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torrents grossissent et, sur beaucoup de sentiers, le trafic est ralenti, suspendu : les juments demeurent au village.
Le village Thaï est généralement situé dans un élargissement de vallée, en un endroit découvert, légèrement ‘surélevé, à. vastes mamelons aplatis. En saison pluvieuse, ces mamelons gazonneux ‘sont l’habituel pacage des juments ét du troupeau de bœufs. À d Er
Les buffles, toujours nombreux, se rassemblent le soir autour des cases : parfois, pour la nuit, sont parqués un peu en dehors du village ; dès le matin, se répandent en petits groupes dans la forêts où les jachères envahies par les pousses leur offrent un. abondant fourrage ; les bas-fonds, dans lesquels ils se vautrent, les recouvrent d’une carapace de boue opposée ‘aux rayons solaires, aux insectes piqueurs : l’eau courante des torrents où ils se baignent, les rafraîchit et les nettoie. re
En dehors de la courte période des labours, les buffles laissés à eux-mêmes, restent dans la forêt pendant la nuit. Bien mieux : afin qu'ils ne puissent causer de dégât, pour éviter qu'ils s’introduisent furtivement dans les rizières, qu’ils pénè-: trent dans les « rây », les gens les mettent en pâture, à demeure, dans des vallées fermées, toutes issues clôturées.
Si la région des Hua-P’han est ouverte, inclinée au sud-est, de tous autres côtés, elle est limitée par de hautes chaînes qui sont des remparts contre les épizooties pestiques.
Aux Hua-P'han, l'élevage du buffle est très prospère, serait une importante richesse si l’exportation était facilitée.
Massifs du P’hu-P'ha-Luang. — Les Hua-P'han sont séparés du Luang-Pra-Bang par de hautes montagnes d’accès difficile dont les chaînes, orientées N.N.O.-SS.E., forment ligne de partage des eaux ; à l’est, les eaux vont au golfe du Tonkin : à l’ouest, au Mé-Khong. À
Ces montagnes, comme celles qui, plus à l’ouest, OO le Näm-Ou, sont le prolongement des puissants massifs cristal-
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lins et calcaires du cours supérieur de la Rivière-Noire, massifs reliés par des cols, des « isthmes » dont l'altitude n’est nulle part inférieure à 1.000 mètres. Les Mèo sont venus à elles de plain- -pied, simplement en suivant les crêtes, sans avoir jamais eu à descendre au-dessous de leur habitat.
Ces montagnes ont pour sommet principal le « P’hu-P’ha Luang » au 5.:0. Elles ont pu être considérées comme la clef de voûte du Haut- Laos qu’elles dominent de leur masse, dont
elles tiennent les éaux sous leur dépendance.
Il aurait fallu que, dès 1895, au début de notre établissement, l'Autorité Supérieure prit immédiatement possession effective de ces montagnes afin d’en soustraire les magnifiques forêts à la dévastation des tribus nomades. Or, l’action administrative, concentrée dans les vallées, arrive affaiblie, épuisée, sur ces hauteurs : c’est ainsi qu'en 1919 leurs tribus participèrent au mouvement insurrectionnel de Dièn-bièn-Phu. P
Déjà s’accusent les effets de leur déboisement désordonné : en juillet 1928, l’ administrateur de la province des Hua-P’han signalait de graves dégâts causés par les débordements torrentiels. |
Il convient, certes, que ces montagnes soient exploitées, que leurs plateaux soient défrichés, mais il importe que sur leurs pentes, la forêt soit respectée, aménagée.
Actuellement, les crêtes des chaînes de ces montagnes offrent de vastes déroulements d’herbe-à-paillote. au lieu et place d’anciens champs de pavots : souvent, elles ménagent entre elles de longues coulées humides, herbeuses où se rencontrent des buffles de développement remarquable. Les herbages en pente, éloignés des hameaux et privés d’eau, demeurent inutilisés ; leur reboisement spontané est empêché par l'incendie annuel de l'herbe qui détruit les jeunes pousses d'arbre. Quant à l’herbe-à-paillote brûlée, son regain est un ‘fourrage de toute
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Me première qualité dont les ruminants sauvages et domestiques, le cheval aussi, sont extrêmement friands.
Haut-Mé-Khong. — À l'ouest des chaînes du P’hu-P’ha- Luang, les vallées du Nàam-Ou, des Nàm-Sèng, Nàäm-Su'o ng, du Nàm-Khan sont habitées par des Thaï de tribus diverses.
Sur les plates-formes d’altitude moyenne de 1,200 mètres qui prolongent le Trân-ninh au flanc des massifs Mèo, le cours supérieur du Nàm-Khan a conservé des Thaï-P’huôn.
Les ‘Thaï-Nu’a, émigrés des Hua-P’han, se sont généralement fixés à la partie moyenne du cours des rivières.
Les Thaï-Nhuôn, les Thaï-Lu’ ont bien quelques. villages aux environs même de Luang-Pra-Bang, mais ils sont essentiellement habitants du Nàm-Ou.
Ces Thaï, de quelques tribus qu'ils soient, sont tous très attachés à la possession du buffle, indispensable pour la rizière, le tirage des bois ; qui, en outre, constitue pour eux une richesse commode, aisément réalisable."
Les Laotiens de Luang-Pra-Bang, surtout adonnés au commerce, eux aussi possèdent néanmoins rizières et buffles : pour le travail de la rizière, ils ont recours au métayage ; le gardiennage des buffles, ils le confient aux Kha, leurs anciéns serfs. Une famille Kha, gardienne d’un troupeau, reçoit en paiement un bufflon sur trois naissances.
