S8 SË.N8AT10» 1RAX8F0HUÉE
des éléments dilféreats, juxtaposés ! Les rationalistes ne semblent -ils pas croire que i'âme n'a pas été, en naissant, douée de toutes ses propriétés constitutives et, si l'on pouvait s'exprimer ainsi, créée de toutes pièces ? Combien plus de bon sens et de profondeur. les naturalistes ne portent^ ils pas dans l'étude des substances raatérieUes mêmes? c La nature, dit BufTon, ne fait pas un pas qui ne soit en tout sens. » — « Chaque ouvrage de la nature est un tout : elle pi'épare en silence le germe de ses productions ; elle ébauche par un acte unique la forme primitive de tout être vivant. » — « Tout être oi^anisé, dit Cuvier, forme un ensemble, un système dont les parties se correspondent naturellement; chacune de ses parties indique et donne toutes les autres. »
Pourquoi donc les naturalistes raisonnent'ils autrement que les métaphysiciens? Ne seraitrce point parce que ceux-ci veulent aller des mots aux idées, tandis que ceux-là vont des idées aux mots?
Les rationalistes reconnaissent un principe, qu'ils appellent le grand principe de substati^ tialité, et qu'ils formulent ainsi : « Tout mode suppose une substance. » Pour que cette célèbre sentence pût nous apprendre quelque chose, il faudrait, selon nous, y ajouter cette idée : et la nature des modes nous révèle la nature des sub-
SENSATION TRANSFOnUÉE. 59
Stances; avec cette addition, ce grand principe cesserait d'être tout à fait stérile , et nous pourrions .alors nous en servir contre ceux - mêmes qui s'imaginent l'avoir inventé; nous pourrions dire, par exemple : Si la nature des modes nous révèle la nature des substances, la réciproque doit être vraie, c'est-à-dire que la nature des substances doit nous révéler aussi la nature des modes; or l'âme humaine n'est-elle pas simple et identique? Donc ses modes, ses manières d'être ne peuvent pas être essentiellement différentes. Donc ce que vous prenez pour une différence de nature, n'est tout au plus qu'une différence de degré, n'est qu'une transformation, comme dirait Condillac. TeHe est la conséquence rigoureuse du principe des substances bien entendu.
Ce n'est pas tout : si tout mode suppose une substa!nce, et si, entre les modes ou les manières d'être de l'âme humaine, vous établissez des différences de nature, ne vous exposez-vous pas à réaliser (i) les facultés intellectuelles, à en faire
(1) a Od a réalisé les facultés de l'âme, ce qui a donité lieu à des questions futiles : « Je crains, dit Locke, que la maDière dont " ou parle des TaculléE de l'âme n'ait fait venir à plusieurs « personnes l'idée confuse d'autant d'agents qui existent distinc- ' tement en nous, qui ont différentes fonctions et différents * pouvoirs ; qui commandent, obéissent et exécutent diverses " choses comme autant d'êtres disUncts, ce qui a prodoit quan-
60 BI!>'SATIO:f TRANSFOH^IIÉe.
autant de petits êtres distincts? A cette question
, nous pourrions répondre affirmativeraent ; car il
n'est pais douteux que les rationalistes n'aient gra-
> tité de vaines disputes, de discours obscurs el pleins d'incer- H litude sur les questions qui se rapportent à ces dllféreDls pou- « voirs del'àme. »
' Cette crainte est digne d'un sage philosophe ; car pourquoi agilerait-on comme des questions fort importantes : Si le Jugement appartient à l'entendement ou à la volonté; s'ils tant l'un et l'autre également actifs ou également libres ; si la rotonlé est capable de connaissance, oa si ce n'est qu'une faculté aveugle; si enfin elle commande à l'entendement, ou si celui-ci la guide et la détermine? Si par entendement et volonté les philosophes ne voulaient exprimer que l'âme envisagée par rapport à certains actes qu'elle produit ou peut produire, il est évident que le jugement, l'activité et la liberté, appartiendraient à l'entendement, ou ne lui appartiendraient pas, selon qu'en parlant de cette faculté on considérerait l'âme comme active ou comme passive. Il en est de même de la volonté. Il suffit, dans ces sortes de uis, d'expliquer les termes, en déterminant par des analyses exactes les notions qu'on se fait des choses. Mais les philosophes ayant été obliges de sereprésenter l'âme par des abstractions, ils en ont multiplié l'être; et l'entendement et la volonté ont subi le sort de toutes les notions abstraites, Ceux-mômes, tels que les cartésiens, qui ont remarqué expressément que ce ne sont point là des êtres distingués de l'àme, ont agité toutes les questions que je viens de rapporter; ils ont donc réalisé ces notions abstraites contre leur intention, et sans s'en apercevoir. C'est que, ignorant la manière de tes analyser, ils étaient incapables d'en counaitre les défauts, et, par conséquent, de s'en servir avec toutes les précautions nécessatres. Les abstractions sont donc souvent des fautâmes que les philosophes prennent pour les choses mêmes. * (^rl de penser. Part. A, ch. 8.)
