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En Indochine, on appelle « herbe-à-paillote » des graminées du genre « Imperata » douées d'une grande puissance de dissémination ; leurs graines sont très légères, à ailettes, leurs
racines puissantes. Les annamites la nomment « co tranh » et.
les laotiens « nha kha ». Lui conviennent surtout les terrains découverts à sol profond, les versants ensoleillés. Elle couvre les défrichements « mèo » dès qu'ils cessent de lui être disputés.
Sur les montagnes du Haut-Laos, la substitution de l’herbeà-paillote à la forêt s'opère comme suit : un pan de forêt est, par le « Mèo », reconnu posséder une situation, un sol propre à la culture du pavot : à son temps, il est abattu.
Au plus fort de la sécheresse, en avril,(on détruit par le feu tout ie bois qui encombre le terrain. Le <hamp ainsi obtenu, couvert de cendres, est ensemencé de maïs : deux abondantes récoltes peuvent être successivement obtenues. La terre est alors prête pour le pavot. A la protection de la plante cultivée, un sarclage assidu est indispensable qui détruise les jeunes pousses d'arbres. L'envahissement de l’herbe-à-paillote est retardé par l'application du système de la jachère : après plu-
sieurs années consécutives de rapport, le champ est tenu au
repos pendant un certain temps ; spontanément, des arbustes y croissent, formant taillis. Le développement du boisement jugé suffisant, celui-ci est coupé, brûlé et plusieurs nouvelles récoltes de latex sont obtenues. Le champ est laissé en friche une deuxième fois ; si sa situation est bonne, en des gorges
brumeuses, humides, si l’humus y est abondant, ce sont les
bananiers, les roseaux qui, alors, y prennent naissance : l’herbe-à-paillote ne devient généralement envahissante qu'à la faveur d’un troisième défrichement..
ENPPETIRS RE Ve +? et
Jeune, l’herbe-à-paillote constitue un excellent fourrage. Au Tonkin, les plantations de café, dont les besoins en fumier sont considérables, tendent à entretenir leur bétail en stabulation : elles ensilent l’herbe-à-paillote.
À la fin de la saison pluvieuse, en octobre, elle est fanée et dure, propre alors à servir de chaume. En janvier, alors que. la sécheresse est déjà marquée, si l’on incendie les revêtements d’herbe-à-paillote, le regain, à la faveur des condensations nocturnes, fournit un pacage de tout premier ordre.
Depuis plusieurs années déjà, les « Mèo » font servir à l’élevage du bœuf leurs anciens champs :maintenant couverts d’herbe-à-paillote et en aucune autre région de l'Indochine, on ne rencontre d'aussi beau bétail que sur ces herbages.
Les sommets et les hautes croupes des principaux massifs du Haut-Laos présentent de larges revêtements d’herbe-à-paillote: pentes, crêtes, plates-formes, coulées, parcours. de grande étendue. de
Au pacage sur ces montagnes, les bœufs maigres des plateaux engraisseraient économiquement. Pour qu'ils n'aient pas à s'éloigner de leurs parcs, les troupeaux ne devraient pas être, chacun, de plus de cent têtes, mais leur nombre est susceptible d’être très élevé.
Pendant la saison pluvieuse, de grandes quantités d’eau seraient recueillies dans des citernes.
Pour la fabrication de conserves de viande, on aurait là, à
côté du bœuf gras, la force motrice des chutes d'eau.
Sur les hauteurs salubres qu’occupent les « Mèo », la colonisation n'a, pour ainsi dire, pas encore pénétré.
Les « Mèo » sont ignorants, superstitieux ; comme les Miaoiseu du Koueï-tchéou dont ils procèdent, ils sont belliqueux : c’est ainsi qu’en 1919-20, leur révolte a donné du mal. Mais ils ont, pour l’élevage, un goût prononcé et on pourrait les amener à reporter définitivement sur lui l’activité qu'ils consacrent actuellement à la production de l’opium, d’autant que, bientôt, — à ces abatteurs d’arbres, les montagnes de la péninsule n’offriront plus que la savane née de leur hache.
Au contact du Chinois, le Mèo a acquis quelques principes de façonnage des terres : la forêt qu’il abat fait place à un vrai champ régulièrement travaillé, soigneusement entretenu, et si les pentes qu’il cultive étaient taillées en terrasses soutenues, irriguées, elles n'auraient plus à être jamais abandonnées.
La destruction de la forêt du faite des montagnes apporte gène à la condensation des nuées, aux brouillards, partant, dérègle le régime des cours d’eau, cause tarissements et crues.
Tout au plus, doit-on reconnaître que sur des pentes douces couvertes d’un épais manteau d’herbe-à-paillote, le ruissellement est atténué ; que, par ses racines fortes et pénétrantes, l’herbe-à-paillote s’oppose au ravinement.
Et si les défrichements Mèo s'étaient limités aux plateaux, s’ils avaient respecté sommets et pentes, ils eussent alors été utiles, ouvrant à l'exploration des régions désertes,, d'accès difficile. Mais, comme ils ne tiennent aucun compte des conséquences du déboisement, il est regrettable que celui-ci ait été longtemps sans surveillance.
dE] 1e et
Au-dessous de l'habitat « Mèo », sur les pentes d'accès aux plateaux, il faudrait que, là au moins, la forêt soit respectée.
Or, c’est entre 900 et 400 mètres d’altitude que se placent les défrichements des Man et des Kha.
Les Man ou Yao, mongoloïdes aborigènes du Quang-si sont venus dans le Tonkin il y a plusieurs siècles.
