‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 101 sur 520 · CONSEILS DE PRUDENCE · texte numérisé non relu

CONSEILS DE PRUDENCE

cuper que des objets les plus urgents. En dehors de la constitution à décréter, en dehors des principes ci-dessus énoncés à traduire en actes législatifs, ils auront à envisager un grand nombre de problèmes dont la solution ne comporte aucun retard. Ils devront remédier aux difficultés financières, arrêter le chiffre exact de la dette, aviser aux moyens de subvenir aux dépenses nécessaires*. Leur tâche exige de leur part un contrôle minutieux, pénible, beaucoup d'ordre, d'ingéniosité et de méthode. La matière est obscure et ardue ; le vote de la constitution, et des mesures fiscales provisoires, destinées seulement à empocher la banqueroute, suffiront à absorber le temps, l'activité et l'attention des députés. S'ils voulaient être plus ambitieux, les éléments d'information leur manqueraient'. Comment, par exemple^ établir de nouveaux impôts, sans connaître exactement la population de la France, l'étendue, la richesse des diverses circonscriptions territoriales du royaume, sans avoir procédé à la confection d'un cadastre général ? 11 faut donc faire crédit aux Assemblées futures et ne charger les prochains Etats que de réaliser les réformes pressantes et capitales qu'il leur sera matériellement possible d'accomplir^.

Pour mener à bien cette œuvre immense, bien que circonscrite et définie, la nation a besoin de représentants capables et fidèles. Qui devra-t-elle choisir? Condorcet ne se préoccupe pas des élections auxquelles procéderont les premiers ordres : les membres de la noblesse ont trop de lumières, ou trop de préjugés pour qu'il soit utile de les conseiller. Le salut de la France dépend des résolutions que prendront les mandataires du tiers état : c'est au tiers (qu'il appelle d'ailleurs la nation)*, que Condorcet s'adresse donc uniquement. 11 s'élève tout d'abord, dans la !'"' Lettre d^un gentilhomme, contre l'esprit sectaire, étroit et exclusif, qui prévaut en certains milieux, et qui a failli triompher. On a voulu obliger le tiers à ne choisir ses représentants que dans son sein. La mesure, attentatoire aux droits du dernier ordre, offensante

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