‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 139 sur 520 · Jàid · texte numérisé non relu

Jàid

144 DANS l'assemblée de la commune

« Elles seront libres, n'en doutez pas, Messieurs; croyez-en les précautions dont la Commune de Paris s'empressera de vous environner ; croyez-en nos efforts, notre intérêt pour écarter de vous les dangers... Eh! toutes ces précautions ne deviennentelles pas inutiles quand on contemple Topinion publique qui vous environne, et qui vous défend mieux que toutes les armes, quand on considère le caractère de ce peuple, qui, jouissant de tout ce qu'il a demandé, n'aura que des bénédictions à vous donner. 11 n'est pas, ce peuple, tel qu'on le peint, toujours prêt à déchirer même ses bienfaiteurs. Ce peuple est bon et juste, mais il a souffert ; mais il n'est pas instruit, mais il est égaré... Quels puissants motifs pour vous engager, Messieurs, à promptement honorer la capitale de votre présence !... * »

Il faut, enfin, se préoccuper, des électeurs provinciaux. Ce qu'on appelle le fédéralisme a des origines beaucoup plus profondes et lointaines qu'on ne le croit communément ; et c'est risquer de ne pas le bien comprendre que de l'étudier seulement pendant la crise de 1792-1793. Dès avant 1789, nous l'avons vu, Condorcet signale l'esprit particulariste qui anime nombre de provinces; il craint que la Révolution, si elle ne se condamne pas aux tempéraments nécessaires, n'amène des troubles violents, et même des mouvements séparatistes. Pour lui (et il est loin d'être le seul à professer cette opinion), la France se méfîe de Paris, comme le paysan du bourgeois : c'est une idée communément reçue à la fin du xvni® siècle, qu'il existe entre la capitale et le reste du royaume une véritable contrariété d'intérêts*. A l'heure où les souvenirs de l'antiquité peuplent tous les esprits, celui de Rome victorieuse et despote s'évoque avec une intensité singulière ; les provinces craignent que la liberté naissante ne devienne vite une servitude implacable pour elles.

L'enthousiasme pour la Révolution a brisé les anciennes barrières et rapproché les cœurs ; les journées d'octobre ne romprontelles pas ce lien si frêle de fraternité? Les électeurs ne croirontils pas que Paris veut avoir l'Assemblée dans ses murs afin de la faire servir à ses desseins, de lui dicter une loi qu'elle répétera,

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