SENSATION TRINSFORHÉE. 61
vement compromis le dogme de la simplicité de l'âme, et c'est chose assez étonnante que ce soit précisément Condillac qm donne ici à ses contradicteurs une leçon de spiritualisme/ Il est vrai que tous posent en fait la simplicité et la spiritualité de la substance pensante; mais il ne suffît pas d'affirmer une chose, il faut avoir le droit de le faire. Or leur théorie des facultés et des opérations de l'àme est contraire non -seulement au principe des substances, comme nous venons de lé voir, mais encore à cette autre vérité ; que les sensations ou les sentiments, les idées et les volitlons ne sont rien autre chose que l'esprit luimême existant dans un certain état. J'accorde que ces contradictions sont involontaires, et même, si on le veut, ne sont qu'apparentes de leur part; il n'en est pas moins vrai que le préjugé que nous combattons est tellement favorisé par le langage (1) qu'ils emploient, qu'un grand nombre de lecteurs s'y sont laissé prendre : il en est qui , en lisant leurs théories des facultés intellectuelles, ont
(1) fBieo des philosophes disputent sjr la nature des [acuités, et il leurest difQci!e de s'enleadre, pan'« que, ne se doutant pas que ce ne sont que des notions abstraites, ils les prennent pour des choses très-réelles, qui existent en quelque sorte séparément dans l'âme, et qui ont chacune un caractère essentiellement dilTérenl. Los absiractinns réalisées sont une source de vaines disputes et de mauvais raisonnements. " ( Traité des uvimaux. Part. ï,ch. 10.)
62 SENSATION TBàNSPORHÉE,
cru entendre Plolin dissertant sur les hypostases^ et se sont imaginé que l'àme humaine est une collection de trois entités distinctes et indépendantes, une sorte de tryade composée ni plus ni moiiK de trois monades existant à part.
- C'est ainsi que ce qui dans ta nature est un et simple peut quelquefois nous paraître divers et composé, parce que nous avons l'habitude de croire à l'existence de tout ce qui a un nom dans la langue.
Les rationalistes protesteraient sans doute contre de pareilles conséquences. Cependant ils y sont fatalement conduits non-seulement par un vice de langage, mais encore par un vice de méthode et de raisonnement : est-il vrai, oui ou non, qu'ils posent et discutent cette question ; « Laquelle de nos facultés intellectuelles se développe la première? » Selon eux, les facultés sont donc indépendantes les unes des autres, et par conséquent, relativement à l'âme, substance une et identique, tout n'est plus dans tout : si la sensation, par exemple, la pensée et la volition, manières d'être de l'esprit, sont les produits de trois facultés profondément distinctes, elles sont des modes profondément différents, et, comme tout mode suppose une substance, elles se rapportent nécessairement à des réalités profondément distinctes. N'est-ce pas là réaliser des abstractions?
SENSAllON TRANSFOBBIÉB. 63
J'ai démontré qu'il est - impossible de sentir sans conn^Lre et vouloir, impossible de connaître sans vouloir et sentir, et impossible de vouloir sans sentir et connaître; par coi^séquent, s'il était permis de comparer entre eux l'esprit et le corps, on pourrait dire, que la sensation ou le sentiment, la pensée et la volition sont à ta substance immatérielle ce que la longueur , la laideur et ta profondeur sont à la substance matérielle.
« Laquelle des facultés intellectuelles se développe la première? » Que diriez-vous d'un géomètre qui chercherait laquelle des trois dimensions d'un solide préexiste aux autres dimensions? Chose étonnantel le langage que les physiciens n'oseraient pas tenir par rapport aux corps, les philosophes le tiennent par rapport à l'esprit! Au géomètre qui viendrait nous dire que les trois dimensions de l'étendue sont des choses distinctes, ne ferions-nous pas remarquer que la longueur, la largeur et la hauteur d'un corps n'étant que sa surface, et celle-ci n'étant que la série des points mathématiques, où ce corps cesse d'être ce qu'il est, c'est-à-dire n'étant rien, ces trois dimensions ne sont point distinctes, puisqu'en soi elles n'existent pas. Il en est de même des facultés de l'âme, de leurs opérations et de leurs produits, lesquels ne sont que des abstractions, des mots qui ne signifient absolument rien, tant que sous ces
64 SENSATION T.tAK3P0IIMÉE.
signes difTérenU on ne met pas une réalité vivante, toujours identique à eUe-même, la substance qui pense, qui sent et qui veut; et, pour revenir à la conclusion que nous voulons tirer, puisque l'âme ne peut jamais difTérer essentiellement d'elle-même, nous sommes sûrs de ne pouvoir trouver dans ses manières d'être que des différences de d^ré, jamais des différences de nature. Par conséquent, il faut admettre que les produits de nos facultés, quelles qu'elles soient, bien que susceptibles de distinctions verbales relativement à notre manière de concevoir, ne constituent dans la réalité qu'un phénomène indivisible qui peut changer d'aspect, il est vrai, mais qui, toujours substantiellement identique à lui-même , n'admet au fond que des transformations, parce qu'il est le mode, la manière d'être d'une substance simple, une et indivisible.
