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et par conséquent elle peut avoir tous les caractères propres du vrai et toute la certitude des axiomes mathématiques, supposé toutefois que les choses restent les mêmes et que leurs rapports ne changent pas. Nous ajoutons cette dernière condition, car les vérités morales ne sont pas plus indestructibles que les vérités mathématiques, lesquelles n'existeraient plus, si les quantités concrètes d'un côté, et de l'autre les intelligences capables de concevoir les quantités abstraites venaient une fois à être détruites, hannatière du bien est donc inaltérable, et, si l'on y tient, éternelle. La forme sans doute n'est point marquée des mêmes caractères, car elle dépend de la sensibilité et de la volonté, facultés dont nous ne contesterons pas la nature changeante, bien qu'on l'ait souvent exagérée; car, après tout, on ne voit pas que la sensibilité se trompe à la fois et sur la fin et sur les moyens , ni que la volonté s'attache au mal, uniquement parce qu'il est le mal. D'ailleurs ces deux facultés n'opèrent jamais que sur les données de l'intelligence et, dans les phénomènes psychiques, X objectif est, comme nous l'avons prouvé, tout à fait inséparable du sub^ jectif; on peut même dire que l'un et l'autre ne font qu'un, puisque, rigoureusement parlant, l'âme ne peut jamais avoir conscience que d'ellemême.
HORÀLE. 22.^
Dans tous les cas, la variabilité de ces deux facultés n'était pas une raison pour leur refuser la part qu elles ont dans la formation de nos idées morales. L'incompatibilité n'est qu'apparente, puisf que, nous venons de le voir, l'on parvient de la manière la plus simple à concilier le nécessaire et le contingent, et cela sans être obligé d'admettre, comme le rationaliste, des modes existant en dehors des substances, des actions séparées des agents, et une vertu indépendante de l'homme vertueux.
Lorsque nous attribuons les erreurs des rationalistes et leur impuissance à concilier l'immutabilité des vérités morales avec les variations de la sensibilité et de la volonté à la non-distinction de la matière et de la forme^ nous n'ignorons pas que dans leur école on a fait usage de ces deux mots; mais on les a pris au sens de Kant, et la distinct tion, ainsi comprise, loin de lever la difficulté, ne fait que l'augmenter et jeter sur la question l'obscurité qui résulte de la théorie des idées innées rajeunie et mal déguisée.
On peut faire un autre reproche au système rationnel : c'est de trop accorder à la raison et de refuser presque tout aux facultés qu'il prétend exclure. Sans doute tout repose en définitive sur la raison; mais est-'elle toujours infaillible? Estelle sujette à moins d'aberrations que nos autres facultés naturelles? La sensibilité et la volonté
nous égarent -elles toujours? Ne dit -on pas dans tous les livres de philosophie que la sensation, par exemple, ne nous tarompe presque jamais, et que l'erreur ne devient à craindre que lorsque le jugement intervient? Dans les questions de goût, les rhétoriques et les poétiques ne deviennent-elles pas des théories changeantes et des procédés arbitraires, sitôt que la raison ne prend plus la nature et le sentiment pour guides ? Et enfin, dans la morale, la raison n'a-t-elle pas trop souvent enfanté des choses monstrueuses, lorsqu'elle a voulu se substituer à la conscience? Les institutions religieuses des anciens, qui certes étaient l'ouvrage de la raison, n'ont -elles pas consacré tous les crimes, et n'eussent-elles pas fini par faire triompher le vice, si elles avaient pu étouffer l'instinct moral? « L'ancien paganisme, dit J.-J. Rousseau, « enfanta des dieux abominables qu'on eût puni icice bas comme des scélérats, et qui n'offiraient pour « tableau du bonheur suprême que des forfaits à « commettre et des passions à contenter. Mais le « vice, armé d'une autorité sacrée, descendait en « vain du séjour éternel; l'instinct moral le repous- « sait du cœur des humains. En célébrant les dé- « bauches de Jupiter, on admirait la continence de c< Xénocrate ; la chaste Lucrèce adorait l'impudique « Venus; l'intrépide Romain sacrifiait à la peur^ c< il invoquait le dieu qui mutila son père, et
