‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 186 sur 520 · Réflexions sur ce qui a été fait. Œuvres, iX · texte numérisé non relu

Réflexions sur ce qui a été fait. Œuvres, iX

CIIOTX DES MINISTRES 197

cutif, parce qu'elles impliquent une contradiction fondamentale, un roi qui est censé agir, et qui n'est pas responsable de ses actes. Cependant, si Tœuvre est délicate, elle est possible, et Condorcet Ta montré. Le gouvernement d'un État libre suppose la responsabilité de celui qui gouverne. Le roi étant inviolable, il a fallu placer à côté de lui des lieutenants, à la fois instruments de sa volonté, et victimes expiatoires de ses décisions: les ministres*. Tout acte exécutif est le produit d'un accord entre deux personnes : le monarque ne peut rien, si le ministre n'endosse la responsabilité de sa résolution, et le ministre, bien que responsable, ne peut rien non plus, si son chef refuse de sanctionner ses propositions. 11 suit de là un double droit : pour le monarque, celui de congédier qui lui déplaît, et, pour le cabinet, celui de se retirer, pour ne pas s'associer à une mesure qu'il désapprouve ; mais ni la logique, ni la justice n'exigent à aucun degré que le roi, seul, puisse renvoyer les ministres. De même c'est le roi qui confère à ses représentants le pouvoir exécutif; mais il n'y a aucune raison, pour qii'il choisisse souverainement, despotiquement, les dépositaires de son autorité. Dès lors pourquoi n'attribuerait-on pas à la nation la faculté de participer à la nomination et au renvoi des ministres ^ ?

Condorcet estime que l'Assemblée non seulement peut, mais doit accorder cette prérogative aux législatures. Les disciples de Montesquieu protesteront au nom de la théorie de la séparation des pouvoirs: celle-ci n'a ni la valeur objective, ni la portée pratique qu'on lui prête ordinairement. Elle est surtout d'ordre métaphysique ; c'est une distinction abstraite, dont l'économiste se sert pour éclairer ses recherches, mais qui s'accorde mal avec la réalité des phénomènes. Ce serait une absurdité de soutenir que les divers pouvoirs politiques ont une origine différente, et sont essentiellement indépendants et hétérogènes : la société humaine, en son intégralité, est le produit de l'évolution humaine, et la seule autorité fondamentale que le philosophe reconnaisse est celle de la souveraineté nationale. Dès lors le système de Montesquieu doit s'interpréter de la façon suivante : Les diverses

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