LES ADRESSES
contrainte, à tous les Français ? Ne se sentiront-ils pas humiliés et blessés de la violence que le roi a subie ? Condorcet se pose toutes ces questions avec inquiétude. Il désire qu'on ne laisse point s nnplanter les préventions et les malveillances, qu'on explique sans retard à la nation les événements accomplis, afin que les fauteurs de troubles ne puissent pas leur prêter un sens inexact et fâcheux. Il a recommandé le calme aux Parisiens, il demande maintenant aux Français la confiance. Il agit (et le fait n'a pas été assez remarqué) comme il agira aux heures, plus critiques encore, de la Convention : c'est une politique d'union et de concorde, de concessions réciproques et d'harmonie, dont il se fait alors et restera toujours le défenseur. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire V Adresse aux provinces, dont il fut, semble-t-il, le rédacteur principal.
« L'Assemblée générale des représentants de la commune de Paris saisit avec empressement, déclare-t-elle, les premiers moments du calme qui renaît dans l'enceinte de cette capitale pour rassurer toutes les municipalités du royaume sur les événements inattendus qui ont paru menacer la tranquillité universelle. Exagérés par la calomnie ou défigurés par l'ignorance, ils ont pu porter l'alarme dans la France entière. Cette alarme pourrait entraîner les conséquences les plus funestes, si l'Assemblée des représentants ne se hâtait de la dissiper et de prévenir les insinuations perfides qui tendraient à rendre suspectes les intentions toujours pures des citoyens de Paris. » Le roi « a dit que c'était avec phisir, avec confiance^ qu'il s'établissait dans cette capitale... Cette confiance ne doit-elle pas bannir toute inquiétude ? Cette réunion ne doit-elle pas ôter aux ennemis de la paix et de la liberté leurs dernières espérances?
« Nous osons le dire, cette réunion doit être même regardée comme un bonheur pour la nation entière, puisque son chef va désormais habiter au milieu d'un peuple ami de la liberté, au milieu de ces mêmes hommes, qui, ayant osé dire la vérité dans les fers du despotisme ministériel, ne la tairont pas sans doute à un prince qui la demande et qui ne veut écouter qu'elle... L'Assemblée nationale qui s'est déclarée, pendant cette session, inséparable de la personne du roi, trouvera dans les habitants de Puis qui exercent les droits des hommes libres, et qui en con-
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naissent tous les devoirs, autant de citoyens respectueux et fidèles, prêts à répandre leur sang, et pour l'indépendance de ses délibérations, et pour la sûreté personnelle de ses membres, si les ennemis de la liberté osaient même, en profanant son nom sacré, l'attaquer dans son sanctuaire le plus respectable. »
Et l'Adresse se termine par ces lignes tout à fait significatives. « La Commune de Paris, pénétrée des sentiments de la fraternité la plus intime pour toutes les communes du royaume, voit avec plaisir qu'elles doivent être liées à jamais par un intérêt commun. Elle avait hâté par ses vœux, elle a vu arriver avec transport ce grand jour de l'égalité, où ses antiques privilèges, dont elle a pu autrefois être jalouse, sont devenus le droit commun de tous les Français. Jamais la ville de Paris ne regardera l'honneur d'être la capitale de l'État et le séjour du roi, que comme un moyen et un motif de contribuer avec plus de zèle, de dévouement et de force au bien public, au maintien de la paix et à la défense de la liberté. Elle mettra toujours sa gloire la plus chère à devenir le lien et le centre de l'union qui doit régner entre les citoyens libres et égaux d'un même Empire et qui seule peut assurer sa puissance et sa prospérité. C'est pour consolider à jamais cette union (|ue les représentants de la Commune de Paris s'engagent, à la lace de la France entière, par un serment inviolable à un respect profond pour l'Assemblée nationale, à une fidélité inaltérable pour la personne du roi, et à une fraternité constante et sincère envers toutes les communes du royaume ' . »
Al' COMITÉ DES VINGT-QUATRE
I. — Telle fut la politique dont Condorcet se constitua le défenseur et fut Tun des représentants les plus autorisés dans l'Assemblée générale. Mais celle-ci n'était pas le Conseil de ville. Si elle avait le droit de parler, d'ordonner au nom du peuple de Paris, dans les circonstances critiques, elle n'avait i)as à s'immiscer dans le
1. Lacroix, op. ci7., Il,245-2i7; Patriote français, n* 68, liu 13 oct. 1789.
détail des mesures d'exécution. Même ce n'est point la surveillance des administrateurs provisoires qui constitue, aux yeux de Gondorcet, la partie essentielle de sa tâche. Elle a été nommée principalement pour faire les « règlements généraux relatifs à Tordre public' »; et, parmi ces règlements, celui dont lachèvement est le plus urgent est le plan de municipalité. Dès le 10 novembre. Condorcet avait, en qualité de président, rappelé ses collègues à leur devoir, et demandé la nomination de « 4 commist»aires chargés de lui présenter (à l'Assemblée) une suite de questions dont la décision formerait les bases et les principes d'après lesquels on procéderait ensuite à la confection du plan de municipalité : Ces questions seraient examinées dans les bureaux et décidées dans l'Assemblée suivant leur ordre... Lorsqu'on aura ainsi posé les principes d'après lesquels le plan de municipalité devra être rédigé, on chargera d'autres commissaires de cette rédaction, dont tous les articles seront alors examinés dans les bureaux et discutés dans l'Assemblée ^ ...» Les Représentants de la Commune ajournèrent la motion de leur président au surlendemain et la renvoyèrent aux bureaux \ Mais ils apprirent bientôt que TAssemblée nationale allait mettre à l'étude le régime particulier qu'il convenait d'instituer pour Paris; et, le 2 décembre, ils se rendirent au vœu de Condorcet. L'arrêté qu'ils adoptèrent avouait qu'ils avaient été chargés « par les 60 districts de travailler à un plan de Municipalité», et que leur Assemblée ne pouvait « négliger ce travail sans manquera sa principale obligation*».
En élisant Condorcet membre, puis président du comité des 24 ', ses collègues donnèrent satisfaction à ses secrets désirs ; ils rélevèrent à la place que, justement, il ambitionnait plus qu'aucune autre, la considérant à la fois comme la plus importante et la mieux appropriée à ses capacités. Aussi se dévoua-t-il ardemment à sa tâche nouvelle. Pour s'y consacrer tout entier,
1. Règlement intérieur, ch. iv, Ordre de l'Assemblée. Siirles trois séances hebdomadaires, le rédacteur propose d'en consacrer deux au travail du plan municipal.