a Dès qu'une sensationest perdue, ditM.Flourens « aux phrénologistes, toutes le sont; dès qu'une « faculté disparidt, toutes disparaissent. Il n'y a « donc pas des sièges divers pour les diverses « facultés, ni pour les diverses sensations. La fait culte de sentir, de juger, de vouloir une chose, « réside dans le même lieu que celle d'en sentir, « d'en juger, d'en vouloir une autre; et consé- « quemment cette faculté, essentiellement une, « réside essentiellement dans un seul organe. »
SENSATION TRANSFOUfÉa. 6$
a L'intelligence est donc une (i). ■> Ce que cet auteur reproche à la phrénologie, on peât le reprocher au rationalisme : « À l'intelhgence, faculté essentiellement une, il substitue de petites intelUgences ou des facultés dislinctes et isolées (S). »
Si les rationalistes ont admis des facultés individuelles, distinctes et indépendantes, c'est qu'à l'exemple des métaphysiciens, dont ils reproduismnt les doctrines sous un langage d'ailleurs fort peu différent, ils n'ont pas su résister au penchant qui nous entraîne à réaliser les abstractions de l'esprit, penchant contre lequel les philosophes de l'école française n'ont jamais cessé de nous prémunir (3); c'est surtout parce que, négligeant Xanalyse philosophique qui ji'opère que sur des rapports de génération, ils n'ont, comme nous l'avons déjà dit, employé que Xanalyse descriptive,
(i) Examen de la phrinoloffie, p. 19.
(t) Ibid., p. iO.
[3) «Si OD regardait les mots raisun , entendement, etc., dit Laroiniguiëre , comme les noms d'autaot de facultés individuelles, etc... le génie le plus puissant, abusé par des mots qui ne seraient que des mots, aurait beau dépluyer sur eux toutes ses forces. Placé hors des choses et hors des idées, il ne pourrait que s'épuiser en combinaisons stériles et chimériques.
Il Aussi Jes auteurs qui n'ont pas su résister à ce penchant qui nous entraîne, k ce besoin que nous avons de tout réaliser, se sont-ils égarés dans des discours inintelligibles. >> (Leçons de PhUosophie. Leç. XII. Part. 1 .)
66 SEMSATIOTt TRAHSPOmiÉE.
laquelle, ne partant que des mots, n'aboutit qu'à des distinctions purement verbales. « Il est bien important, dit Gondillac, de ne pas réaliser nos abstractions. Pour éviter cet inconvénient, je ne connus qu'un moyen , c'est de safvoir développer, dès l'origine, la génération de toutes dos notions abstraites. Ge moyen a été inconnu aux philosophes, et c'est en vain qu'ils ont tâché d'y suppléer par des définitions. La cause dé leur ignorance à cet égard, c'est le préjugé où ils ont toujours été qu'il fallait commencer par les idées générales : car, lorsqu'on s'est défendu de commencer par les particulières, il n'est pas possible d'expliquer les plus abstraites qui en tirent leur origine (i). »
L'oubli de Yanalyse de raisonnement et l'emploi presque exclusif de Yanalyse descriptive, voilà ce qui a conduit les rationalistes à réaliser les facultés intellectuelles. A cette première cause s'en est jointe une autre : l'impossibilité, d'après eux, de retrouver dans le phénomène primitif l'exercice de certaines facultés et le germe de certaines idées, comme la liberté, par exemple, et l'idée du bien et du mal moral; impossibilité, qui n'est qu'apparente, et d'ailleurs tout à fait inconcevable : en effet, que suppose la liberté? L'ac-
(1) .4rt de penser. Part. I , ch B.
SEISSATION TRAN8PORHÉC. 67
tivité et la faculté d'apprécier les mobiles qui peuvent la déterminer ; car la liberté n'est rien autre chose que le pouvoir de vouloir après délibération, et par conséquent on ne sait pas trop comment on pourrait la distinguer de la volonté (1) ; que suppose à son tour l'idée morale? Tout acte moral est un acte volontaire qui se décompose en deux éléments : le mobile et le but, ou l'intention et la fin. L'intention appartiendra plus particulièrement à la sensibilité et à la volonté , et la fin à l'entendement. Or n'avons-nous pas prouvé que ces trois facultés concourent à la formation du phénomène primitif? Donc la première manifestation de l'activité intellectuelle renferme le germe de toutes les facultés et de toutes les idées possibles et imaginables. D'ailleurs, s'il en était autre-
(1) ■ An sujet de la liberté et <le la volonté, M. Locke et U. Leclerc font une ample et épineuse (lisser ta lion pour montrer que la liberté n'est pas la même faculté que la volonté, au lieu que c'est, disent-ils, une faculté de l'etHendenievt. Après avoir lu avec attention et plus d'une fois ces profondes réflexions, il m'a paru que c'est l'endroit île tout l'ouvrage où l'auteur s'est le moins entendu lui-même. En etTet, personne se trompè-l-il à l'idée de ces facultés diflérentes? Xe sait-on pas qne c'est la même âme qui produit diverses opérations? Selon que nous trouvons plus ou moins de différence dans ces opérations, nous nous figurons plus ou moins du facultés différentes d'où elles procèdent ; bien que ces facultés ne soient au fond et réellement qu'une seule et même substance, qui est l'âme. ■ (BoFFiEB. Traité det vérités premières. Part, 3. cb. J.)
