Voir Voix Canadiennes, tome II; pages 283 et 282, notes
tendue « influence spirituelle indue... » Je prends note de la persuasion où est Votre Grandeur, que, si cet amendement désiré et demandé par tout l'épiscopat de la Province, éprouve de l'opposition, ce sera de la part de nos libéraux. J'en conclus, pour mon compte, que leur libéralisme n'est pas seulement -politique, mais beaucoup plus dangereux que quelques-uns ne semblent le penser1... »
Le 23 janvier 1881, Mgr Moreau, évêque de Saint-Hyacinthe, écrivait à Mgr Laflèche : « J'ai reçu votre brochure... que le ciel vous récompense au centuple pour votre zèle si édifiant... à revendiquer avec une telle fermeté et sûreté de principes, les droits sacrés inaliénables de l'Eglise, et les saintes immunités de ses ministres. Je suis entièrement de l'avis de Votre Grandeur, que le temps est venu de solliciter vivement un amendement à la loi des élections sur l'article de « l'influence indue », afin que les scandales comme ceux de Charlevoix et de Berthier ne se renouvellent plus 2:.. »
Mgr Antoine Racine, évêque de Sherbrooke, opinait ainsi le 24 janvier 1881 : « J'ai reçu la brochure « Influence spirituelle indue »..., vous avez magistralement démasqué les artifices, au moyen desquels plusieurs catholiques... sont entraînés hors de la voie de la vérité catholique3... »
De son côté, Mgr Dominique Racine, évêque de Chicoutimi, écrivait le 25 janvier 1881 : « J'ai lu avec le plus vif intérêt, les belles pages de la brochure « Influence spirituelle indue », et je félicite cordialement celui qui les a écrites... Elles porteront les heureux fruits que vous en attendez4... »
Mgr Langevin, évêque de Rimouski, écrivait à l'auteur le 5 février 1881 5 d'une façon fort explicite approuvant ceci sans réserve, discutant cela avec bienveillance et cordialité.
1. Voir lettre in extenso, Voix Canadiennes, tome II, page 280, note 2.
2. Voir lettre in extenso, Voix Canadiennes, tome II, page 281, note 1.
3. Voir lettre in extenso, Voix Canadiennes, tome II, page 281, note 2.
4. Voir lettre in extenso, Voix Canadiennes, tome II, page 282, note.
5. Voir lettre in extenso, Voix Canadiennes, tome II, page 285, note.
D'autre part, Mgr Taschereau ayant manifesté le désir de revenir sur les instructions données dans la Lettre Pastorale collective du 22 septembre 1875, Mgr Laflèche lui fait connaître, le 13 février 1876, les multiples raisons et la haute convenance de s'en tenir à cet exposé clair et précis de la doctrine catholique sur la question si difficile des rapports de l'Eglise et de l'Etat1. Et dans une autre missive, en date du 26 du mois de la même année, l'évêque des Trois- Rivières répondant à l'archevêque de Québec qui lui avait écrit au sujet des accusations portées contre quelques prêtres du comté de Charlevoix, lui fait connaître, avec une grande franchise et une logique rigoureuse, ce qu'il pensait sur cette difficile affaire; il n'admet pas que ces accusations soient fondées, ou que les prêtres incriminés aient outrepassé leurs droits civiques, ou abusé de leur autorité sacerdotale; il suggère autant de prudence que de fermeté, en face des ennemis de l'Eglise, et exprime l'avis qu' : « Il faut se garder de dire que la lettre du 23 septembre n'a pas condamné le parti libéral, ce qui ne serait pas strictement vrai. Car ce document condamne directement iout individu, ou tout parti politique imbu des erreurs libérales, et par conséquent, cette condamnation atteint le parti libéral en autant qu'il est imbu de ces erreurs2... »
Il s'agissait en somme, pour l'épiscopat, d'obtenir d'un gouvernement, non prévenu, l'amendement de la loi électorale, dont le dispositif ambigu avait permis mie interprétation telle que l'action du prêtre, même en matière religieuse, pouvait être gravement entravée, et, par suite, comme ce fut le cas en diverses circonstances à propos d'élections, que des condamnations rigoureuses autant qu'iniques, avaient été encourues,
Mgr Laflèche qui ne dédaignait pas la polémique, pour le moins parce qu'il y était passé maître, fit donc paraître sans
