XXVIII. — Question universitaire soulevée de nouveau
I\ous avons déjà vu comment les Messieurs du Séminaire de Québec et de l'Université Laval avaient traité les professeurs de l'Ecole de Médecine de Montréal.
Or, il est arrivé que ces professeurs, indignement traités, se sont aperçu que l'Université Laval s'était irrégulièrement établie, à Montréal, sous forme de succursale, c'est-à-dire qu'elle s'y était mise en possession de droits qu'elle n'avait pas d'après sa Charte Royale du 8 décembre 1852, ni d'après la Bulle de Pie IX, en date du 15 de mai 1876. Ils ont donc signifié à l'Université Laval d'avoir à se retirer de Montréal.
La dite Université refusa, et, pour échapper aux coups de la loi, elle demanda à la Reine d'Angleterre, par l'intermédiaire des évêques, de lui permettre de rester à Montréal.
La reine Victoria ne répondit pas dans le sens qu'on aurait désiré, et elle renvoya la question à la décision de ses tribunaux. Le Saint-Père, qui avait promis de respecter la charte
1. Ceux qui ont le mieux connu le card. Simeoni, rendent témoignage à sa vertu, tout en reconnaissant qu'il poussait la bonté et la confiance dans ses subordonnée jusqu'à une sorte d'excès. Ses subordonnés en abusèrent, et en particulier ce seigneur Zitelli, minutante (assistant-secrétaire) charge des affaires canadiennes.
de la Reine ne pouvait voir cette décision d'un mauvais œil. L'Université Laval qui n'aimait pas l'allure, pourtant bien naturelle, que prenaient les affaires, et qui, d'un autre côté, ne voulait pas être délogée de Montréal par une sentence judiciaire, prit un moyen détourné pour échapper à 1 issue d'un procès.
Elle fit demander à nos représentants par les évêques une loi qui l'autoriserait à s'établir partout, et conséquemment à Montréal. A ses yeux, elle avait tout gagné si elle obtenait ce point.
Les évêques, pour le plus grand nombre, jugèrent cette pétition dangereuse, parce qu'elle demandait un pouvoir trop étendu en faveur de l'Université, Laval. Celle-ci donna alors des garanties comme quoi elle n'irait pas s'établir chez eux, sans leur permission. Mais elle n'eut garde d'en donner à Mgr de Montréal, chez qui elle voulait s'implanter coûte que coûte.
Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières, ne voulut pas signer cette pétition à la législature provinciale pour plusieurs raisons, reconnues excellentes par tous les hommes bien pensants parmi nous. Entr'autres, Mgr Bourget, ancien évêque de Montréal, Mgr Jos. Laroque, ancien évêque de Saint- Hyacinthe, et Mgr Pinsonnault, ancien évêque de Sandwich, approuvèrent la résolution qu'il avait prise.
Plus que tout cela, des centaines de requêtes furent adressées à notre Parlement pour le prier de ne pas octroyer à l'Université Laval ce qu'elle demandait. Et jamais pareille opposition ne s'était manifestée avec autant d'ensemble ni avec autant d'énergie à propos d'un projet de loi. C'était bien alors le temps de crier à la révolution, comme on avait crié à propos de la restitution des biens des Jésuites et de la modification de la loi de l'influence indue. Il y avait mille et mille raisons de plus de le faire. On s'est tenu coi cependant, on n'a pas tenu le moindre compte des requêtes présentées au gouvernement, on a agi contrairement à ce qu'elles
demandaient, et il n'y a pas eu de révolution au Canada!!! Preuve évidente qu'on représente à Rome les choses, qui nous regardent, tout autrement qu'elles ne sont. Quand les libéraux redoutent une décision qui les condamne, tout le pays va être bouleversé! et si le pays est bouleversé à propos de ce qu'ils exigent, ce n'est absolument rien du tout!
Mgr Taschereau, qui est le chef de l'Université, comme Visiteur et comme ancien prêtre du Séminaire de Québec, voulait l'adoption du projet de loi en faveur de cette Université. Il fit, en conséquence et publiquement, de graves reproches à Mgr Laflèche et à Mgr Bourget. La presse libérale, qui n'espérait pas si bonne aubaine, en profita, et sans la moindre protestation de Mgr Taschereau, elle insulta ces deux prélats dans tous les journaux et pendant longtemps.
Cependant, il fallait faire adopter le projet de loi, et l'on craignait avec raison l'expression des sentiments de la bonne presse et de l'opinion publique. Comme il est de droit public, au Canada, que toute mesure, présentée au parlement, doit être discutée dans les journaux, l'on tenta de faire taire absolument tous les journaux opposés à Laval, dans cette question, et ce fut Monseigneur l'Archevêque qui proclama le premier que s'opposer à Laval, en pareille occasion, c'était s'opposer au Saint-Siège et même lui proclamer la guerre.
On ne le crut pas, et le projet de loi en faveur de l'Université Laval fut adopté quand même, parce qu'il donnait raison aux libéraux.
Et c'est depuis cette époque que Mgr A. Racine, qui a toujours été très opposé à l'Université Laval, mais qui se range toujours aussi du côté du plus fort, s'est déterminé à aller à Rome pour plaider en faveur d'une cause dont il n'a jamais voulu le succès. Et des preuves nombreuses peuvent être apportées à l'appui de cet avancé. Quant à M. Hamel, que Mgr A. Racine accompagnait, il est toujours demeuré ce qu'il était depuis longtemps, c'est-à-dire un ancien élève de l'école
des Carmes à Paris, dont le supérieur était M. l'abbé Cruice, qui est devenu évêque de Marseille.
Mgr l'évêque Racine, qui a accompagné M. Hamel à Rome, a demandé, et il n'y a pas longtemps encore, à des prêtres, qui le certifieront, d'écrire contre le Séminaire de Québec et contre l'Université Laval. Comment se fait-il qu'il ait sitôt changé d'opinion ? La réponse est facile : « Question d'amourpropre et question d'intérêt. » Si Mgr Racine réclame, nous lui prouverons nos avancés et amplement.