« mourait sans murmure de la main du sien. Les « plus méprisables divinités furent servies par les a plus grands hommes. La sainte voix de la na- <c ture, plus forte que celle des dieux, se faisait « respecter sur la terre, et semblait reléguer dans « le ciel le crime avec les coupables (1). »
Les vérités morsdes sont assez évidentes par elles-mêmes : la conscience les révèle à notre esprit en même temps qu'à notre cœur; et une seule chose est à craindre^ c'est que la raison des philosophes ne finisse par les obscurcir. N'estce pas la raison, qui à certaines époques a accrédité la fameuse doctrine : « La fin justifie les moyens? » N'est-ce pas elle enfin, qui dans tous les temps a dicté à l'ambition ou au fanatisme les prétextes du crime ou les sophismes d'une absurde fureur? Le rationalisme rendrait donc un mauvais service à l'humanité, si,, pour tout accorder à la raison , il parvenait à ôter au sentiment et à l'instinct moral leur influence sur nos déterminations et notre conduite. « Connaître le bien, dit J.-J. Rousseau, ce n'est pas l'aimer. » — « On a beau vouloir établir la vertu par la raison seule, quelle base solide peut -on lui donner? La vertu, disent-ils, est l'amour de l'ordre. Mais cet amour peut-il donc et doit-il l'emporter en moi sur celui
(4) Émiie, liv. IV.
de mon bien-être? Qu'ils me donnent une raison claire et suffisante pour la préférer. Dans le fond, leur prétendu principe est un pur jeu de mots; car je dis aussi, moi, que le vice est l'amour de Tordre, pris dans un sens différent. » — « Gomme nous n'apprenons point à vouloir notre bien et à fuir notre mal , mais que nous tenons cette volonté de la nature, de même l'amour du bon etla haine du mauvais nous sont aussi naturels que l'amour de nous-mêmes. Les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments : quoique toutes nos idées nous viennent du dehors, les sentiments qui les apprécient sont au dedans de nous, et c'est par eux seuls que nous connaissons la convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons rechercher et fuir (1). »
Le rationalisme n'est pas seulement dangereux
(4) ÉnUl€y liv. IV. Malgré ces aveux, J.-Jacques eût été fort étonné, si on lui eût dit qu'il devait être un jour mis au nombre des philosophes sentimenta listes; car il est hors de doute qu'il ne sépare jamais rintelligeuce de la sensibilité. Il est bien vrai qu'il dit : «Exister pour nous, c'est sentir ; notre sensibilité est incontestablement antérieure à notre intelligence, et nous avons eu des sentiments avant des idées, » Mais, dans une note, il ajoute i^n correctif à ces assertions : « A certains égards, dit-il, les idées sont des sentiments, et les sentiments sont des idées. Les deux noms conviennent à toute perception qui nous occupe et de son objet, et de nous-mêmes, qui en sommes affectés : il n'y a que Tordre de cette affection qui détermine le
dans ses conséquences éloignées, il l'est encore dans ses principes avoués; il tend à dénaturer la loi morale; il en néglige, pour ainsi dire, l'esprit, et pardt ne s'attacher qu'à la lettre : trouvant plus facile d'appliquer ^apparente austérité de ses principes aux simples rapports d'équité, il substitue presque toujours la justice à la bienfaisance, c'està-dire un principe négatif à un principe positif. Je n'en veux qu'un exemple. Elle est connue, l'hypothèse célèbre du dépôts l'hypothèse qui, dans cette école, est en possession de servir de matière à l'analyse de tout ce qui se passe dans la conscience d'un homfne placé entre son intérêt et son devoir. On conçoit très-bien l'amertume des remords qui déchirent le cœur de celui qui viole un dépôt; mais on lit avec étonnement et presque avec scandale le tableau que nous fait le rationaliste des transports et des saintes joies qui s'élèvent dans l'âme de celui qui est supposé avoir rendu l'argent confié à sa foi. Où donc est-ce un si grand mérite de ne pas nuire à son semblable et de ne pas s'approprier le bien d'autrui? La philosophie, surtout lorsqu'elle se pique d'élever les âmes jusqu'à
nom qui lui convient. Lorsque, premièrement occupé» de Tobjet, nous ne pensons à nous que par réflexion c'est une idée ; au contraire, quand l'impression reçue excite notre première attention , et que nous ne pensons que par réflexion à l'objet qui ia cause, c'est un sentiment. » (Emile, liv. IV.)
