F | — ?4 — LE MOUTON AU TRAN-NINH
De par la nature de leur sol, ferme, sec, graveleux et rocheux, raviné aussi, les mamelons et collines des plateaux
du Trân-ninh conviennent bien au mouton.
Jusqu'à présent, les expériences d'élevage du mouton, ont seulement porté sur une centaine de brebis de croisement Yunnanais-Berrichon.
Elles ont montré que le mouton obtenu pouvait être acclimaté, mais qu'il était en butte aux strongyloses. II n’échapperait, à l’infestation que sur les pentes dénudées, faiblement herbeuses ; strictement tenu à l’écart de tout bas-fond.
Or, les pentes qui bordent les plateaux sont généralement boisées, partiellement cultivées ; les défrichements en jachère, envahis par les hautes herbes ou revêtus de taillis impénétrables, y occupent souvent une vaste surface.
Les fauves, nombreux, causent des dommages importants.
Posées isolément au versant des mamelons, au bord des vallons, flanquées de grenier, hangar, parc, entourées d’une cour, d’un verger clôturés, les habitations des Thaï-P’huôn sont de vraies fermes : elles donnent directement sur les vastes et maigres pacages d’alentour où le mouton peut, sans qu’on s'occupe beaucoup de lui, constituer de petits troupeaux.
Présentement — sans prétendre aucunement industrialiser au Trân-ninh l'élevage du mouton — on voudrait simplement avoir apporté aux Thaï-P'huôn une bonne espèce domestique des plus précieuses, les en avoir dotés ; avoir, définitivement, chez eux, mis le mouton au nombre des animaux usuels de la ferme.
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STATION VÉTÉRINAIRE D'ÉLEVAGE DU « P’nu-KxAu-KHoar »
Le massif du Trân-ninh, sur son rebord méridional, porte des plateaux gréseux de grande étendue, coupés de torrents, séparés les uns des autres par de vastes dépressions à mamelons herbeux et nombreux cours d’eau.
Les plateaux, et les chaînes qui les circonscrivent, sont désignés dans leur ensemble sous le nom de « P’hu-Khâu-Khoai ».
Eà, à environ 60 kilomètres de Vientiane, à une .altitude moyenne de 750 mètres, le Service Vétérinaire a, en 1924, établi les élevages d’animaux nécessaires aux pratiques d’immunisation antipestique poursuivies à son centre expérimental de « Chi-naiï-mô » près Vientiane.
Encore qu'à leur début, ces élevages sont prospères : la station vétérinaire du « P’hu-Khäu-Khoai » possède actuellement cinq troupeaux de bœufs et cinq troupeaux de buffles.
Chaque troupeau, fort de 25 à 30 têtes dont un ou deux mâles reproducteurs, a un gardiennage, des pacages, parcs et: abris qui lui sont propres. À l’âge de 15 mois, les jeunes sont séparés des mères : génisses et bufflonnes sont employées à la constitution de nouveaux troupeaux ; les mâles sont livrés au Centre expérimental de « Chi-nai-mô ».
Afin de préserver ce bétail des maladies « par carence », distribution de sel gemme, de poudre d'os est régulièrement
assurée.
Ses remarquables qualités de robustesse, d'énergie et d'en durance, de rusticité font le poney laotien, en montagne, très: précieux. ‘ AT Ne
La pénétration et la mise en valeur des massifs du Haut- Laos, la remonte du corps de troupes d'occupation exigent du Service vétérinaire qu’il apporte amélioration au mode de production de ce poney ; que de bons étalons de race locale soient, par ses soins, substitués aux Entiers de mauvaise qualité auxquels, actuellement, la saillie est précisément réservée.
Au P’hu-Khäu-Khoai, une jumenterie a été créée, dont le développement obligerait à des dépenses auxquelles on s’efforce présentement de faire face. |
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Condition de l'élevage au Moyen-Laos et au Bas-Laos.
Les plates-formes du « P’hu-Khâu-Khoai » sont les franges septentrionales de l'immense manteau gréseux dont le Moyén- Laos et le. Bas-Laos sont demeurés couverts : là, les couches secondaires sont restées presque horizontales : elles n’ont été affectées que par de faibles plissements. Ce pays, cependant, : a eu son soubassement relevé vers l’est et les cassures ont été accompagnées de manifestations éruptives : la cordillère annamite n'est que le rebord:des plateaux laotiens, ‘et les « terres rouges » si appréciées des planteurs correspondent précisément à des coulées basaltiques. |
À la latitude de 18°, au Kham-mon, parallèlement au Mé-Khong, les calcaires affleurent largement.
