ATTITUDE DU TIERS ÉTAT
Une députation fut chargée d'avertir les autres ordres de cette décision. A la noblesse, elle déclara « que les 2 premiers ordres étant appelés en nombre indéfmi, puisque tous les membres sont en droit d'opiner individuellement, il en résulte en leur faveur une pluralité décidée sur Tordre du tiers état, qui n'est appelé que par procureurs, et représenté par un nombre déterminé * ». La noblesse fut d^autant plus vexée de ce langage, qu'elle avait moins sujet de s y attendre, et que la raison alléguée était matériellement inexacte. Elle vota donc la réponse suivante : (« Messieurs du tiers état étant venus par députation nous annoncer que leur opinion est d'opiner par ordres séparés, tandis que nous délibérions si Ton devait réunir les ordres, nous ne pouvons nous dispenser d'adliérerau vœu déterminé qu'ils nous ont fait connaître, et nous avons cessé une délibération qui n'a été interrompue que par leur fait'. »
Devant Tirritation, que trahit ce texte, le tiers se décida à consentir quelques concessions ; il proposa que les cahiers fussent rédigés en commun, et que la question fut résolue par l'assemblée générale. Le clergé entendit donc une communication toute nouvelle. Il fut informé que la nécessité de procéder aux opérations électorales sans retard ne permettait pas de discuter, avec l'ampleur nécessaire, les points en litige. Mais on le consultait sur la question suivante : les ordres rédigeraient-ils conjointement ou séparément leurs doléances ? Le clergé, « par condescendance », se prononça pour la première alternative, pourvu que la noblesse y consentit '. L'assentiment de celle-ci ne faisait pas de doute, et il semblait certain que l'Assemblée générale du même jour allait, par un vote formel, presque unanime, consacrer cet accord et réaliser, sous une forme détournée, la réunion de tous les électeurs. Contre toute attente et pour des motifs que nous ignorons, l'Assemblée adopta une solution bâtarde et vaine : elle arrêta que les cahiers seraient d'abord établis séparément, puis fondus en un seul * ; elle ne vit pas que ce travail de revision et de synthèse, à supposer qu'il fût possible, exigerait plus de temps qu'elle