Yidéaly devrait au moins rester à la hauteur de la réalité, ne point mutiler l'homme, ni calomnier la nature. La conscience ne réserve ses récompenses, et ses joies qu'à ceux qui ont servi leurs semblables, et la morale a d'autres devoirs à prescrire que ceux de la justice : ce sont les devoirs de la bienveillance et de la charité.
Tous les défauts du système rationnel tiennent à un vice de méthode, à une erreur que nous avons signalée plusieurs fois. Ce système n'a point distingué la forme de la matière du bien; il a confondu le principe de la loi morale avec les moyens que nous avons pour la connaître. Si l'on ne sépare pas nettement ces deux choses, le problème moral devient insoluble : « Il ne faut pas, « dit Condillac, confondre les moyens que nous « avons pour découvrir la loi morale avec le « principe qui en fait toute la force. Nos facultés « sont les moyens pour la connaître. Dieu est le « seul principe d'où elle émane. Elle était en lui « avant qu'il créât l'homme : c'est elle qu'il a « consultée lorsqu'il nous a formés, et c'est à elle « qu'il a voulu nous assujétir (1). » Les deux faces de la question sont ici catégoriquement indiquées. Le rationalisme ne s'est pas astreint à tant d'exactitude et de rigueur : il s'est presque exclu-
(\) Traité des animaux, part. II, ch. 7.
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sivement attaché à la matière du Heriy laissant de côté sa forme; aussi échoue-t-il complètement à expliquer l'intervention soit de la sensibilité, soit de la volonté dans l'origine et la formation de nos idées morales; confondant, je ne dirai pas les jugements pratiques, mais même les jugements spéculatifs avec les jugements moraux, il n'a presque aucune valeur scientifique, car il n'arrive pas même à l'idée du bien moral, ou du moins ny arrive -t -il qu'à la faveur d'un paralogisme. Il parle, il est vrai, de l'obligation morale, mais, au fond, il ne décrit que l'obligation logique et rationnelle. A ce dernier point de vue, il faut l'avouer, les rationalistes ont rendu des services à la science : ils ont déterminé avec assez de précision le but universel de l'activité humaine et la formule qui doit servir de règle générale à la liberté; et, quoiqu'ils n'aient rien dit de nouveau sur l'immuable vérité des notions morales, cependant ils l'ont fait ressortir avec force et quelquefois même avec éloquence. Mais malheureusement ces beautés perdent beaucoup à côté des imperfections nombreuses que nous avons signalées : outre la pétition de principe qui ruine son système par la base, le rationaliste, altérant le sens des mots et dénaturant le langage philosophique, parvient à jeter de l'obscurité sur les vérités morales elles-mêmes; presque toujours perdu dans les hau-
teurs de ce qu'il appelle la grande métaphysique, il réalise toutes les abstractions possibles, et prête ainsi des armes au scepticisme et à la dérision ; réduisant à une simple opération intellectuelle le {^énomène nK)ral qui contient à la fois le sentimentj l'amour et la notion du bien, il oie toute sa force à la loi qui doit commander à la volonté, en un mot, il la rend impersonnelle; enfin, recherchant je ne sais quel idéul^ il n'atteint pas même le réel , car iï est forcé, par ses principes mêmes, de substituer la justice à la bienfaisance et de mutiler ainsi la nature humaine.
Si l'on compare entre eux le système rationnel et le système sentimental, on est forcé d'admettre que le premier est inférieur au second. Celui-ci, malgré tous les défauts qu'on lui attribué, parvient au moins à expliquer légitimement l'origine de la notion du devoir, ce que celui-là a tenté vaine^ ment. Toutefois, si la théorie sentimentale rend compte des phénomènes moraux considérés au point de vue du subjectif, elle néglige un peu trop de les étudier au point de vue de l'objectif, et sous ce rapport elle est au-dessous delà théorie rationnelle.
