I. La proposition de Condorcet n'a pas été conservée
tout, qu!il s'unisse à nous, afin d'obtenir enfin la jouissance assurée •de ces droits d'hommes, de citoyens, qui sont communs à tous, et que la réunion du vœu de tous les ordres dans un seul vœu national peut seule nous rendre dans un moment où un concours imprévu de circonstances extraordinaires a mis entre nos mains les droits, la liberté, le bonheur, et de la nation présente et de la postérité?
Les nobles écoutèrent Condorcet avec faveur, et la suite des événements montre qu'ils auraient accepté le principe d'une \ssemblée unique. Si les ordres restèrent séparés, la faute en fut au tiers état. Celui-ci ressentait à l'égard des privilégiés une incurable méfiance ; quelque^ ambitieux, en particulier le lieutenant général civil, qui craignaient la concurrence des nobles démocrates pour le succès de leur candidature, travaillèrent à aviver ces jalousies et ces rancunes, à persuader à leurs collègues que, pour n'être point trahis, ils devaient choisir rigoureusement leurs députés dans leurs rangs '. Le clergé leur fournit le prétexte dont ils avaient besoin pour entraîner la majorité des électeurs et pour justifier leur attitude séparatiste. En réponse au questionnaire dressé par le tiers état, les gens d'Église déclarèrent qu'ils en acceptaient les deux derniers points ; mais ils formulaient les plus expresses réserves à propos du premier. Ils entendaient maintenir à une commission ecclésiastique le soin de répartir les contributions qu'ils auraient à acquitter, et subordonnaient leurs sacrifices à l'incorporation, par les États Généraux, de la dette du clergé à la dette publique. La réponse du premier ordre ne pouvait satisfaire le troisième *. Tandis que les députés de la noblesse avaient été l'objet des plus vives acclamations, les commissaires ecclésiastiques achevèrent leur lecture et se retirèrent au milieu d'un silence hostile. Après leur départ, les électeurs du tiers convinrent que les conditions énoncées étaient fort onéreuses, et qu'il semblait exister une contradiction absolue entre l'ofi're que faisait le clergé de se soumettre aux charges communes, et le traitement particulier qu'il revendiquait : ils arrêtèrent, à l'unanimité, et par acclamations, qu'ils délibéreraient séparément, et rédigeraient seuls leurs cahiers ^.