La Cordillère — dont les plus hauts sommets dépassent à peine 2.500 mètres — est coupée de cols peu élevés : dans le Hä-tinh, un peu au nord du 18° parallèle, la route passe par le Keo-Nu’a à 760 mètres. Un peu au sud de ce même parallèle, le chemin de fer passera à 418 mètres au Mu'-gia. Plus au sud encore, la route de Quang-tri à Savannakhèt franchit la Cordillère à 410 mètres à Hai-Eào (littéralement Porte du Laos).
Au début de l'été, fréquemment, des dépressions atmosphériques passent sur les hautes terres septentrionales de la Péninsule Indochinoise : elles y causent de fortes pluies mais appellent du N.-O. un vent violent qui, à travers la Cordillèreé, arrive à la côte sec et brûlant, vrai fœhn dévastateur des rizières d’An-nam.
Quoique peu élevée et pourvue de couloirs d'accès facile, la
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Cordillère est une limite naturelle qui sépare deux contrées entièrement différentes : à l’Est, par des pentes rapides, souvent brumeuses, couvertes de forêt tropicale dense, malarique, la Cordillère descend sur les terres alluviales cultivées de: l’An-nam ; à l'Ouest, sous un ciel, l'hiver, toujours limpide, ses émergences cristallophylliennes s’inclinent doucement, s’enfoncent sous des plateaux gréseux fréquemment séparés les uns des autres par de hauts pas, de larges cassures.
Plateaux du Kham-mon. — Îraversé en son milieu par le 18° parallèle, le Kham-mon présente du N.-0. au S.-E., suivant l’orientation même de la Cordillère et sur plus de 200 kilomètres une succession de hauts plateaux que drairient un grand nombre de cours d’eau affluents de la « Nàm-Ka-ding » ou « Nàm-Tu’n ». Ces plateaux prolongent ceux du Trân-ninh. du Phu-Khâu-khoai : comme eux, ils portent de vastes déboisements couverts de graminées qui, après incendie, donnent un regain apprécié du gibier et du bétail. Le bœuf dispose là de mamelons et plates-formes à sol sableux, sec, qui lui sont sains. Le buffle y trouve de larges cuvettes marécageuses qui. lui conviennent au mieux.
En 1913, une firme française de Hong-Kong avait créé au port de Vinh, à Bèn-thuy, une fabrique de conserves de viande pourvue d’un abattoir moderne et d'installations perfectionnées : des bœufs maigres étaient achetés dans les plaines du Siam et placés à l’embouche sur le plateau de Na-Kai. Ils y furent mal soignés : en dépit des instructions réitérées du vétérinaire, ils furent laissés en gros troupeaux de plusieurs centaines de têtes, mis au pacage dans des bas-fonds, entassés pour la nuit dans des parcs humides et boueux. Ils ne purent « pren- dre de l’état ». Sous le coup du dépaysement, de la crise d’acclimatement, leur maigreur ne fit que s’accuser et beaucoup succombèrent d’épuisement.
L'entretien du buffle s’accommode d’une surveillance lâche :
pourvu qu'il soit placé sur de bons terrains marécageux, il lui suffit d’être abandonné à lui-même pour acquérir un plein développement ; lui convient ce qui est contraire au bœuf ; le fait est que les buffles sur pied embarqués par cette firme, à Bên-thuy, sur ses propres vapeurs et à destination de Hong- Kong; étaient un bétail de première qualité.
Cette affaire de fabrication de conserves de viandes de Na-
Kai, aurait certainement réussi si elle n'avait pas été menée précipitamment, inconsidérément.
‘Le plateau de Na-Kai est le mieux connu comme le plus réputé des hauts-plateaux du Kham-Mon : situé sur la rive gauche du Nàäm-Tu’n, à l'altitude moyenne de 750 mètres, il est bordé au Sud par la chaîne du P’hu-Hac à pic sur les calcaires déchiquetés du Näm-Hin-Pun et de la Sé-Bang-Fai.
Plaines des Bassins de la Sé-Banghiêng, de la Sé- Dôn, de la Sé-Khong. — C'est au Sud de ce voussoir primaire que, coupées de larges saillies, se développent les plaines de grès, à forèêts-clairières, des bassins de la Sé-Banghiéng, de la Sé-Dôn, de la Sé-Khong.