68 , SENSATION TRAKSFOBUËfi.
menl, ne feudrait-il pas admettre l'inconcevable hypothèse que la nature ne fait les choses qu'à plusieurs reprises, et par conséquent avoir recours à une seconde création?
Outre le vice de méthode et l'abus des abstractions réalisées ou non réalisées, on peut, dans l'examen du rationalisme, relever à chaque pas des inconséquences manifestes, des contradictions flagrantes, des erreurs palpables , enfm des choses capables d'étonner l'imagination même. Nous n'en voulons pour preuve directe que le procédé en usage dans cette école pour déterminer l'origine des idées.
Observons d'abord que la question de l'origine des idées est la plus simple de toutes les questions : car les idées n'étant rien autre chose que les modes, les manières d'être de l'esprit, elles ne peuvent avoir d'autre origine que l'activité de l'esprit lui-même ; de sorte que toute la question de l'origine des idées se réduit à examiner les circonstances diverses dans lesquelles l'esprit a tel ou tel mode, telle ou telle manière d'être. Il n'y a dojic absolument à rechercher ici que des causes occasionnelles; quant à la valeur de ces idées, au point de vue de la certitude, elle est précisément celle que leur donne l'esprit lui-même.
Cependant cette question si simple, les rationalistes sont parvenus à l'embrouiller et à la rendre presque insoluble.
SENSATIOK THANSFOBMÉK. 6!>
Se mellaot tout d'abord en dehors des réalités, c'est-à-dire ne s'attachant qu'à des abstractions , à des mots, ils étudient les idées en elles-mêmes, détârminent leurs caractères, et les divisent en deux classes : en idées universelles et en idées prticulières (1) ; et alors on jette à l'école française le défi de faire sortir d'une source unique ces deux classes d'idées si distinctes : cela serait impossible, lui dit-on, parce que le particulier ne contiendra jamais le général et, à plus forte raison, l'universel.
Cet argument est spécieux ; l'irréflexion s'y laisse prendre d'abord ; et même il a parmi les rationalistes le privilège d'être considéré comme un principe indiscutable qui sert de base à leur théorie des idées. Sur quoi repose-t-il cependant? Sur une concision qui se dissipe d'elle-même, sitôt que l'on a compris la différence qui existe entre ce qu'on appelle la compréhension et Yextension d'une idée. Sans doute, au point de vue de l'extension, l'idée particulière ne renfernie pas l'idée universelle ; mais, considérée dans sa compréhension , elle la renferme tout entière ; qu'importe après tout qu'elle ne la renferme pas au point de
{i) Quant aux idées absolues et nécessaires, nous verrons dans la suit(t que l'école française les admet aussi bien que l'école rationaliste , mais sans s'exposer aux nièmes conséquences.
70 SEKSATION TRANSFORMÉE.
vue de l'abstrait, si elle la renferme au point de vue du concret? Ce n'est point de vains mots qu'il doit être ici question, mais de réalités. Si l'esprit, lorsqu'il perçoit ou conçoit une vérité particulière, ne renfermait pas déjà l'idée universelle qui peut rester plus ou moins longtemps à l'état d'enveloppement, et la faculté qui sera alors capable de la développer, combien de temps faudrat-il attendre pour que ce germe nouveau soit déposé en lui, pour que lui advienne cette faculté nouvelle? Et lorsque l'époque que vous aurez fixée sera venue , ne faudra-t-il pas que vous ayez recours à un miracle, à une création nouvelle, comme nous l'avons déjà dit?
Le particulier ne renferme pas l'universel ; or l'idée n'est rien autre chose que l'esprit lui-même percevant ou concevant; donc l'esprit ne se renferme pas lui-même. Voilà le raisonnement des rationalistes réduit à sa dernière et plus simple expression ! Si sous les mots abstraits, vagues et pompeux vous mettez des réalités , vous arrivez à une proposition incomprébensible.
