‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 134 sur 520 · LES MANDATS IMPÉRATIFS · texte numérisé non relu

LES MANDATS IMPÉRATIFS

fin des vérifications ; et, le 7 juillet, malgré un éloquent discours de Talleyrand, qui réclamait l'annulation des mandats impératifs, elle refuse encore d'inscrire le débat à son ordre du jour. En fait, si plusieurs députés démissionnèrent, la grande majorité des protestataires continua de siéger, et Tun des dangers que les amis du peuple redoutaient pour la liberté publique se trouva ainsi écarté.

IV. — 11 en restait de beaucoup plus sérieux. Excité par la cour, Louis XVI veut au début de juillet supprimer, au besoin par la force, TAssemblée dont l'audace et l'activité l'inquiètent : le renvoi de Necker devait être promptement suivi d'une dissolution des Etats. L'insurrection du 14 juillet ruina ces beaux projets, en frappant la royauté d'impuissance ; elle abolit du même coup les abus de l'ancien régime et l'omnipotence monarchique ; elle donna aux représentants du peuple triomphant un surcroît d'autorité morale, l'indépendance et la sécurité. Condorcet ne participa, semble-t-il, à aucun degré aux événements de cette grande journée, et nous n'avons aucun document contemporain qui nous renseigne sur son attitude ou sur ses sentiments à cet instant précis. Toutefois les documents postérieurs ne permettent aucune hésitation ni aucun doute. Le 14 juillet produisit dans son esprit une véritable révolution morale : il ne l'accueillit point seulement avec enthousiasme, parce que le succès populaire assurait la victoire de la nation, l'avènement d'un régime plus satisfaisant et plus conforme aux prescriptions du droit naturel, parce qu'il révélait la faiblesse réelle, encore ignorée, de la royauté. 11 vit dans la journée libératrice comme la réhabilitation d'un innocent qu'ilavaitmal jugé,le peuple des villes..Iusque-là il avait éprouvé pour lui à la fois une répulsion sentimentale et un dédain réfléchi. Imbu des souvenirs classiques, il voyait en lui le soutien héréditaire des coups d'État ; il ne l'admettait qu'avec répugnance, et en formulant beaucoup de réserves, au droit de concourir à la formation de la loi. A partir du 14 juillet, ses idées se modifient brusquement. Le peuple de Paris a deviné le péril que courait l'Assemblée ; de lui-même, il s'est levé, organisé. Contre toute attente, il est mûr pour la liberté; on peut lui remettre sans crainte la conduite de ses destinées : il a forcé la confiance de la nation. 11 n'y a plus de raison pour ne pas appliquer intégra-

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lement en France le principe du suffrage universel, pour ne pas donner à la constitution française un caractère radicalement démocratique, en attendant Tavènement — qui semble encore bien lointain — de la République.

DANS i/aSSEMBLÉE GÉNIÉRALE DE LA COMMUNE

I. — Cette attitude, vite connue, Fardeur avec laquelle il s'enrôla dans la garde nationale, et s'occupa de son organisation*, Tamitié étroite qui, au su de tous, l'unissait au héros du jour, Lafayette, tout cela devait désigner Condorcet à l'attention et aux suffrages de ses concitoyens. Il fut en effet un des représentants que le quartier de Tabbaye Saint-Germain envoya, le 18 septembre 1789, siéger à l'Hôtel de Ville de Paris ^ Son élection fut âprement contestée : ses ennemis prétendirent qu'elle était « l'ouvrage d'une cabale dirigée par un des membres du district préposé à la distribution des cartes paraphées employées au scrutin •' » ; mais ils ne purent prouver leurs allégations, et Condorcet fut admis.

Parmi ses nouveaux collègues, il retrouvait un certain nombre de ses confrères ; car jamais Assemblée ne compta proportionnellement plus d'académiciens. Le quartier Saint-Xicolas-du- Chardonnet avait élu de Jussieu ; les Blancs-Manteaux,. Broussonnet; le Val-de-(iràce, Cassini ; Popincourt, de Vandermonde ; Saint-Louis-la-Culture, Lavoisier ; les Jacobins-Saint-Honoré, Suard. Toutefois il ne semble pas que Condorcet se soit vraiment lié avec aucun de ces personnages, si Ton en excepte Suard, depuis longtemps son ami et son commensal à la Monnaie. Il éprouva même plutôt de la méiiance et de la froideur que de la sympathie à l'égard de Lavoisier (qui pourtant s'occupait, comme lui, d'économie politique et de recherches financières, et pro-

1. Il est fait aUusion à cet empressement dans le Rôdeur^ n« 2, p. 27 et '28.

2. Lacroix, Actes de la Commune, II, 679; Patriote français^ 9 sept. 1789; Ilnbiquct, Personnel municipal de Paris, 21."».

3. Pntnote franrai<f^ ilud.; Journal de la Ville, 7 sept., p. 305.

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fessait, sur la plupart des questions politiques, des idées fort voisines des siennes). Le fermier général Fempôchait de rendre justice au grand savant et au grand démocrate ' .

A côté de ces illustres personnages, siégeaient des reprcsentants plus obscurs, mais plus ardents, plus actifs, dont beaucoup étaient appelés à jouer un rôle mémorable dans la Révolution : Lakanal, Fauchct, Mulot, Cahier de Gerville, (iarran de Coulon, Manuel, Bonneville, Brissot^, pour ne citer que ceux-là. Beaucoup d'entre eux sans doute n'avaient point encore eu Toccasion d'approcher Condorcet, mais tous le connaissaient de réputation, savaient qu'il était un intime du commandant général ; la plupart d'entre, eux avaient lu tout ou partie de ses ouvrages. Aussi Condorcet occupa- t-il, pendant les derniers mois de Tannée 1789, comme une place d'honneur dans le sein de l'Assemblée; il fut l'un des hommes de confiance, l'un des chefs de la majorité. L'estime dont il est l'objet se trahit par le nombre et la gravité des missions dont on le charge et l'éclat des honneurs dont on l'investit. Dès le 23, il est élu commissaire avec Dusaulx, Lourdet et Moreau de Saint-Méry, pour examiner s'il était exact, comme le bruit en avait couru, que d'importants corps de troupes fussent arrivés à Paris, ou dirigés sur la capitale ^. Le 30 septembre, il va, avec 7 de ses collègues, à Versailles, pour conférer avec l'Assemblée nationale au sujet des mesures qu'appellent la situation politique générale, et le cas spécial du baron de Bezenval *. Viennent les journées d'octobre. La translation du roi et de IWssemblée rend nécessaires certaines dispositions légales ; Paris a été troublé, il faut lui donner le repos et l'abondance. La Commune décide de s'entendre avec le roi sur les moyens les plus efficaces pour assurer le repos de la capitale'' ; et c'est encore Condorcet qu'elle choisit pour un de ses délégués. L'Assemblée, du 9 au 14 octobre, décide de publier trois adresses, l'une à l'Assemblée nationale, l'autre à toutes les provinces, la troisième au peuple de Paris. C'est Condorcet qui propose la première **,

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