Ces plaines, leur forêt-savane changent d'aspect avec les saisons : en juin, aux premières pluies d'été, elles sont verdoyantes : la végétation est dans sa prime fraîcheur : les arbres sont des résineux, des diptérocarpées...; ils sont disséminés, isolés ou en bouquéts ; leur taille ne dépasse guère 15 à 20 mètres ; les troncs et branches, épais, tortueux et noueux, ont l'écorce fendillée, écaillée. Sous eux, croissent des graminées hautes, des genres « Arundinella » et voisins, ayant aspect de petit bambou.
Les Annamites appellent ces graminées « Co tre », Co latre », ce qui signifie herbe bambou, herbe à feuille de bambou.
Ces graminées sont un fourrage de bonne qualité ; elles couvrent de vastes surfaces peu habitées (3 habitants au kilomètre carré), pourraient nourrir de nombreux troupeaux : avec ses
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ruisseaux et. ses ombrages; la forèt-clairière est alors un pacage magnifiquement disposé. ;
Mais, dès qu'avec la mousson N.-E., la sécheresse survient, les graminées meurent : desséchées, elles sont détruites par l'incendie que, de toutes parts, en forêt, l’indigène allume ; beaucoup d'arbres sont dépouillés de leurs feuilles ; dès fin février, le soleil est déjà brûlant, le sol calciné : le bétail subit une disette rigoureuse ; laissé à la forêt, il y demeure près des points d’eau : ce ne sont que quelques individus plus familiers qui, à la nuit, se rapprochent du village, viennent se coucher à ses abords, dans les rizières poussiéreuses, pour s'éloigner dès avant le lever du jour. 2
Pour juger de ce bétail, il faut donc aller le voir en forêt, se faire guider, être conduit aux endroits où il se tient : dépressions, bourbiers, chaumes, savanes, ombrages ; pour le pouvoir approcher à faible distance, il faut avancer lentement, sans gesticuler ou parler, prendre, en somme, petite PERS des précautions exigées de l'approche du gibier. VAE
- En mars-avril, au fort de la sécheresse, les regains, Je gazon du bord des mares, du fond des dépressions ; les feuilles vertes d'’arbustes, de bambou, à portée, sont raréfiés ; les maigres provisions qu'ils constituaient sont épuisées : le bétail se nourrit alors de ‘ce qui a pu échapper à l'incendie : chaume abîmé
des rizières, hautes herbes desséchées des savanes, feuilles
mortes toutes poussiéreuses. VA
D’aussi dures conditions d’existence n Ddmeitet pas la débilité : les jeunes doivent, dès la naissance, être pourvus de la vigueur qu'il faut pour les parcours ; il leur est nécessaire d’être nés d'une mère jeune, bien constituée, bonne laitière ;
de ne pas être issus d’un taurillon mal venu : les vautours, les
chiens sauvag'es aussi, guettent le veau que sa faiblesse retient à l'écart du troupeau.
Ainsi, du bétail, aucun soin n’est pris : on a même pu dire que le bétail intéresse le Laotien à condition de n’exiger aucun soin.
Sans quoi, chaque année, les vallées de la Sé-Banghieng et de la Sé-Dôn fournissent à l'exportation plusieurs milliers de bœufs et buffles. | : C’est en saison sèche, en décembre, après la récolte, que le commerce d'exportation du bétail bat son plein. Des marchands -annamites, siamois, viennent acheter sur place, mais les plus importantes sorties de bétail sont faites par les éleveurs eux-mêmes : des gens d’une même région se groupent, s'accordent entre eux pour constituer un troupeau qu’ils conduiront à Sé-Pôn (Tchépone), ou à Stung-Streng, ou à Oubon : dans ces centres, sur ces marchés, ils peuvent trouver acheteurs : sans quoi, de Ou-Bon, par petites étapes, ils se rendent à Bang-Kok ; de Stung-Streng, ils poussent jusque Kratié et même jusque Pnom-penh et Saïgon : pendant la saison sèche, le Laotien se plaît aux longues randonnées. De concert, ‘les Administrations du Laos, du Cambodge, de Cochinchine, surveillent les mouvements de bétail ; elles s’assurent du bon état sanitaire des troupeaux dont elles facilitent et protègent le convoiement.
Aussi bien, Bang-Kok, Pnom-penh, Saïgon sont places réservées au bétail cambodgien : n’étaient chez les Thaï cette tendance, ce besoin instinctifs qui les portent à toujours descendre le cours des rivières, l’exportation du bœuf laotien devrait être exclusivement dirigé sur l’Annam dont les marchés l’appellent. |
C’est en fin mai, tout à fait au début de la saison des pluies, ou bien alors en octobre, un peu avant la fin de cette même saison, que serait particulièrement facile, au travers de la forêtclairière, la conduite à Lào-Bào et Napé, à destination des ports de Tourane, Bên-Thuy, du bétail acheté sur la Sé-Banghièng et la Sé-Dôn. À ces époques-là, la forêt-clairière possède tout à la fois herbe, eau, ombrages, et ses torrents, ou bien ne donnent pas encore ou bien ne donnent plus.