On arrive à des conséquences bien plus étranges encore, si l'on opère sur des exemples particuliers. Soit donnée nne idée rationnelle quelconque : l'idée de l'infini, si l'on veut. Ici se pose devant les rationalistes une alternative inévitable; ils ' sont forcés ou de réaliser cette idée, ou bien
SEA'SATIO» TR4K8FORHÉË. 71
de se mettre en contradiction avec le fuincipe des substances.
D'abord, lorsqu'ils demandent si c'est par les Bens que l'on fera entrer cette idée, il faut avouer que cette manière de poser la question a beaucoup d'analogie avec le fffocédé qu'on employait autrefois, c'est-à-dire au beau temps des idées représentativesy des idées images, d^ idées en dehors de l'esprit. Cependant nous voulons bien croire que ce n'est là qu'une ^çon de parler, sur laquelle il suffit de s'entendre , et qu'au fond on ne fait pas de l'idée de i'infini un petk être à part; mais alors on tembe dans un inconvénient beaucoup plus grave : cette idée de l'infmi n'est et ne peut être qu'un mode, qu'une manière d'être de mon esprit; donc, si j'ai cette idée (1), mon esprit, substance Créée et par conséquent fmie, est susceptible d'un mode infini, c'est-à-dire est infini dans l'un de ses attributs : nous voilà en contradiction avec le principe des substances bien eom-
[1) Lee ralioDalistâs n'ont pas encore prouvé que l'idée de l'iaQai fût réellemenl uue idée adéquate. Il est évident que, si elle n'est pas adéquate, elle n'est plus que l'idée do'l'indélini; Atyis pourquoi renouveler les intermitiables et iusigniSanle s dispales des soolastiqiies sur l'infini? "Ce quel'oQ a écrit sur ce sujet, dit ringéuieax BufQer, fait voir combien sont propres à décrier la raison ceux qui raisonnent de choses sur lesquelles ils ne disent et ne peuvent dire que des incomprébensibilités. ■ {Traité des vérités premières. Part. 8, oh. I!.)
pris ; ni l'édifice n'est plus solide que le fondement, a dit Bossuet, ni l'accident attaché à l'être plus réel que l'être même.
Notez que souvent les rationalistes, renouvelant un langage suranné , disent avec Descartes :
L'idée de l'infini ne peut nous venir ni du sen's intime qui ne révèle que le moi, substance finie, ni des sens externes qui ne nous font connaître que le monde extérieur, lequel ne nous présente que des choses également finies ; donc cette idée, ne nous venant pas de l'expérience, nous vient nécessairement d'ailleurs ; alors , d'après vos propres principes, les modes de -mon esprit me viennent li'une substance étrangère, sont les modes d'une substance étrangère; j'ai donc des manières d'être, des modes personnels, et en même temps des manières d'être, des modes impersonnels (1). Sur ce teri-aîn il est impossible de suivre les rationalistes.
Donnons-nous encore ici le spectacle des inconvénients attachés aux abstractions : le sens intime, c'est l'homme considéré comme esprit pur; les sens externes sont l'homme considéré comme être mixte, c'est-à-dire comme une intelligence unie à des oi^anes ; faire abstraction du sens intime et des sens extérieurs, c'est abs-
(<) Le rationalisme a, en effet, abouti â l'hypothèse d'une raiton tmperamnelle.
SENSATIDit TRANSFORMÉE. 73
traire l'homnie de l'homiiie; c'est te détruire tout entier; et quand vous avez détruit l'homme, par où, nous vous le demandons, iaites-vous entrer Vidée de tin^nif
Que d'efforts tristement infructueux, que de disputes pompeusement frivoles on se fût épargnés dans, la question de l'origine des idées et de leurs caractères relativement à leur certitude si, au lieu de se perdre dans de vaines abstractions, on ne s'était attaché qu'à la réalité et à la vie! Quelle est l'origine de nos idées? Mais les idées, n'étant rien autre chose que les manières d'être de notre esprit, n'ont et ne peuvent avoir leur origine que dans l'activité de la substance pensante , se développant d'après les lois de sa nature, et dans des circonstances profM^s à provoquer son exercice. Quelle est maintenant la valeur de nos idées? Mais leur valeur n'est et ne peut être que celle de l'esprit humain lui-même : l'esprit peut-il se surpasser- lui-même? Peut-il atteindre au delà de sa portée ? Si vous cherchez une faculté supérieure, une raison impersonnelle; si vous invoquez une autorité étrangère; cette autorité, quelle qu'elle soit, pourra-t-elle jamais avoir d'autres caractères , d'autres titres que les caractères, les titres que lui donnera votre esprit ou votre raison personnelle? Contesterez -vous la légitimité de nos moyens de coiinaître? Mais la contester, ne
l* SEKSATIO» TRANSFORMÉE.
serait-ce point l'affirmer? Ces réponses que nous allions chercher bien loin étaient près' de nous : elles nous échappaient par leur proximité même.
