‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 129 sur 520 · I. Réflexions, p · texte numérisé non relu

I. Réflexions, p

LES RÉFLEXIONS d'uNE SOCIÉTÉ DE CITOYENS 131

ligne de conduite détestable: son véritable intérêt était de se fondre dans la masse des citoyens; et, de plus, elle devait sentir « qu'elle ne pouvait opposer de résistance à 23 millions de citoyens éclairés sur leurs droits, avertis de leur force, irrités d'un long mépris..., sans s'unir avec les ennemis de la liberté et des droits de la nation, sans risquer de tout perdre dans une querelle peutêtre sanglante* ». La situation qui résulte de ces erreurs respectives peut s'éterniser : « La plupart des cahiers de la noblesse renferment un vœu absolu pour la délibération par ordre, et ses députés ne peuvent, sans manquer à leur serment, à leur honneur, ne pas exprimer ce vœu ^ .» Si la division des ordres subsiste, le tiers est lésé, car il ne pourra plus supprimer les privilèges. Dira-t-on que « par des refus obstinés sur d'autres objets, il peut forcer les autres ordres à céder ce qu'ils auraient envie de refuser? Mais cette méthode d'amener le bien par le mal, d'obtenir une condescendance raisonnable par des refus contraires à la raison est indigne de la majesté d'un grand peuple ^ ». D'autre part, le tiers ne peut prétendre à décider seul et à se passer de l'assentiment des nobles ; dans plusieurs bailliages, c'est lui qui a voulu et obtenu la séparation des ordres ; parfois, il a refusé d'admettre dans ses assemblées électorales des gentilshommes élus légalement par certaines communautés ; enfin, il a déclaré, notamment à Paris, tous les nobles inéligibles. 11 s'en suit que, par le fait de leurs commettants, les députés du tiers ont subi une sorte de diminutio capilis ; ils ne sont pas les représentants du peuple tout entier, mais seulement ceux de la classe la plus nombreuse. Pour guérir le mal dont souffre la nation, Condorcet préconise deux systèmes. Le premier est radical : c'est la convocation d'une autre Assemblée nationale, unique et investie de pleins pouvoirs. Les députés du peuple devraient revenir aux vrais principes* et déclarer que, tout d'abord, la distinction des ordres ne peut être valable si elle n'est prononcée par « une Assemblée nationale convoquée sans distinction d'ordres » ; que, de plus, la distinction des ordres, ayant prévalu en France en un temps où

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