Ibid., ibid
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délégations de la souveraineté nationale doivent être, autant que possible, confiées à des agents distincts; nul ne peut, du moment qu'il exerce une certaine fonction; en exercer une autre d'un ordre difï'érent. Tenons cette maxime pour vraie, encore qu'elle prête aux plus graves objections; il en résultera qu'un député ne pourra cumuler les fonctions de législateur avec celles de ministre. Mais choisir les ministres n'est pas plus un acte exécutif, qu'élire les députés n'est un acte législatif: c'est uniquement une délégation, un acte de souveraineté; et, par suite, s'il est indifférent, s'il est même expédient parfois de laisser au gouvernement, sous certaines conditions, la liberté de pourvoir aux places inférieures, il n'en reste pas moins vrai que la faculté de nommer les représentants de la force publique appartient essentiellement ou au peuple même, ou bien au corps qui exprime et incarne la souveraineté nationale, aux législatures.
Nous nous trouvons donc en présence de deux droits d'inégale valeur, mais dont il faut tenir compte également : l'un, qui est fondamental, éternel, que la constitution n*a pas besoin d'exprimer, mais qu'elle ne peut abolir, celui de la nation ; l'autre qui est précaire, peu solide, mais que l'Assemblée nationale a provisoirement reconnu et garanti, celui du roi. Ces deux droits ne sont pas contradictoires '. Voici le compromis que recommande Condorcet : l'Assemblée présentera, le roi choisira ; tous deux renverront. Si la liste que la législature soumet au monarque est suffisamment longue, le roi ne saurait prétendre qu'on veuille lui forcer la main, attentera sa liberté; s'il protestait, ses plaintes prouveraient seulement qu'il nourrit des intentions dangereuses, (|ue tout candidat désigné par les élus populaires lui est par cela même suspect, et qu'il ne s'estime pas libre, s'il ne peut appeler à ses c(»nseils les seuls ennemis de la liberté. II serait assuré de rencontrer, chez les membres de son cabinet, le respect et l'obéissance qui lui sont dues, puisqu'il pourrait congédier sans délai tout ministre qui l'aurait offensé '^. Le droit de la nation, comme celui du roi, serait sauf. Les législatures choisiraient les citoyens les plus connus pour leur patriotisme et leurs lumières, et, s'ils