La faculté de penser, voilà pour l'homme la source unique et la mesure de la vérité. Si nous étudions cette faculté dans ses transfcM'matioDS diverses, c'est-à-dire dans ses modes d'opérations et dans les objets sur lesquels elle opère, nous saurons tout ce qu'il est permis de savoir sur l'origine et sur les caractères de nos idées.
Ce point de vue, ces résultats généraux étaient le point de vue, les résultats d'une philosophie qui florissait autrefois parmi nous. Cette philosophie était acceptée de ■ tous les savants , des -mathématiciens, des naturalistes, des physiciens^ les juges les plus compétents en fait de méthode, lorsqu'elle fut tout à coup attaquée par une école rivale, qui parvint sinon à l'éclipser, du moins à l'obscurcir. Des hommes puissants avaient articulé contre elle de graves accusations. Dès lors son plus illustre représentant, Condillac, ne fat même plus jugé digne d'être lu. Cet homme que la nature avait doué d'un génie éminemment philosophique, et que la fortune avait heureusement prémuni contre tous tes obstacles qui se sont opposés et « qui s'opposent encore aux bonnes
SENSATION TRANEFORHÊE. 75
études (1); » celui dont tous les ouvrages avaient été des actions, et n'avaient été inspirés que pw l'amour de la vérité et le désir d'être utile; celui enfin qui avait été l'une des lumières du xviiie siècle, celui qu'admiraient Montesquieu et J.-J. Roussean , que redoutait BufTon et que consultait Voltaire, fut en butte aux outrages de l'école et des partisans de toutes les philosophies officielles. Métaphysiciens, psychologues, littérateurs, critiques même répétèrent à l'envi certaines protestations, certaines formules dont le moule n'est pas encore brisé.
Comment s'était opéré un changement Si sou-
(t) o Quand nous sortons des écoles, nous avons â oublier beaucoup de choses frivoles qu'on nous a appris ; •> apprendre des cboses utiles, qu'on croit nous avoir enseignées, et â étudier les plus nénessaires sur lesquelles oq n'a pus songé à nous donner des leçons.
« De tant d'hommes qui se sont distingués depuis le ruiouvellement des lettres, y en a-l-il un seul qui n'ait pas été dans la nécessité de recommencer s.es études sur un nouveau plan? Ceux qui ont cru avoir appris quelque chose dans nos écoles, onl-ilseu plus de connaissances ou plus de préjugés? et ceux qui ont cni D'y avoir rien appris, et qui s'en sont dégoûtés de bonne heure, ii'ont-ils pas toujours été les meilleurs esprits? Si ces derniers nous avaient dit comment ils se sont instruits , nous ne serions plus dans le cas de chercher de bonnes méthodes. Il est bien étonnant que, vivant avec des hommes qui ont acquis des connaissances en tous genres, nous ne sachions pas comment tm en peut acquérir. • (Condiliac, Histoire moderne, liv. dernier, ch. dernier.)
76 SENS&TIOK TnAHSFOBMÉE.
(lain? Comment s'y estron pris pour transformer si vite la vérité en erreur? Comme on s'y prend quelquefois même parmi les philosophes : pour avoir meilleur marché de ceux que l'on voulait combattre, on leur prêta des opinions ahsurdes et diamétralement opposées à celles qu'ils profess^enL On le fit sans le savoir, nous n'en doutons pas; mais ce qui ^t indubitable, c'est qu'on a essayé de réfuter les philosophes français avant d'avoir pris la peine de les comprendre et de les lire peut-être. Comment, en effet, s'expliquer autrement que tant d'hommes de génie se soient trompés d'une manière si uniforme et sur le principe et sur le but de ce qu'il avait plu aux Allemands de désigner sous le nom de sensualisme ou à' empirisme?
Nous examinerons dans un chapitre à part les caractères propres de l'empirisme, et nous montrerons que sa tendance, son but avoué, est d'affermir les fondements de la certitude, en ne sépai-ant jamais les données expérimentales des données rationnelles, et en réunissant ainsi l'évidence de fîût à l'évidence de raison, et la certitude physique à la certitude métaphysique; enfin de transformer fa métaphysique des écoles en science positive, en lui enseignant à aller non plus de l'abstrait à t'abstrait, mais de ce qui est à ce qui ne peut pas ne pas être, et en lui donnant
aSItSATION TRANSFORMÉE. 77
un critérium fixe et invariable, analogue à celui dont la philosophie expérimentale (i) est depuis longtemps en possession.
Mais nous ferons ici quelques réflexions sur le principe de la philosophie condillacienne, afin d'écarter entièrement l'imputation défavorable de matérialisme.
Est-il vrai, oui ou non, que, lorsqu'il parle de sensation et ^'expérience, CondiUac attache à ces mots la signification que les rationalistes s'obstinent à leur donner? Simple question de fait : pour la résoudre, il suffit de savoir lire et d'être de bonne foi.
