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laisser encore dans Yempimme, tel qu'on affecte de le comprendre? Qu'aurons-noos à répondre à ce naturaliste qui s'est acquis une si triste célébrité en disant : « La nature fait tout pour l'espèce, rien pour l'individu. » Nous aurons beau lui dire : Si la nature ne fait nen pour les individus, mais tout pour l'espèce, elle ne fait rien pour Yespèce, mais tout pour le genre; rien pour le genre, tout pour les familles; rien pour les fanUlles, tout pour. les ordres; rien pour les ordres, tout pour les classes; rien pour les classes, tout pour les embranchements; mais tous les termes de votre nomenclature ne sont que des abstractions. Qu'est-ce que l'espèce sans les individus qui la composent ? Et quel singulier raisonnement que de dire : La nature fait tout pour l'espèce,, qui n'est rien, et rien pour les individus, qui sont tout! ^ Ce naturaliste ne fera point difficulté d'admettre ces conclusions ; et il nous répondra qu'il en est ainsi ; que tout tourne dans un cercle ; que la Providence s'amuse dans l'univers :
Ludit jii humanis divioa potentia rébus.
Voilà les conséquences oii nous serons fatalement amenés ; et cela, parce qu'au lieu d'une formule complète et féconde vous ne nous avez donné qu'une proposition dont on ne peut absolument rien tirer, et qui de plus mutile la vérité.
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En eiTet, qui dit moyen dit fin. Mot/en ei fin! fin et moyen ! sont deux idées non-seulement corrélatives, mais impliquées l'une dans l'autre. Dans la proposition qu'on nous présente, la compréhension de l'attribut est égale à celle du sujet, et par conséquent, c'est une phrase aussi stérile que si l'on disait d'un père qu'il a des enfants, d'un frère qu'il a une sœur ou un frère. On s'imagine bien que Videntité n'est pas ce que nous blâmons ici, puisqu'avec Condillac et Laromiguière nous la reconnaissons dans certains cas comme la marque de Yévidence et de la vérité. Mais les rationalistes n'admettant pas ce critérium, et de plus, ayant la prétention de n'avoir adopté aucune formule identique pour les catégories de la raison, nous sommes obligés de faire remarquer, en passant, qu'ici comme ailleurs ils échouent contre l'écueil même qu'ils avaient voulu éviter. Ce n'est donc pas parce qu'elle est identique que nous rejetterons la formule ou plutôt la phrase qu'on nous propose; c'est parce qu'elle n'exprime qu'une partie de la vérité, une très-faible partie de ce que l'esprit humain peut concevoir à la vue des phénomènes qui se succèdent soit dans le monde des corps, soit dans le monde des esprits. Moyen et fin ! fin et moyen ! Ces deux termes sans doute nous laissent saisir entre eux un rapport nécessaire : un rapport d'égalité; et la conception de
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ce rapport peut nous conduire sans intermédiaire au célèbre principe de \d.raison suffisante, lequel, si aous le voulons, nous donnera la loi du développement des substances ici-bas. Mais ceci même épuiserait-il toute la fécondité du principe que nous cherchons? Nous ne le croyons pas.
De la simple notion de cause, nous nous sommes élevés au principe de causalité; de la simple notion de fin, nous nous élèverons ici au principe de finalité; et de même que nous avons formulé le premier en disant : Tout effet suppose une cause première; de même nous formulerons le second, en disant ; Tout moyen suppose une fin ultérieure et dernière.
Ainsi, de même que dans U théorie des causes efficientes, les rationalistes n'ont pas distingué le principe de causalité de Vidée de cause; de même, dans la théorie des causes finales, ils n'ont pas séparé le principe de finalité de l'idée de fin. Par conséquent, si leurs attaques contre la philosophie française sont justes, ils nous laissent ici dans ce qu'ils appellent le domaine de l'expérience, et nous voilà condamnés à n'avoir aucune base à la méthode inductive et à la certitude morale, ou du moins à n'avoir en cette matière que des idées vagues, et qui ne seront ai rattachées entre elles, ni ramenées à un principe unique; et, pour ce qui regarde ie dogme de l'immortalité de l'âme.