Ces deux systèmes ont donc chacun leur part de vérité, et au premier abord on est tenté de croire qu'ils pourraient se compléter l'un l'autre. Mais, en les considérant plus attentivement, on s'aperçoit bientôt que, même en réunissant ce que
l'un et l'autre contient de vrai, on ne pourrait arriver à une solution complète du problème moral; car tous deux pèchent par la base, en ce qu'ils reposent sur une théorie fausse des facultés intellectuelles et sur l'incompréhensible supposition qu'elles peuvent obérer les unes indépendamment des autres.
L'une et l'autre école a donc méconnu le principe fondamental sur lequel on peut asseoir la théorie de la morale.
Cependant ce principe avait été solidement établi; mais l'école qui l'a posé est depuis longtemps décriée. La base de toute psychologie vraiment digne de ce nom et de toute métaphysique raisonnable est aujourd'hui couverte de débris, ou, si l'on veut, cachée par les fantastiques échafaudages qui s'élèvent à jcôté d'elle; la tâche de la critique doit être d'écarter tout cela et de déblayer le terrain.
Qu'on nous permette donc de reproduire ici en peu de mots les phénomènes volontaires et moraux de la nature humaine, en partant du grand principe de Condillac et en nous inspirant de l'esprit de son école.
Il serait inutile de rappeler ici tout ce que nous avons dit de nos tendances primitives, des appétits, de la curiosité, de la bienveillance et du sentiment moral , et surtout de con-
sidérer les objets différents auxquels ces tendances aspirent. li suffira d'examiner les états de l'âme en général et au point de vue purement subjectif.
L'homme est un être fini; donc il lui manque quelque chose; intelligent et sensible, il connaît et sent ce besoin; doac, puisqu'il est actif, il cherche nécessairement à compléter autant que possible son être, et la vie n'est pour lui qu'une inquiétude constante et une aspiration continuelle à passer d'une perfection moindre à une perfection plus grande. Cette aspiration est satisfaite ou contrariée, car l'activité trouve des obstacles ou se déploie librement. Dans l'un et l'autre cas, l'âme existe dans un état. Cet état est de toute nécessité relativement parfait ou imparfait, et par conséquent agréable ou désagréable, et partant accompagné d'un sentiment d'amour ou d'aversion. Ces deux affections deviennent à leur tour le principe d'une autre série de phénomènes qui peuvent bien varier au point de vue de l'objectif, mais qui sont toujours les mêmes pour le sens intime, et fournissent exactement le même nombre d'éléments : connaissance, jouissance et amour d'un état, en d'autres termes modification intellectuelle, sensible et volontaire.
Les philosophes qui attaquent l'école française prétendent que ces phénomènes se succèdent; nous prétendons, au contraire, qu'ils coexistent et
ne peuvent pas ne pas coexister, cest-à-dire que dans un état de l'âme, quel qu'il soit, il y a en même temps connaissance, sentiment et amour, ou, en d'autres termes, exercice de la raison , de la sensibilité et de la volonté. Essayez, comme le voudrait le rationaliste, de faire agir la raison sans la sensibilité, que sera-ce pour nous qu'une pensée, si nous ignorons qu'elle est en nous, si nous n'en avons pas la conscience, le sentiment? Du reste, le rationaliste ne réfute-t-il pas luimême, et sans s'en douter, toutes ses déclamations contre le sensualisme^ lorsqu'il donne à la conscience le nom de sens intime? Si l'on s'était donné la peine d'étudier la signification des mots sensation et sentir dans CondîUac, on eût vu que ce philosophe n'entend par là rien autre chose que ce que Descartes entend par le mot conscience et toutes les écoles par le mot sens intime. Destutt de Tracy commente la doctrine de son maître dans les paroles suivantes : « Sentir est pour nous la « même chose qu'exister; car notre existence con- « siste àlasentîr,etnos perceptions ne sont jamais « que dès manières d'être ou d'exister. Quelque « chose que l'on sente, on ne sent jamais que soi « être d'Anne manière ou d'une autre : aussi , dès « que l'on sent quelque chose, on est existant et, « quand on ne sent rien , l'existence est nulle, ou « du moins n'est rien pour l'individu lui-même. »
Et plus loin : « Sentir est aussi la même chose « que penser. Quand on donne à ces deux mots « la signification la plus étendue qu'ils puissent « recevoir, ils sont nécessairement et exactement sy- € nonymes; car tous deux ils comprennent généra- « lement toutes nos perceptions quelconques (1). »
Toute opération de l'entendement est donc nécessairement accompagnée d une modification dei la sensibilité; et celle-ci à son tour suppose l'intervention de l'entendement, car il est impossible qu'un phénomène sensible ne soit pas en même temps un phénomène cognitif. Que serait-ce, en effet, que sentir sans savoir que l'on sent? J'accorde que, dans certains cas, l'âme n'a con^ science de rien d'extérieur à elle-même, mais elle a du moins connaissance de son état, et cela suffit pour que le phénomène sensible ne soit pas, comme voudrait le laisser entendre le rationaliste, un phénomène purement végétatif.
