‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 113 sur 520 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

n'en avait à sa disposition ; la suite des événements le lui démontra.

Rentrée dans la salle de ses délibérations, la noblesse élut 6 commissaires-rédacteurs : Savary, Condorcet, Hérault de Sérielles, de Murinais, Lévrier et de Coubron^ Ces délégués étaient en majorité démocrates : ils choisirent Condorcet pour leur porteparoles. Condorcet, les manuscrits conservés à Tlnstitut le prouvent ^, conçut la mission dont on Tinvestissait d'une façon assez particulière. 11 n'avait pas abandonné son rêve d'obtenir, au moins pour un moment, la suppression des Chambres, et de donner à l'Assemblée de Mantes, aux vœux et aux griefs qu'elle allait émettre, un caractère vraiment national. Il se proposa donc de rédiger non pas le cahier de la noblesse, mais cejui des trois ordres. Non seulement les mots « nos députés » reviennent con-' stamment sous sa plume, mais encore il insiste visiblement sur les plaintes communes à toutes les classes, négligeant tout à fait, ou sacrifiant les revendications particulières de ses commettants. Les commissaires firent subir au projet du rapporteur des modifications assez profondes de plan et de forme, mais en approuvèrent rinspiration générale et les grandes lignes; ils se préoccupèrent plus de l'état de la France que de celui du bailliage, et l'œuvre qu'ils ratifièrent ressemblait plutôt à un programme de réformes qu'à un registre de doléances.

Malheureusement ils ne purent atteindre leur but. La première réunion des commissaires de tous les ordres avait été fixée au 47 mars. La noblesse, prête dès le 16, avait chargé 4 de ses membres : De Murinais, Gaillon, Condorcet et Hérault, de participer au travail de fusion et de revision des cahiers ^.

Le 17, les commissaires du clergé déclarèrent à leurs collègues qu'ils n'avaient pas encore terminé l'exposé de leurs doléances, et ne pourraient leur en délivrer copie avant le lendemain; désireux d'aplanir quelques difficultés, ils demandaient aux députés de la noblesse de se joindre à eux pour s'entendre sur les intérêts communs de leurs ordres*. Au fond les gens d'Ëglise

1. Arch. nat.y B"' 80, 159. P. 34i, figure aussi le nom de Gaillon. •>. Institut, Mss. N. S. 20, dossier A, n" IV. 3. Arrh. nnt., B"' 80,360.

\. Ibifl., 163-164; 301-362.

LA QUESTION DES CAHIERS iil

se sentaient menacés ; ils cherchaient à s'allier à la noblesse pour empêcher celle-ci de faire cause commune avec le tiers état. l-,a conférence qu'ils demandaient était plutôt un essai d'obstruction qu'une marque de bonne volonté, et la lecture de leur cahier, qui eut lieu à cinq heures et demie du soir, le même jour, n'était pas propre à leur concilier Condorcet et ses collègues. Au lieu de maintenir leurs réclamations sur le terrain du droit naturel violé, et de l'intérêt public méconnu, d'écarter les griefs qui pouvaient provoquer des querelles entre les diverses classes du peuple, le clergé affirmait très nettement, dans son mémoire, en dépit de protestations généreuses, sa \olonté de ne pas renoncer à la plupart de ses immunités. Aussi la noblesse n'accueillit-elle pas les avances des ecclésiastiques, ses commissaires déclarèrent assez sèchement qu'il était impossible, en cinq ou six jours, de refondre tous les cahiers en un seul ; et, d'un commun accord, il fut décidé que chaque ordre arrêterait séparément le texte de ses vœux et de ses revendications *. Ainsi par la faute d'abord du tiers, puis du clergé, le grand projet de Condorcet et de ses amis avait échoué : la distinction des Chambres était définitivement consacrée.

II. — La noblesse consacra ses dernières séances à la rédaction du texte de ses doléances, et à l'élection de son représentant. Elle accepta, dans l'ensemble, le projet que lui soumettaient ses commissaires, elle se contenta d'y introduire quelques changements de forme, et quelques additions malencontreuses. Le cahier qu'elle adopta fut ainsi, pour la plus grande partie, l'œuvre originale et Vexposé des idées personnelles de Condorcet '.

11 s'ouvre par quelques lignes d'instructions générales.

Vu les nécessités poHtiques, l'ordre autorise ses élus à agir < comme les légitimes représentants de la nation française ^ » 11 limite la durée des pouvoirs qu'il délègue à son mandataire à une année, se réservant de procéder à une nouvelle élection si ce laps de temps est dépassé. Il leur prescrit « de ne consentir à aucune

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