Dans le district de Mu’o'ng-Sing, à l’extrème nord de la province du Haut-Mé-Khong, ce sont leurs juments que les Thaï des vallées confient de la sorte aux montagnards Kha.
Ces régions ne sont pas encore pourvues de routes automobilables : les transports se font par pirogue ou portage. Pour le portage, on utilise le bœuf, le cheval : le plus souvent, c'est l’homme qui porte.
Le bœuf ne peut pas être, comme le cheval, employé au portage des caisses : il est difficile à bâter : son bât, en rotin, est constitué de deux couffes solidaires d’un arceau matelassé ; la charge ordinaire est de 25 à 30 kilos.
Le transport du thé yunnanais de I. Hou, I. Pang à Lai-
Châu, 70 jours de chemins difficiles, s'effectue par caravanes de bœufs. |
Dans ces régions montagneuses du Haut-Mé-Khong, du Haut- Näm-Ou, le bœuf est réservé au portage comme il l’est au charroi dans les plaines du Moyen-Mé-Khong : il atteste l’aisance de ses possesseurs.
S'il n’était périodiquement touché par les’ épizooties, le bœuf ferait la prospérité du « Sillon Lu’ ».
On appelle ainsi, au niveau et à l’ouest du cours supérieur du Nàm-Ou, étendu parallèlement à lui, en même direction N.-S., de Ou-Nu’a à Mu’o’ng-Ngân, un alignement de dépressions longitudinales occupées par des Thaï-Lu’.
Les villages du « Sillon Lu’ » offrent au bœuf, à leur abord même, de vastes pacages de bonne qualité : le calcaire affleure à Ou-tai au nord, à Bun-tai au sud ; les grès rouges salifères, partout, dominent.
Le cheval est, ici, particulièrement apprécié : il n’est rare qu'à cause du surra : au débouché et au contact du Yunnan et de la Birmanie, Mu’o’ng-Sing est un marché important qui doit son activité à de nombreuses caravanes. Par leurs chevaux de bât soigneusement entretenus, convenablement harnachés, les convois administratifs aident à l'éducation des caravaniers : ceux-ci ne peuvent pas donner de grain à leurs chevaux : cependant, pour se maintenir en état, être à mème de résister au surra, le cheval de bât a besoin de grain.
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Dans le royaume de Luang-Pra-Bang, comme en Birmanie, l'éléphant est employé au tirage des bois : sur la rive droite du Mé-Khong, les exploitations de forêts de teck en possèdent beaucoup.
Il est également utilisé pour le portage : durant la saison pluvieuse, pour les voyages dans l’intérieur, c’est-à-dire à l'écart des grandes voies de communication que sont routes et cours d’eau, l'éléphant est, certes, le porteur le plus commode.
La plupart des éléphants employés sur le Haut-Mé-Khong sont originaires du bassin de la Srépok, au sud du Laos, entre les 12° et 14° latitude Nord. Là, les éléphants sont chassés et capturés par les indigènes, les P’nong. C’est à l’est de la zone de chasse, à sa limite, que se trouve Bàn-Don, résidence des principaux notables propriétaires d’éléphants de chassé; centre de vente des éléphants capturés. |
L'éléphant est d’un prix élevé : il est sujet à de nombreuses maladies dont l’étude n’a pas encoré pu être approfondie. Son bon entretien exige un gardiennage assidu, incessant.
Trop faiblement peuplées pour permettre construction et entretien de routes d'intérêt local, disposant seulement de sentiers, les régions montagneuses du Haut-Laos présentent cette particularité caractéristique d’avoir conservé chez elles importance et valeur aux animaux de bât : par eux, les villages reculés sont reliés aux centres commerciaux, \ écoulent leuts produits, en reçoivent objets et matériaux ; par eux, la colonisation pénétrera les massifs, y accédera à la zone d'altitude . supérieure à 1.000 mètres, de climat tempéré déjà, et dont
maintes régions sont préparées pour le paRse par les défrichements Mèo. | é
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. Le Trân-ninh. — De ces régions, les plus vastes comme les : plus favorables se trouvent au sud-est du Luang-Pra-Bang, au sud des Hua-P’han : au Trén-ninh.
Le Trân-ninh possède des plaines d’altitude moyenne de 1.000 mètres, faiblement boisées, herbeuses, limitées par des hauteurs disposées en chaînes ou amoncelées en massifs dont certains sommets dépassent 2.000 mètres.
Leur sol est formé surtout de schistes rouges parsemés de blocs calcaires déchiquetés. :
Elles sont généralement mamelonnées. L’herbe des mamelons est, en majeure partie, constituée par des graminées du genre « Themeda » que les indigènes appellent « nha chickchork », dont le bétail ne consomme que les jeunes pousses.
Sur ces mamelons, les bois sont surtout composés de résineux parmi lesquels le pin domine ; les arbres sont espacés, les clairières successives ; les habitations, entourées de jardins, sont situées sur les pentes, au bord des rizières en lesquelles ont été aménagés les vallons : ceux-ci sont creusés de ravins torrentueux.
La forêt-savane couvre une superficie considérable. Chaque année, en saison sèche, elle est incendiée : sinon, librement développées, les hautes graminées y forment un épais revètement que seuls gibier et buffles pénètrent.
Annuellement incendiée, la savane devient pacage : le regain convient au cheval et à tous les ruminants : il est peu abon- : dant, clairsemé, car, quoique faibles, les pentes des mamelons sont ravinées.
Quand la saison sèche est déjà avancée, que les rosées sont rares, le soleil ardent, le regain lève peu : les troupeaux qu’il nourrit perdent de leur état. On essaie d’acclimater des graminées africaines. Des réserves fourragères pourraient être constituées tout comme, d'ores et déjà, le sont les réserves de
paille.