1. Voir cette lettre in extenso dans les Voix Canadiennes, tome II, page 57.
2. Voir cette lettre dans les Voix Canadiennes, tome II, p. 59, note.
Vers l'Abîme. 18
les signer, dans le journal des Trois-Rivières, divers articles gur YInfluence spirituelle indue du clergé; et ce sont ces articles réunis qui formaient la brochure si chaleureusement accueillie par l'épiscopat, après avoir du reste profondément remué le peuple canadien. On avait deviné l'auteur et plusieurs évêques, en approuvant la brochure que Mgr Laflèche leur soumettait, lui répondaient en le félicitant de sa paternité, littéraire.
Mgr Taschereau savait donc à quoi s'en tenir, lorsque, le 21 décembre 1880, l'évêque des Trois-Rivières lui écrivait :
« Monseigneur,
» Le Journal des Trois-Rivières a mis en brochure les ar- » ticles qu'il a publiés sur YInfluence indue, et je me fais » un devoir d'en adresser un exemplaire à Votre Grandeur, » persuadé qu'elle le parcourra avec intérêt. Ces articles me » paraissent propres à éclairer l'opinion publique sur ces ma- » tières si peu connues et à la préparer à bien recevoir l'amen- » dément que nous avons demandé, il y a plus de deux ans, » dans notre Déclaration à la snite du jugement de la Cour » Suprême dans la contestation de Charlevoix.
» Je tiens de bonne source, qu'un des membres les plus » influents, du gouvernement de Québec a déclaré ,qu'il était » prêt à faire ce changement à la loi électorale, si les Evè- » ques en manifestaient le désir. Je crois le temps venu » et, sans agir publiquement, mais en informant privément » le ministère que nous désirons que cette loi soit amendée, » comme nous en avons exprimé le désir, la chose se fera » sans difficulté. C'est ce que, pour ma part, je prie Votre » Grandeur de faire. Nous dégagerons ainsi notre responsa- » bilité devant l'opinion publique qui croit généralement que » la chose dépend des Evêques, d'après ce qui s'est passé le » printemps dernier, et nous n'aurons plus le triste spec- » taclc des scènes de Berthier.
» Dans cet espoir, etc.
» f L. F., Ev. des Trois-Rivières. »
Que fait le métropolitain, en présence de l'exposé lumineux d'une situation pénible qu'il lui appartient de solutionner, à supposer qu'il fût favorable à cette solution, ou qu'il y vît le véritable intérêt du clergé catholique et de l'Eglise; à supposer encore qu'il ne fût point libéral lui-même, déjà engagé en sens contraire, et par suite de parti-pris, systématiquement opposé au vœu si naturel, si pratique, si susceptible d'un bon et prompt aboutissement que le trop confiant éyêque des Trois-Rivières lui formulait en toute simplicité?
Ce qu'il fit ! Voyez sa réponse du 2 février 1881 l. Le pauvre homme! Il consulte, comme Pilate consultait, le peuple égaré en face des bourreaux ameutés. Que voulez-vous que je fasse! implore-t-il, tout en suggérant qu'il désire, ne rien faire qui puisse le mettre en mauvaise posture, ou capable de le contrarier en d'autres milieux, pour d'autres causes. Il savait en posant la question qu'il y en avait qui le comprendraient, parce qu'il y avait des intérêts liés et des compromis partagés.
Mgr Taschereau obtint bien des réponses selon ses vœux, mais pas aussi nombreuses qu'il les attendait; il répliqua donc à Mgr Laflèche :
« Monseigneur,
» Je m'empresse *de communiquer à Votre Grandeur, le ré- » sumé des réponses à ma lettre du 23 janvier dernier, sur » l'opportunité de demander au gouvernement l'amendement » de la loi électorale qui concerne Yinftuence spirituelle indue. »
Il constatait que quatre évêques étaient favorables : Trois- Rivières, Rimouski, Ottawa et Saint-Hyacinthe. Trois évêques trouvaient la chose imprudente ou inopportune, comme