que Mgr Conroy avait laissé le pays, que certains hommes, encouragés par ce qui s'était fait dans le diocèse de Québec et surtout par les doctrines qu'avait émises ce Délégué apostolique, • entreprirent de contester une nouvelle élection politique, celle qui avait eu lieu dans le comté de Berthier. Ils s'appuyèrent surtout sur le chef de l'influence indue exercée par les curés de ce comté.

On renouvela alors, mais avec circonstances aggravantes, tout ce qui avait eu lieu dans la contestation de l'élection de

1. Nous donnerons à la suite de la Source du mal de l'Epoque au Canada, la brochure de Mgr Laflèche, relative à Influence spirituelle indue.

Cliarlevoix. On porta l'audace jusqu'à interroger les témoins sur ce que leurs confesseurs leur avaient dit au tribunal de la pénitence pour les diriger en matière politico-religieuse.

Les excès auxquels se portèrent les libéraux en cette occasion, furent tels, que tous les évêques de la province de Québec, ayant Mgr Taschereau à leur tête, crurent devoir adresser, à la date du premier juin 1880, une lettre pastorale à tous leurs fidèles pour les prémunir contre le scandale qui avait lieu.

Comme tout le monde gémissait, depuis longtemps sur l'abus d'interprétation que faisaient les libéraux de la loi dite de Y influence indue dans les élections, un zélé religieux entre* prit de mettre un terme à ce mal. Il vit la majorité de nos dé* pûtes au parlement, pendant qu'ils étaient en session, et il obtint facilement d'eux qu'ils modifieraient cette loi, en déclarant que rien de ce qu'elle renfermait ne devrait s'appliquer aux prêtres, agissant comme tels en chaire, au confessionnal ou ailleurs.

Quelque assuré qu'il fût du succès de sa démarche, il crut devoir communiquer à Mgr Taschereau ce qu'il avait fait, afin de lui expliquer pourquoi il n'avait pas cru devoir en dire davantage dans l'amendement qu'il suggérait de proposer à la loi de l'influence indue. A sa grande surprise, Mgr Taschereau se montra très mécontent et lui enjoignit de se tenir tranquille. Il ajouta, pour motiver son injonction, qu'il était bon que pareille loi existât, et que c'était par son moyen que les prêtres seraient maintenus dans leur devoir, à propos de la part qu'ils avaient à prendre dans les luttes électorales.

Et à la dernière session de notre Parlement de Québec, laquelle a eu lieu il n'y a guère plus de six mois, Mgr Taschereau a encore refusé, et cela, malgré la demande de plusieurs de 'ses collègues, d'intervenir pour solliciter, ce qui eût été de Suite accordé, une modification de la loi dite de Yinfluence indue.

Pourquoi Mgr Taschereau persiste-t-il à agir de la sorte?

Uniquement pour plaire aux libéraux, dont les plus importants font partie de sa maison, du Séminaire de Québec et de l'Université Laval. C'est incroyable, mais tel est le cas : il sacrifie les plus grands intérêts d'une province, ses intérêts religieux surtout, aux méprisables intérêts de l'amour-propre de quelques individus.

Et ce qu'il y a de plus déplorable, c'est de voir, à propos de cette question de l'influence indue, connue à propos de celle de la restitution des biens des Jésuites et de plusieurs autres, comment les choses sont représentées à Rome.

En effet, n'est-il pas surprenant et au delà de tout ce que Ton peut imaginer, pour nous qui vivons au Canada et qui voyons ce qui s'y passe, d'entendre Son Eminence le cardinal Siméoni dire ce qui suit à Mgr Tascliereau, dans une lettre en date du 13 septembre de la présente année :

« Votre Seigneurie devra notifier à chacun des suffragants, » de la part de Sa Sainteté, que chacun des Prélats indivi- » duellement ait à s'abstenir d'agiter ou de faire agiter soit » dans le Parlement, soit dans la presse, la question de la » modification de la loi concernant la dite influence indue. » Que s'il arrivait une époque où les évêques réunis jugeas- » sent tous ensemble que ' le temps opportun est venu de » faire la susdite demande, ils devront d'abord recourir à » cette Sacrée Congrégation pour en recevoir les instructions » convenables. »

Pour que son Eminence le cardinal Siméoni ait donné de telles instructions, relativement à la loi i!e l'influence indue, il faut de toute nécessité qu'on lui ait représenté que vouloir apporter quelque modification à cette loi serait mettre le pays en danger de passer par une révolution, tout comme on a fait par rapport à la restitution des biens des Jésuites.

Or, quel que soit le respect que l'on ait pour le cardinal Siméoni, jamais il ne parviendra à nous convaincre que nous sommes sur le point de subir les plus grands maux au sujet des questions à régler parmi nous dans un sens vraiment ca-

tholique, quand nous savons parfaitement bien que ceux qui supposent le plus fort à ce que ces questions soient ainsi réglées, sont des autorités ecclésiastiques qui subissent l'influence très indue du Séminaire de Québec et de l'Université Laval.

Le seul effet qu'ait produit la publication de la lettre du cardinal Siméoni, par Mgr l'archevêque Taschereau, a été de jeter tous les hommes de bien dans un profond dégoût et de leur arracher cette plainte : « Que de mensonges on fait par- » venir à Rome et combien facilement ces mensonges sont » crus! »

Dans la même lettre du 13 septembre 1881, S. E. le cardinal Siméoni reproche au clergé canadien sa trop grande ingérence dans les affaires politiques, et même de nommer les personnes en chaire au sujet de ces affaires.

Nos accusateurs, à Rome, ont ici dépassé toutes les bornes, car jamais un prêtre en chaire n'a nommé qui que ce soit. Jamais on n'a pu et jamais l'on ne pourra prouver l'ombre d'un tel fait.

Quant à la trop grande ingérence de notre clergé dans les affaires politiques, elle se réduit à avoir prémuni les fidèles contre les fallacieuses doctrines du libéralisme, conformément aux très sages avis de Pie IX : et voilà tout. Mais d'après les dépositions, données en Cour Civile par des témoins qui n'avaient rien compris aux instructions de leur curé, et qui, ne les ayant pas comprises au moment où elle se donnaient, étaient encore bien moins capables d'en rendre compte plusieurs mois après les avoir entendues, on a conclu que les curés avaient tort et que leurs paroissiens avaient raison.

C'est ainsi que Mgr Taschereau procédait, même en retraite pastorale. Il lisait à tous ses curés réunis un rapport imprimé, mais mensonger en tout, de ce qu'avaient fait les cuiés de Berthier pendant l'élection politique dont nous avons déjà parlé, 'et il en concluait qu'il fallait éviter d'aussi folles extravagances.

S. E. le cardinal Siméoni1 dit enfin que la cause des maux qui régnent parmi nous, c'est la. division des évêques. Oui, tel est le cas. Mais quelle est la cause de la division de nos évêques entre eux, si ce n'est comme le démontre péremptoirement cet exposé de faits, si ce n'est le seul archevêque Taschereau? C'est bien ici le temps de rappeler ce qu'on disait de lui, avant qu'il fût promu à l'épiscopat : « Si cet homme devient archevêque de Québec, ce sera la » plus terrible épreuve que l'église du Canada ait jamais » subie. »

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