Le Man est plus affiné que le Mèo : ses coutumes, ses rites sont davantage pénétrés de l'influence chinoise.
Les Kha, indonésiens autochtones refoulés dans la montagne par les Thaï à qui ils ont été longtemps soumis, ont conservé dans le Luang-Pra-Bang, des peuplades robustes, courageuses, dont les « rây », nombreux, produisent annuellement, en grande quantité, du riz dont les Laotiens commercent.
Au sein de l’enchevêtrement de crêtes caractéristique des massifs du Haut-Laos, alors que les Man, comme les Mèo, établissent généralement leurs campements dans des gorges, au-dessous des sources dont ils conduisent l’eau directement dans leurs cabanes, les Kha, eux, installent leurs cases au-dessus des points d’eau, sur des croupes dégagées et dominantes.
Auprès des uns et des autres, les animaux de basse-cour sont toujours nombreux. Chez les Mèo, l’engraissement du porc reçoit un soin attentif.
Mais, à l'encontre des Mèo, Man et Kha possèdent peu de gros bétail, seulement quelques buffles pour la viande, aux jours de ripaille. Leur habitat, tout d’escarpements, n'offre au bœuf, à l’écart des fauves, d’autre pacage que les abords mêmes du village. Le buffle, sur les bords des plus proches cours d’eau, dispose seulement de quelques jachères.
Alors que les massifs, à leur faîte; ménagent aux défrichements Mèo cuvettes, plateaux, coulées. sur leurs versants et contreforts, au-dessous de 800 mètres, ils n’offrent déjà plus
au Yao que de fortes pentes.
À é PRES a S'il est reconnu que Mèo et. Man ne peuvent, sans dépérir,
séjourner aux basses altitudes, il n’en est plus de même des Kha : pour que, sous les savanes des plateaux, la montagne
ait ses versants revêtus de hautes futaies, il convient, tout
d’abord, de restituer es autochtones à la culture sédentaire des dépressions et plaines dont ils ont été chassés au x‘ siècle par les Thaï envahisseurs.
Nettoyée, débarrassée du sous-bois, la forêt dense peut être pacage satisfaisant ; [es arbres sains, de belle venue, d'essence précieuse sont conservés, élagués ; à leur couvert que le soleil pénètre, l’humus se couvre de fines graminées dés genres « Digitaria », « Eriochloa »... Le tapis n’en est pas continu ou homogène : plus serré, plus épais sur les versants nord, aux endroits éclairés, principalement là ou sont laissées les cendres.
Sans porter atteinte à la liberté des montagnards, il eût été possible de les contraindre au nettoyage de la forêt de leurs cantons : à Vientiane, pour ses propres troupeaux, le Service Vétérinaire a ainsi transformé en forèêt-pacage de larges pans de forêt-broussaille et ce mode d'aménagement de la forêt est présentement suivi par nombre de notables indigènes.
Aussi bien, les crues des fleuves indochinois relèvent-elles surtout de la structure même des hautes régions dont ils descendent : dans le nord du Yunnan, aux confins de la Birmanie, ces fleuves coulent côte à côle séparant des montagnes de 2.000 mètres, à glaciers, fortement ravinées par les pluies abon- - dantes qu’elles reçoivent du golfe du Bengale. Plus à l’est, les affluents du Fleuve-Rouge drainent les immenses plateaux du Yunnan et du Koueï-tchéou : gréseux en quelques parties, comme au nord-est de Amitcheou, mais plus généralement calcaires, ces plateaux ont été totalement déboisés par les guerres, au cours des siècles : les grès, très fissiles, n’ont plus qu'une maigre végétation xérophile, de hautes et dures graminées, de petits bois de pins trop souvent remplacés par des buissons broussailleux ; le calcaire est, de toutes parts, creusé par l'érosion ; là, venu du nord, du Sseu-tchouan, avec les Lolo, le mouton prospère.
Au Tonkin même, enfin, les vallées du Fleuve-Rouge, de la Rivière-Noire, ont des versants abrupts ni les pluies dévalent furieusement, en cascades.
en chacune des principales régions du Haut-Laos.
Au nord-est, sur ses confins, le Haut-Laos participe de la structure du Tonkin occidental : le Sông-Mà coule du nordouest au sud-est à travers des allongements anticlinaux, comme la Rivière-Noire ; le moyen Sông-Cä coule également du nordouest au sud-est, mais, suivant une dépression synelinale, comme le Fleuve-Rouge.
Les affluents des cours supérieurs du Sông-Mà, du Sông-Su, du Sông-Câ, dérangés, « rajeunis » par les relèvéments et fractures de la fin du tertiaire, ont, en maints endroits, comme la Rivière-Noire, dû se frayer passage : leur lit est alors encaissé au fond de gorges escarpées.
Hua-P'han. — La région des Hua-P’han que draine ces cours d’eau se trouve ainsi, par eux, toute creusée de ravins, lacis de longues et étroites chaînes sinueuses dont les crêtes, vestiges de la pénéplaine secondaire, ont une altitude uniforme de 1.300 mètres en moyenne.
Les Thaï qui peuplent les vallées des Hua-P’han appartiennent en majeure partie au groupe des Thaï-Nu’a. En 1878, fuyant devant les Hô, Chinois-Yunnanais alors établis sur la Rivières-Noire, les Thaï-Nu’a des Hua-P'han se sont répandus, disséminés dans tout le Haut et Moyen-Laos où on les rencontre fixés aujourd’hui en de nombreux points.
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