CONTI F
habité par des P’hu-Thaï émigrés du Sé-Pôn, sur le flanc N occupé par des Suôi, autochtones ayant subi l'influence Thaï, de puissantes jungles'à roseaux et bananiers sont, sur de vastes étendues, substituées à la haute futaie.
À une altitude moyenne de 600 mètres, bénéficiant des condensations des sommets hoisés environnants, humides et tièdes, de végétation luxuriante, coupées de multiples torrents et ouvertes sur de nombreux herbages, ces jungles sont au buffle l'habitat qui lui convient le mieux. Là, le buffle présente un développement remarquable : son ossature est puissante, ses formes amples, son état de chair superbe.
La pratique du « rây » dispense du labourage : le buffle n’est pas employé au travail. IT fournit seulement la viande abondamment consommée en ces fréquents festins exigés de la coutume à l’occasion de tout événement de la vie sociale ou privée. : :
La jungle, que le buffle affectionne, ne convient pas au bœuf : celui-ci aime les parcours découverts, les savanes herbeuses à ondulations amples.
Précisément, sur les plates- -formes occupées par les Kha- Boloven au sommet du massif, à l’altitude moyenne de 1.000 mètres, la jungle ne trouve plus ses éléments de prospérité : ici, étendues entre les pans de forêt primitive du bord des torrents, d'immenses plaines herbeuses, légèrement mamelonnées, parsemées de bouquets d’arbres, constituent pour le bœuf. d’excellents pacages.
Leur sol, basaltique, peu perméable, est en maints endroits. encombré de roches porphyriques que de Malglaive a décrites
de la couleur du sang desséché et comme percées de mille coups de vrilles ». Il possède une terre végétale rouge-ocre que les vers fouillent activement, que les sangliers, en quête de racines tubéreuses, retournent sans cesse.
Les plantes herbacées n’y forment pas un tapis uniforme :
elles donnent des touffes déchau issées, isolées dans les mailles
d’un lacis de coulées de ruissellement : elles perdent de leur valeur fourragère à fur et à mesure de leur croissance et chaque année, en février, alors qu’elles sont desséchées et que les condensations, l’humidité sont réduites, il importe qu'elles soient incendiées : Les regains sont d'autant plus appréciés du bétail qu'à cette époque-là, celui-ci ne saurait plus trouver d'herbe tendre qu’au bord des étangs, multiples il. est vrai.
Sur ces plates-formes herbeuses du massif, les fauves sont rares. Sans gardien, néanmoins, le bœuf ne s’écarte pas des villages : il n’utilise qu’une infime partie du pacage dont il dispose.
Les Boloven possèdent des troupeaux de buffles nombreux : et magnifiques : mais, laissés à l’abandon, livrés à eux-mêmes, ces buffles sont en demi-domestication et leur capture nécessite un parcage dispendieux.
Boloven et Suôi s'intéressent au cheval. Mais ils laissent les juments avec les chevaux entiers, en liberté, au pacage, dans le village même. A*la nuit torgbante, chevaux et juments viennent d'eux-mêmes s’abriter sous les cases : pansage, grain leur sont inconnus ; durant la saison pluvieuse, ils pataugent dans la boue : dermatite, dermatoses sont néanmoins exceptionnelles.
Les poulains mâles de belle venue trouvent très vite acheteur, car, pour ses officiers, ses fonctionnaires, le Siam demande beaucoup de chevaux : la saillie est dévolue aux entiers impropres à la vente.
Une station d’étalons est en aménagement sur le plateau des Boloven et le vétérinaire qui la dirige s’efforce de vaincre l'opposition des indigènes à l'endroit de la castration du cheval.
Le poney Boloven possède, peut-être, plus de finesse que le poney du Haut-Laos, mais il présente, en général, une confor-
ape
mation moins régulière, des proportions moins harmoniques. Souvent, la tête est un peu lourde, la croupe avalée, les aplombs défectueux. La taille au garrot de sujets bien développés dépasse rarement | m. 18 chez les entiers, 1 m. 12 chez la jument. L'amélioration de ce poney par le moyen de la sélection est une tâche qui s'impose, à laquelle il convient d’apporter application et ressources.
Les Boloven, autrefois, possédaient de nombreux éléphants domestiques. Lors de leur rébellion (1901-1907), ils s’en défirent et présentement ils n’en ont plus que 40 environ.
En domestication, l'éléphant se reproduit peu. La plupart des éléphants domestiques sont des éléphants capturés. Un éléphant de 2 m. 50, bien dressé, exempt de tare, vaut actuellemént 20.000 francs environ.
Sur le massif des Boloven, au sud-est de la plate-forme faitière qu'occupent les Kha-Boloven, les montueuses ondulations du pays des « Nha-Heun » seraient, elles aussi, en mesure d'entretenir un cheptel considérable : développées à l’altitude moyenne de 850 mètres, elles sont, en maints endroits, revêtues de larges dalles de grès : leurs terres sèches, souvent sablonneuses, à herbe dure, peuplées de pins, conviendraient au mouton.
LE PORC AU Laos
Dans tous les villages, au Laos, on trouve abondamment porc et volaille.
Le porc est noir ou pie-noir, à chanfrein allongé, rectiligne. L’attache de la tête est. effacée ; la ligne du dessus soutenue, le ventre exceptionnellement tombant chez les vieilles truies. Les fnembres sont fins et secs. À 12 mois, gras, il pèse environ 80 kilos.
Sous les cases à pilotis, de rudimentäires enclos servant de porcheries ne retiennent enfermés, durant la journée, que les porcs mâles, castrés, à l’engraissement. |
Truies et porcelets, eux, sont lâchés : ils vont et viennent librement dans le village parmi chiens et enfants ; ils pénètrent dans les bosquets et fourrés qui avoisinent le village et S’v repaissent d'excréments humains. Les Thaï sont infestés d’helminthes : la ladrerie est, ici, d’une fréquence inouïe. Il faudrait qu'instituteurs et infirmiers cantonaux soient fervents propagandistes des premiers éléments d'hygiène : que, par eux, les gens soient amenés à se défendre d'abandonner ainsi
leurs excréments aux chiens et aux porcs.
Matin et soir, les femmes distribuent aux porcs leur ration : celle-ci se compose généralement d’un mélange de plantes hachées et de son de riz.
Méo et Yao prennent du bétail beaucoup plus de soin que les Thaï : ils donnent du maïs à leurs chevaux ; ils en incorporent aux pâtés cuites dont ils nourrissent le porc.
Plus que le porc gras, le porcelet intéresse le commerce : en
PS
saison sèche, au Laos, les colporteurs annamites achètent de grandes quantités de porcelets dont ils approvisionnent les marchés de l’Annam et du Tonkin. |
Le porc laotien a une chair moins fine que le porc chinois de lype‘concave produit dans le delta : mais, il est d’engraissement plus facile, prend plus de poids, donne meilleur rendement.