‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 213 sur 520 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L ANAKCHIE

I. — La destruction de rancien régime, Tavènementd'un nouvel état de choses devaient fatalement troubler le pays. L'abolition des privilèges ne pouvait laisser indifférents les privilégiés ; il était à craindre que le peuple, exalté par la Révolution, ne voulut exagérer sa victoire, et se venger des souffrances séculaires sur ses anciens maîtres. L'événement a confirmé les appréhensions que les hommes éclairés avaient conçues dès le principe. Tandis que les princes les plus illustres, les courtisans les mieux rentes quittaient un pays qui se déshonorait en supprimant les abus et en réduisant les pensions, le peuple se soulevait par toute rétendue du royaume ; mal instruit de ses droits, il imaginait « que la volonté tumultueuse des habitants d'une ville, d'un bourg, d'un village, et momc d'un quartier, est une espèce de loi, et que la volonté d'im peuple, de quelque manière qu'elle se manifeste, a la même autorité qu'une volonté prescrite par une loi reconnue ' ». Les anciens pouvoirs sont devenus pour lui un objet de haine et de mépris ; il s'est refusé à leur obéir ^, et la licence qu'il s'est arrogée a été d'autant plus grave, qu'il éprouvait pour les « classes supérieures^ » plus de jalousie et d'inimiti*^. La suppression du droit exclusif de la chasse a été suivie d'une prise d'armes générale; les paysans voudraient user de ces armes pour assouvir leurs

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