Si un philosophe venait nous dire : L'homme, être mixte, se développe tout entier, c'est-à-dire tel qu'il a été créé. Son âme , unie à un système d'oi^anes corporels, ne peut se soustraire aux lois qui président à cette union intime et mystérieuse; ses sentiments, ses pensées et ses désirs, toutes ses manières d'être, en un mot, résultent pour elle de l'action et de ta réaction réciproque du physique et du moral : à coup sûr le spiritwatiste le
(1) u Je ne fais poiiil d'hyputhëses, dit Newlon, hypothèses non ^ngo, car ce qui ne se déduit point des phénomènes est une hyiMlhëse ; et tes hypotliëses, soit métaphysiques, soit physiques, soit des suppositions de qualités occuIl«s, soit des suppositions de mécaniques, n'ont point lieu dans la philosophie expérimentale. "{Prmefpej.)
78 SENSATION TBANSFORUÉ?.
plus ombrageux, n'aurait rien à lui objecter. Cependant Condillac a porté plus loin ses scrupules : comme s'il eût prévu les attaques qu'on devait un jour diriger contre lui, dans la crainte de trop accorder aux sens, il leur refuse tout ; il s'efforce de les anéantir en quelque sorte. Il fait l'hypothèse d'une statue; et c'est dans l'intérieur de cette enveloppe insensible et inerte qu'il place la substance immatérielle, active et intelligente. Cette substance immatérielle, il nous la décrit sentant, pensant et voulant, bien longtemps avant qu'elle soit informée de son union avec le corps : « Que les philosophes, dit-il, à qui il paraît si évident que tout est matériel,' se mettent pour un moment à sa place (de la statue) ; et qu'ils imaginent comment ils pourraient soupçonner qu'il existe quelque chose qui ressemble à ce que nous appelons matière {!). »
Ainsi, durant tout l'intervalle qui s'écoule pour l'âme depuis l'instant de sa naissance jusqu'à celui où elle se sait Jinie à un corps, il est évident que pour l'auteur français aucune idée ne vient des sens. Mais ne serait-ce pas du moment où l'âme a reconnu son union avec une substance matérielle que, d'après lui, toutes les idées dériveraient de cette source unique?' La réponse à cette ques-
[^) Traité des sensations, ch. 4".
tion est encore écrite, pour qui sait lire, à chaque page du Traité des sensations; partout il nous dit que les sens ne sont que « les causes occasionnelles » des idées. D'où les fait-il donc enfin venir? D'où seulementil est raisonnable de les faire venir : de l'esprit lui-même , de la faculté de penser, se développant dans les circonstances et d'après les lois qui provoquent et gouvernent ses opérations. Ce que tout au plus on avait le droit de dire de V&npirisme, c'est qu'il fait dériver nos idées de la perception interne, laquelle fait partie de Yexpérience, aussi bien que la perception externe.
C'est donc un fait que pour Gondillac les idées ne viennent pas des sens, comme on affecte de l'entendre, et il est difficile de reconnaître ici ce chef odieux du matérialisme, tel que nous le dépeignent tes rationalistes.
Si, laissant de côté le Traité des sensations, vous ouvrez les autres ouvrages du même auteur, vous verrez qu'il distingue nettement les idées purement intellectuelles ou morales des idées sensibles , et qu'à toutes il assigne leur origine et leur mode de formation. Prenez les idées de substance, de cause, du bien et du mal moral, etc., vous trouverez un exemple pour chacune.
« Dès que les qualités distinguent les corps et qu'elles en sont des manières d'être, il y a dans les corps quelque chose que ces qualités modi-
SO SKHSjLTIOX TRANSFOBltÉE.
fient, qui en est le soutien ou le sujet que nous nous représentons dessous, et que par cette raison jious appelons substance, être dessous.
« Les sensations ne nous représentent pas ce quelque chose. Noos n'en avons donc aucune idée. Mais, puisque les qualités modifient, il faut bien qu'il y ait quelque chose qui soit modifié. Le mot substance est donc un nom donné à une chose que nous savons exister, quoique nous n'en ayons point d'idées (1).
« Si nous jugeons de la cause par les effets, nous nous élevons, par la considération de l'univers, à la connaissance de Dieu.
« Enfin, si nous considérons toutes nos facultés, relativement à la fin à laquelle nous connaissons, par la raison, que Dieu nous destine, nous nous formons des idées de religion naturelle, de principes de morale,, de vertus, de vices, etc. (2). »
Il dit encore que les idées « où il entre des combinaisons sont proprement l'ouvrage de l'es-
[A] Pour CoDilillac le mot idée signilie image, il ne ponvail ilonc l'employer au lieu du mot xemation; car, dans le début, l'âme de la statue ignorant qu'elle est uaie à desoi^ues, et la perception des images étant du reBScrt de la vue, se servir du mot idée, c'ebt été dëlerminer un sens particulier, r« qui eût été contraire à son hypothèse.
(!) Cours d'étudet. Leç. prélim. art. 1».
