RUINE DE LA SOCIÉTÉ
qui n avaient rien de commun entre eux, sauf certaines amitiés. Une société dont faisaient partie des membres aussi divers que Brissot et Ramond, qu'Amelot et Roederer, que Baert et Kersaint, que Narbonne et Chabot, ne pouvait prétendre à une longue existence. Elle était née du rapprochement de Mirabeau et de Lafayette ; elle fut condamnée le jour où les deux hommes en vinrent aux prises *. 11 n'entre point dans le cadre de cette étude d'expliquer les causes et de retracer Thistoire de cette rivalité, sur laquelle la correspondance de La Marck fournit d'intéressants renseignements. 11 nous suffira de constater que, d'après les contemporains, la rupture est un fait accompli au mois d'octobre 1790. C'est le moment où Mirabeau cherche à écarter du ministère les amis de Lafayette *; Gorsas ' et Halem ^ constatent tous deux que le club de 1789 perd beaucoup, que plusieurs de ses membres passent aux Jacobins ; en novembre, M™* Roland s'applaudit d'apprendre, par les lettres de Bancal, « rétat de splendeur des Jacobins, et la désertion du club de 1789*». C'est en vain que le directoire de la société tâche de lutter contre le mouvement de désagrégation qui la ruine, qu'il crée, à côté des membres titulaires, des auditeurs libres admis à participer aux discussions, qu'il offre d'admettre dans cette catégorie, à litre gracieux, tous les élus du peuple, qu'il multiplie ses séances *. 11 est trop tard ; sa propagande échoue ; son activité demeure stérile. Les représentants des idées avancées quittent de plus en plus 1789 pour se rendre aux Jacobins. Dès le début de 1791, le club n'est plus guère un foyer d'idées démocratique: s'il continue de recevoir un petit groupe de patriotes, les amis de Lafayette, de La Rochefoucauld, de Condorcet, il abrite surtout des éléments modérés, dont certains inclinent à la réaction. La création des « Amis de la Constilulion monarchique » lui porta le coup fatal. Plusieurs de ses membres adhérèrent au nouveau
1. Le rapprochement n'avait jamais abouti à une véritable amitié. Mira- . beau se moque souvent des projets de Lafayette. Cf. Fiacourt, Correspondance, II, 88 et 166. O'est surtout à partir du mois de septembre que Lafayette se pose en directeur du, club. Cf. Fersen, I, 80.