Lettre à Montmorenry, Œuvres, IX
diquement, ou que le peuple ait, par lui-môme ou par ses représentants, la faculté de les appeler à l'existence ^ Ces deux solutions, si l'on y réfléchit, loin d'être contradictoires, se complètent, et la paix publique serait en péril si l'on se bornait à choisir Tune ou l'autre.
xNuIle génération n'a le droit d'engager les générations à venir. L'expérience enseigne qu'au bout de 20 ans un peuple est plus qu'à moitié renouvelé : la loi se survit des lors à elle-même ; il faut, pour lui restituer sa valeur, la soumettre à une nouvelle sanction, ce qui suppose un nouvel examen^. Mais ce terme de 20 ans est infiniment trop lointain. L'opinion publique est sujette à des fluctuations ; bien avant qu^ le quart de siècle soit révolu, la pluralité peut s'être déplacée, et les mesures précédemment votées avoir cessé de plaire à la nation^. II convient même de île point attendre, pour réunir une Convention, que le revirement soit complet. Si la majorité fait la loi, c'est qu'elle a de son côté, selon toutes les probabilités, non pas la force, mais la raison*: que ces probabilités de vérité qui militent pour elle se trouvent entamées par le temps, que la* justesse du vœu national puisse être révoquée en doute, l'obéissance des citoyens s'en trouvera ébranlée : il faut donc que les Assemblées périodiques de revision soient assez fréquentes, assez rapprochées l'une de l'autre, pour empêcher les mouvements d'opposition de prendre une ampleur réelle, pour rétablir de suite le calme dans les esprits, et l'autorité dans la loi.
Il importe toutefois de ne pas pousser les choses à l'extrême : la prospérité publique s'accommoderait aussi mal de Conventions trop répétées, que de Conventions trop distantes. Une nation a besoin de calme et de stabilité : un peuple qui réformerait incessamment son organisation politique serait voué à la décadence et au despotisme. D'autre part, les lois fondamentales des États n'influent qu'indirectement sur la vie des citoyens ; pour les juger exactement, il faut une épreuve de plusieurs années. Condorcet propose donc d'adopter un moyen terme entre les deux partis
i. Lettre à Montmorency^ Œuvres, IX, 371. Réponse à Vadresse aux pro* vinces, (Euvres, IX, 528.