SENSATION ÏRASSFOSMÉE. &i
prit » : « c'est dans les idées abstraites, qui sont le fruit de difTérentes combinaisons , qu'on reconnaît l'ouvrage de l'esprit. Ainsi les idées abstraites de couleurs, de son, etc., viennent immédiatement des sens, celles des facultés de notre âme sont diies tout à la fois aux sens et à l'esprit; et les idées de la divinité et de la morale appartiennent à l'esprit seul. Je dis à Yespril seul, parce que les sens n'y concourent plus par euxmêmes (i). »
Nous pourrions citer un grand nombre d'exemples qui prouvent de la manière la plus catégorique que le philosophe français a tenu compte de toutes les idées, des idées absolues, nécessaires et universelles aussi bien que des idées relatives, contingentes et particulières. Mais il nous suffit ici d'avoir constaté qu'il reconnidt, comme les philosophes de n'importe quelle école, la légitimité des produits de l'entendement pur ou de la raison.
Quel est donc le motif pour lequel on a dénaturé sa doctrine? C'est d'abord le besoin de lever un drapeau, et le plaisir de se créer des adversaires et d'en triompher à loisir ; et puis il nous était venu d'Allemagne un certain nombre de substantifs barbares, mais très-commodes pour
(1] Jrt de ])ens€r, pari. 1, cli. 8.
82 8ESSAT10X TnAXSFORNÉE.
l'an-angement syniétiique des systèmes philosophiques : celui-ci a prononcé le mot sentir ; il sera semualiste. Il aura beau pécher par trop Ôl' idéalisme peut-être; il restera sensualiste, et au besoin on en fera un matérialiste/ Celui-là prouve que le corps ne pense pas, que les organes ne sont que des composés matériels , que les sens appartiennent à l'àme seulanent, et de plus qu'il ne voient pas l'invisible ; il a prouvé ce que personne ne conteste, ce que tout le monde dit, ou à peu près ; il a démontré l'évidence même : il sera spiritualiste,ei peut-être même rationaliste/ Beaucoup de philosophes ressemblent bien encore à ces théologiens dont parle Pascal, et devant lesquels il sulîQsait d'avoir prononcé quelques paroles sacramentelles, pour être dans la suite en droit de tout dire sans crainte de se tromper jamais ; ils sont loin encore de cette noble indépendance, dont Descartes leur avait donné l'exemple , et <|ui fait qu'on sait mettre à ses pieds l'esprit de corps avec ses préventions, le génie des sectes avec ses clameurs, et les vains préjugés de l'école.
L'auteur du Traité des sensations et de la logique, le chef du matérialisme/ mais autant vaudrait faire tomber la même accusation sur l'auteur du Discours de la méthode et des Méditations. Car l'un et l'autre n'ont eu qu'un même but et une même méthode, au moins au début de la science.
SENSATION TRANSFOBUËE. 63
En effet, celui-ci s'altache avant tout à constater l'existence du sens intime ou de la conscience, et à en établir l'autorité absolue ; celui-là, partant du même point, mais faisant un pas de plus, découvre et démontre que cette conscience de nousmêmes , ce sentiment de l'existence, ne peut pas ne pas renfermer en même temps une opération de l'intelligence et de la volonté ; et il complète ainsi cette doctrine si simple, si belle et la seule vraie qui, posant l'exercice de la sensibilité physique intellectuelle et morale comme la condition de tout développement de l'âme, remonte tout d'abord au principe soit des idées, soit des facultés, et permet d'en suivre la génération ; cette doctrine qui donne à la psychologie son point de départ, ouvre une voie sûre à la métaphysique, et opppse au scepticisme une barrière' infranchissable, en plaçant le critérium de la vérité dans l'accord harmonieux de l'expérience et de la raison.
Rappelons ici le résultat principal auquel nous sommes parvenus. Le sens intime nous atteste quenos facultés, leurs opérations et leurs produits ne sont rien autre chose que les manières d'être de l'esprit, ou plus simplement l'esprit diversement modifié; dire qu'entre ces modes ou ces manières d'être il puisse y avoir des différences de nature, c'est dire que l'âme n'est pas toujours essentiellement la même. Tout phénomène psy-
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chologique suppose le concours de toutes les facultés opérant simultanément; car la substance immatérielle, étant simple et indivisible, se développe tout entière dans le moindre de ses actes, ce qui ne peut avoir lieu , si l'on suppose que la sensibilité ou l'entendement ou la volonté puisse agir séparément.
Pour formuler autrement celte vérité, on peut dire que le trot, lorsqu'il est conçu ou perçu comme tel par la raison, est en même temps goûté comme bien par la sensibilité, et désiré comme fin par la volonté.
Ce principe nous paraît être le seul qui permette de résoudre lés grands proWèmes de la psychologie, de la théodicée, de l'esthétique et de la morale : nous essaierons de le prouver, lorsque nous aurons examiné te système que l'on a voulu substituer à la philosophie française.