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nous voilà réduits à la seule preuve qui se lire de la nécessité d'une sanction à la toi morale, preuve suffisante, il est vrai, pourvu qu'elle soit présentée comme elle doit l'être (4), mais qu'il n'est pas défendu de corroborer par d'autres preuves, si on le peut
Ce défaut que nous reprochons à certains rationalistes, nous savons qu'on peut le reprocher également à Condillac. Ce dernier n'étahlit l'immortalité de l'àme que sur la justice divine.
« Nous sommes, dit-il, capables de mérite ou de démérite envers Dieu même ; il est de sa justice de nous punir ou de nous récompenser. Mais ce n'est pas dans ce monde que les biens et les maux sont proportionnés au mérite et au démérite. Il y a donc une autre vie où le juste sera récompensé, où le méchant sera puni, et notre âme est immortelle. Cependant, si nous ne considérons
[i) Il faut ajouter celte condition, car l'argument des logiciens : ■ La loi morale doit avoir &a sanction, or elle ne l'a pas en ce monde, donc elle l'aura dans un autre ■, revient à ceci : » Les choses vont mal ici-bas; donc elles iront bien ailleurs. ■ Uaisces deux propositions ne se contiennent pas l'une l'autre : Si vous avouez que les choses vont mal eu ce monde, la seule conclusion que vous puissiez en tirer est celle-d : donc elles peuvent aller mal dans l'autre. Voilà, entre mille, un exemple qui nous montre le danger qu'il y a â séparer Vévidence de fait de IVctdence de raison, la certitude pànstque de la certitude métaphysique.
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que sa nature, elle peut cesser d'être. C^lui qui l'a créée peut ta laisser rentrer dans le néant. Elle ne continuera donc d'exister que parce que Dieu est juste. Mais par là, l'immortalité lui est aussi assurée que si elle était une suite de sa nature (1). » Cependant Gondillac ne démêle pas bien te principe de finalité ; et, quoiqu'il ait, mieux que Bacon peut-être, décrit les différents procédés de ta méthode inductive, cependant il ne parait pas avoir nettement distingué le principe immédiat de la certitude morale. C'est une lacune que nous ne craindrons pas de signaler en lui. Mais nous nous hâterons de dire que, si sur ce point il ne nous a rien laissé de véritablement scientifique, on trouve dans les ouvrages de l'un de ses disciples de quoi suppléer au silence du mï^tre. Un philosophe illustre, un sage vénéré, quoiqu'on ait essayé de te flétrir sous les noms odieux de semualiste et de matérialiste, Charles Bonnet, dont tous les écrits ne sont, pour ainsi dire, qu'un hymne continuel à la Providence, a consacré son vaste savoir à tirer du principe des causes finales toutes tes conséquences qu'il renferme, et surtout le dogme de l'immortalité de l'âme. Établissant une étroite solidarité entre ce principe et celui de causalité, il fonde sur l'autorité de l'expérience elle-même la
(1> Traité dei a\
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certitude d'un avenir et de nos destinées immortelles, parce que cette grande vérité se déduit pour lui comme un fait de deux autres faits sensibles : L'existence d'un Dieu et sa providence universelle.
« Un matérialiste, dit-il, serait bien peu avancé dans ses projets contre la religion, quand il serait parvenu à démontrer la matérialité de l'âme : il feudrait encore qu'il démontrât la fausseté des faits qui établissent la vérité de la religion; je ne 'lis pas seulement de la religion révélée, je dis encore de la religion naturelle; car l'univers est un fait, qui suppose une cause, et nous déduisons du fait l'existence et les attributs de la cause. Or parmi ces attributs, il en est qui supposent la conservation de l'âme, quelle que soit sa nature, ou matérielle, ou spirituelle (i). »
Plus tard, lorsqu'il sera question des caractères
(i) EtttU analytique sur rdme,cb. a. Ce n'est pas une profession de malérialiBine qu'il faut voir ici. Si ret auteur ne déduit pas rimmartalité de l'âms de sa spiritualité, c'est que, plus une vérité est importante, plus il faut avoir soin de ne l'appuyer que sur de bonnes raisons. Si l'àme ne peut périr parce qu'elle est spirituelle, il s'ensuit qu'elle n'a pu naître.
D'ailleurs, si l'on accuse Ch. Bonnet de matérialisme, parce qu'il fait l'aveu que nous ne connaissons que Vetsence seconde des substances, et qu'il développe en grande partie la monadologie de Leibnitz, pourquoi n'en accuse-t-on pas de même ce dernier, qui en fait presqne ouvertement profession?