‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 156 sur 520 · Ihid · texte numérisé non relu

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ADRESSE SlîR LE MARC d\\RGENT 165

de prêter à ceux qu'ils ont gagnés une propriété et des ressources fictives 1 la loi serait éludée par ceux-là mêmes qu'elle visait.

En adoptant le décret du marc d'argent, la Constituante a certainement cédé à la « crainte de voir des places importantes confiées à des hommes que le défaut absolu d'éducation rendrait incapable de les remplir' », mais cette crainte est illusoire. La liberté des choix ne nuirait pas à leur sagesse. L'Assemblée a « établi... que les élections ne seraient pas immédiates et que les assemblées d'électeurs ne s'occuperaient que d'élire, et ces sages décrets ont rendu inutile la précaution que la crainte des choix faits en tumulte... avait sans doute inspirée*». Des lors pourquoi maintenir le décret du marc d'argent? Bien plus, les élections auraient été immédiates, que la sécurité publique n'en aurait pas souffert. « Toutes les fois que le peuple sera libre dans son choix, toutes les fois qu'il ne sera pas blessé par des distinctions humiliantes, il saura rendre justice aux lumières, et aux talents'. » Les membres des États Généraux, ceux des Assemblées municipales qui, depuis le 14 juillet, ont successivement administré Paris, ont été élus directement, sans condition de cens, en pleine crise, par tous les citoyens. Un collège de riches eiU-il mieux choisi? L'on doit donc rendre enfin justice au peuple, et cesser de le traiter en suspect, de prendre à son égard des mesures irritantes et inutiles.

Si l'Assemblée examine sérieusement toutes ces critiques, elle comprendra que son décret est mauvais, et doit être révoqué. L'on objecterait à tort qu'un décret, et surtout un décret d'ordre constitutionnel, est irrévocable. Le vote d'une loi isolée est acquis sans doute; mais l'adoption d'une mesure qui fait partie d'un vaste ensemble, encore inachevé, ne saurait avoir une valeur souveraine et définitive. Prétendre que tous les décrets sont irrévocables, c'est condamner la constitution à être un chaos de contradictions, un système d'erreurs et d'injustices. Aussi les auteurs de l'adresse espèrent-ils que l'Assemblée, éclairée et sage, n'hésitera pas à abolir une loi qui opprimerait si durement la démocratie française.

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