Faut-il maintenant prouver qu'aux opérations de ces deux facultés se mêlent également celles de la volonté? D'abord l'exercice de la volonté est inséparable de celui de la sensibilité, car com-
(4) Destutt de Tragy, Logique, ch. ^, Bossuet ne pensait pas autrement , lui qui définit' « la sensation ou sentiment la première perception qui se fait en notre âme à la présence des corps et à la suite de l'impression. » ( De la Conn. de Dieu et de soi-même, ch. I.)
ment séparer l'amour et l'aversion du plaisir et de la douleur? N'est-ce point précisément à cause de ces deux affections que nous avons inventé les deux mots agréable et désagréable? Pourquoi du sentiment de l'être voudrait -on séparer l'amour de l'être? L'homme peut-il être indifférent à ce qui le touche et se séparer, pour ainsi dire, de luimême?
La volonté est donc d'abord inséparable de la sensibilité; elle ne l'est pas moins de la raison: d'abord, il est absolument impossible de vouloir sans connaître l'objet de ses désirs ; et, en second lieu, il est également impossible que l'intelligence perçoive ou conçoive n'importe quoi sans que la volonté soit en même temps modifiée. En effet, par la perception ou la conception l'âme atteint l'une de ses fins, ce qui constitue pour elle un certain état de perfection relative, c'est- à-* dire d'une perfection plus ou moins grande que celle qui la précédait; cet état, cette conscience de l'être étant nécessairement plus ou moins agréable, l'âme ne peut pas ne pas s'efforcer d'y persévérer ou d'en sortir. Toutes les facultés de l'âme humaine agissent donc simultanément.
Ce que nous venons de dire est vrai de tous les phénomènes intellectuels en général, et s'applique par conséquent aux phénomènes moraux en particulier. Nous pouvons donc conclure encore avec
l'école française et contre l'école allemande et écossaise que l'objet d'un jugement pratique, c'està-dire d'un jugement où il s'agit de prendre une détermination , est en même temps conçu comme vraiy senti comme bien et voulu comme fin.
L'ensemble des modifications subjectives qui concourent à la production du phénomène moral constitue ce que nous avons appelé la forme du bien; or nous avons prouvé ailleurs que, dans n'importe quel phénomène intellectuel , l'objectif est inséparable du subjectif. Donc , dans la conscience morale, la connaissance des différents buts de nos tendances primitives ou de ce que nous avons appelé la matière du bien se combine avec les modifications subjectives, et forme avec elles un tout indivisible, résultat de l'exercice simultané de toutes nos facultés.
Voilà l'origine et la formation des idées morales. C'est en partant des principes de Gondillac seulement que l'on parvient à réfuter les erreurs du système rationnel et du système sentimental. C'est en partant de sa théorie des facultés intellectuelles que l'on arrive à faire à chacune d'dies la part qu'elle a dans l'origine de l'idée du bien considéré sous ses deux aspects, c'est-à-dire dans sa forme et dans sa matière ^ et à ôter sa raison d'être à toute tlféorie qui voudrait s'arroger le nom de système.