Aux grosses pluies d'août et septembre, de lui-même, le bétail vient chercher abri au village où sa capture est aisée.
En avril-mai, par contre, les gens n'ont sous la main qu'un nombre très restreint de sujets familiers et pour s'emparer de ce qui reste en forêt, le pousser au parc, force est d'établir un encadrement de clôtures convergentes, mise en œuvre qui augmente le prix de revient.
Le bœuf de la Sé-Bang-Hiêng et de la Sé-Dôn manque d’ampleur, de masse ; il est rustique, vigoureux ; de bâti léger, mais solide ; de constitution sèche, fine ; de tempérament nerveux. Mobile, souple, ses mouvements sont agiles ; il trotte librement. Est très propre au bât et à la charrette Thaï construite si ingénieusement.
Il n’en est pas moins à même de fournir une excellente bête de boucherie : ainsi, en mars-avril, au paroxysme de la sécheresse, dans les plaines des bassins de la Sé-Bang-Hièng, de la Sé-Dôn, de la Sé-Khong, champs et forêts-clairières, sont calcinés : ce qui est susceptible d’y être ingéré est sur le point de l’avoir complètement été, la désolation est telle que l’indolence même du Laotien se trouve secouée ; on voit des gens grimper aux arbres et en couper les hautes branches aux feuilles moins jaunies pour que se les dispute le petit nombre de têtes, bœufs porteurs surtout, accoutumés de revenir le soir au village ; alors, çà surprend que, malgré l’extrême privation qu'il subit, ce bétail puisse, dans l’ensemble, se maintenir en état, et s’ils étaient débarrassés de leurs vieilles vaches, les troupeaux au-
raient belle tenue.
Ce bétail, son entretien, n’ont done pas d’exigences : pour peu que les eaux de pluies d’été soient recueillies dans des citernes ; que, par une irrigation mesurée, soient converties en prairies les parcelles de forêt-clairière à sol limoneux, pas trop perméable, tout aussitôt, dans une bonne mesure, il serait pallié à la disette printanière.
Aussi bien, à cette même époque de forte sécheresse, les bœufs porteurs que les transactions amènent de la plaine sui
le Massif des Boloven à végétation luxuriante, y acquièrent en quelques semaines un embonpoint remarquable.
Massif des Boloven. — Par 15° de latitude Nord et 104° de longitude Est, le Mussif des Boloven occupe le centre de la région comprise entre la vallée du Mé-Khong et celle d’un de ses plus puissants affluents de gauche, la Sé-Khong. Il est limité au Nord par la vallée de la Sé-Dôn. Au Sud, il tombe sur les plaines du bassin de la Sé-Khong. me
Les roches volcaniques y recouvrent en majeure partie un socle gréseux en continuité avec les nappes des plaines et plateaux d’alentour.
Quand on a parcouru longuement les plaines arides de la Sé-Dôn ou de la Sé-Khong sous le lourd soleil de mars-avril et qu’on pénètre sous les ombrages des versants du massif des Boloven, qu’on atteint ses hauts plateaux à l’air vif, aux torrents limpides et frais, alors on est à même de donner leur sens aux descriptions enthousiastes des explorateurs (Doudard de La Grée (1867) : Harmand (1877) : de Malglaive (1894).
Sur le massif des Boloven, la forêt dense subsiste seulement là où une configuration irrégulière du sol (escarpements, effondrements, affleurements de roches...), une moindre qualité des terres, l’ont tenue en dehors des besoins de la pratique du « rây »: dès qu'on accède aux vastes pentes doucement déclives, régulièrement développées, en lesquelles se résout la plate-forme centrale culminante, alors, seuls, les torrents ont pu se réserver sur leurs bords quelques faibles pans de forêt primitive. Au lieu et place de celle-ci, les défrichements successifs ont abouti à la constitution de pétites plaines herbeuses, parsemces de maigres arbustes, souvent envahis par « l’herbeà-paillote », la fougère, et entourées de taillis, de fourrés.
Sur la belle pente que le massif étale à l’ouest pour une facile descente au Mé-Khong, le défrichement de la forêt dense primitive n’est pas encore très avancé, mais sur le flanc N.-0.