‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 229 sur 520 · LA SOCIÉTÉ DE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ DE

groupement. L'opinion publique est simpliste. Du moment que le club de 1789 ne comptait pas exclusivement des amis de la liberté, on crut aisément qu'il était uniquement formé de contrerévolutionnaires. En vain la société répudie-t-elle solennellement toute solidarité avec les « Impartiaux » de 1791 ; en vain décrètet-elle le 2 février 1790 sur la proposition de Condorcet: « 1° que ses membres renoncent à toute association dont les principes ne peuvent se concilier avec le but que la société s'est proposé; 2° que le club des Amis de la Constitution monarchique est une de ces associations, et qu'ainsi on ne peut être à la fois membre de ce club et de la société de 1789. » En vain inscrivit-elle en tête de ce décret une exposition de principes d'allure républicaine * : Le mal était sans remède. 1789 devint le synonyme d'Ami du Roi, d'aristocrate ; les derniers membres patriotes quittèrent un endroit où ils se compromettaient en pure perte. Condorcet luimême se fit inscrire aux Jacobins* : la société de 1789 avait vécu. III. — Ainsi le projet de Condorcet de constituer une grande union progressiste avait complètement échoué. Pourtant la néceS'site de former un solide groupement démocratique qui, fort de la confiance nationale, rétablît l'ordre et la paix, n'était jamais apparue plus impérieuse. Les émigrés, enhardis par la faiblesse de la Constituante, redoublaient d'activité ^ ; le clergé réfractaire excitait les fidèles contre les prêtres assermentés, contre l'Assemblée et la constitution future^. La disette des subsistances exaspérait le peuple, la stagnation des affaires les capitalistes. Tandis que la

1. « La Société de 1789, ayant pour objet de développer et de perfectionner les principes d'une Constitution libre et d'accélérer les progrès de Tart social, doit regarder comme absolument incompatible avec ses vues celles de toute association qui, méconnaissant les progrès possibles des lumières et de la perfectibilité humaine et sociale, et se vouant à repousser toute espèce d'opinion vraie ou fausse, qui ne serait pas exclusivement favorable à une forme particulière de constitution, annoncerait l'intention de protéger spécialement un des pouvoirs qui en font partie

Fondée sur l'amour de la vérité qui ne peut se séparer de celui de la liberté, elle doit soigneusement rejeter toute idée de dépendance ou d'attachement exclusifs soit à un individu , soit aux prérogatives de telle place en particulier. » Moniteur, VII, 306-307; Courrier de Gorsas^ 5 février 1791, XXI, p. 73 ; Gazette universelle. 4 février 1791 , 1, 138 ; Journal des clubs, 1791, I, 596-97, etc.

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