‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 107 sur 520 · LE VOTE PAR TÈTE · texte numérisé non relu

LE VOTE PAR TÈTE

fixée au 9 mars 1789*. Au lieu de déléguer à un de ses voisins le soin de le représenter, Condorcet répondit en personne à la citation qu'il avait reçue. Parmi les nobles du pays, il comptait beaucoup d'amis : une des familles les plus ricbes et les plus puissantes 4e la province était celle de la Rochefoucauld, avec laquelle il était intimement lié, et la duchesse d'Enville mettait au service de l'ami de Turgot Tinfluence considérable dont elle disposait ; le beau-frère de Condorcet, Grouchy, possédait par là quelques domaines ; le secrétaire de l'Académie des sciences s'était trouvé «n rapports fréquents avec le lieutenant général du bailliage de Meulan, Lévrier ; enfin, la noblesse de la circonscription était, semble-t'il, singulièrement avancée d'opinions, très libérale, et démocrate. Condorcet pouvait donc espérer qu'il rallierait sur son nom les suffrages de la majorité. Trop pauvre, trop timide, ou trop radical pour briguer ailleurs avec succès les voix de la noblesse, il était, à Mantes, un des candidats désignés.

L'Assemblée générale des bailliages de Mantes et Meulan s'ouvrit, le 9 mars 1789, devant M. Meusnier du Breuil, lieutenant général civil et de police, au Palais de justice de Mantes. « Les 3 ordres accompagnés de 2 brigades de maréchaussée, sous le chevalier de la Tremblaye et de la jeunesse de la ville sous les armes, précédés de tambours et de musiciens », se transportèrent en l'église collégiale, où le doyen Hua prononça le sermon de circonstance sur l'esprit de paix et de concorde. Puis « dans la même marche, ils retournèrent au Palais et prirent place, le clergé à droite, la noblesse à gauche, et au centre le tiers état ». Le procureur du roi à Mantes prononça un discours sur les vertus qui devaient diriger les trois ordres, et requit la lecture des actes relatifs à la convocation des États Généraux. Lorsque cette lecture «ut pris fin, le lieutenant général débita une assez longue harangue sur « la justice et le patriotisme dont tous les cœurs devaient être animés dans une aussi belle occasion », puis il procéda à l'appel des personnes citées^. Ces préliminaires enfin terminés, chaque ordre s'en fut chez soi, pour se constituer et résoudre la question de savoir si l'on opinerait par tiHe ou par chambre.

1. Nous devons ces renseignements à robligeance de M. Bretle.

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