Bacourt, Correspondance, III
4. Le cercle Social avait été fondé le 12 ou le 13 octobre 1790 {Courrier de Gorsasy 14 octobre 1790, XVII, p. 193). 11 était installé dans le Cirque du Palais-Royal. Son titre officiel était Confédération ou Société des Amis de ta Vérité. Bonneville et Fauchet en furent les fondateurs, Siéyës y entra bientôt. Condorcet en devint « orateur » en décembre. Villettê et Clootz, après avoir adhéré, rompurent avec éclat avec la nouvelle société {Courrier de GorsaSf 28 octobre 1790, p. 420-426). Le Cercle Social avait un caractère maçonnique au dire de Halem. D'après celui-ci sur un des temples qui décoraient la salle étaient écrits les mots « Orient Universel des Francs. — Apportez y chacun un rayon de lumière. » (Halem, trad. Chuquct, 211- 214; 285-290). Cf. Révolutions de Paris, VI, 178.
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revision. Le bruit court (|ue le parti droit projette, à la faveur de cet examen nouveau, de supprimer ou de restreindre certaines libertés votées en première lecture, qu'il a su gagner à son projet des patriotes repentis, que la coalition noire veut renforcer le pouvoir du roi, aggraver les conditions censitaires, supprimer toute possibilité de re vision légale. Condorcet est atterré, les renseignements (lu'il recueille ne lui permettent pas de douter de la réalité du complot: comment le déjouer? Il se concerte avec Siéycs. Tous deux tombent d'accord qu'il faut grouper tous les amis de la liberté en un nouveau parti, rédiger un manifeste qui exposera nettement la situation politique, les conspirations qui s'ourdissent, le but qu'elles poursuivent, le devoir étroit des patriotes : tous deux rédigent ensemble l'adresse qu'ils veulent faire circuler. En voici le texte tel (|ue l'a conçu Condorcet :
« il se trame conti*e la liberté un ou peut-être même plusieurs complots, et ils sont d'autant plus à craindre qu'aucun signe ne distingue ceux qui veulent véritablement être libres, de ceux qui prétendent à être maîtres, ou se contenleraienl modestement d'en avoir un, à ([ui ils puissent espérer de se vendre.
Le serment civique ne peut rassurer; il a été prêté par des bommes connus pour être les ennemis de tout principe d'égalité, par des liommes qui déclament sans cesse et contre la Déclaration des droits et contre la politique fondée sur la pbilosopbie, se sont hautement déclarés les apôtres du plus pur (illisible). D'ailleurïï que renfermel-il.^ D'abord la pmmesse d'être fidèle à la nation, à la loi, au roi; mais le sujel assez stupidement esclave pour confondre la loi avec la volonté du prince, et im bomme avec la nation, pourrait encore prêter ce serment sans scrupule. On jure de maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi. Cette partie du serment est un peu plus précise, mais beaucoup peuvent dire qu'ils ont entendu la constitution telle qu'elle existait au mois de février 1790, el d'ailleui's, si les ennemis du peuple français réussissaient dans leurs projets, croit-on qu'ils n*au raient pas un fantôme d'Assemblée nationale qui consacrerait leur tyrannie, croit-on qu*une acceptation du roi surprise et forcée ne soit pas une de leurs espérances, croit on que la bordé de brigands qu'ils auraient à leurs gages ne s'appelleraient pas la Nation française dans tous leurs manifestes.
D'un autre côté, moitié mauvaise intention, moitié étourderie, on a rendu suspect un ^^rand nombre de citoyens, (|ui n'ont jamais nuTÎtéde l'être. On a traité des dilTérences d'opinion sur quelques (|uestions de droit public ou même d'administration connue des trahirons à la cause de la liberté. (iOndanuier des violences, siffler les
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exagérations des hypocrites ou des fous, c'était se déclarer l'ennemi de la constitution. Ni une longue réputation de patriotisme, ni des principes publics dont on ne pouvait s'écarter sans déshonneur, ne mettaient à Tabri de ces calomnies. Il est nécessaire cependant de connaître enfin ses amis et ses ennemis : c'est dans cette vue que l'on propose aux amis de la patrie la signature volontaire de la déclaration suivante.
La première partie a pour objet de reconnaître ceux qui ne sont pas entrés dans tous ces projets d'établir en France.une demi-liberté, en y faisant de la corruption le ressort secret d'une constitution compliquée et de rendre la confiance des citoyens à ceux qu'on a faussement accusés. La seconde servirait à distinguer ceux des anciens nobles qui veulent réellement l'égalité. La troisième séparerait les ecclésiastiques dont la raison est pure et qui tiennent à leurs préjugés par conscience, de ceux qui y tiennent par intérêt et dont le fanatisme a (mot illisible) la raison.
11 me parait que tout homme qui signera volontairement cette déclaration se séparera par cet acte seul de tout parti opposé à la liberté et ne pourrait plus s'y réunir sans se déshonorer dans ce parti même et c'est un avantage que les engagements libres ont sur les serments forcés.
Je déclare que je ne regarde comme légitimes et vraiment obligatoires, que les constitutions où les hommes naissent avec une entière égalité de leurs droits naturels, où, par une Déclaration solennelle des droits, les pouvoirs établis par la société et pour elle ont reconnu les limites de leur autorité comme celles de l'obéissance que les individus doivent à la volonté publique, où la constitution a été formée par des représentants du peuple élus par ses suffrages et chargés par lui de cette fonction, où un corps unique de représentants de la nation toujours subsistant, exerce avec indépendance de tout autre autorité le droit de faire des lois et d'établir les contributions nécessaires au maintien de la sûreté publique, sans qu'aucun autre pouvoir, sans qu'aucune forme de délibération puisse, au delà d'un temps déterminé, empêcher l'exercice d'aucun de ces droits. Et parmi les constitutions représentatives, je ne regarde comme obligatoires que celles où une assemblée unique de représentants a également, à un temps marqué, le droit de changer les formes de la constitution, sans que cette constitution puisse être regardée comme irrévocable, ni aucun pouvoir comme indépendant de la volonté du peuple exprimée par lui-même ou par ses représentants.
En conséquence, je me soumets librement à la constitution française, parce qu'elle réunit dans son ensemble les trois conditions nécessaires à une constitution léfjitime, et qu'elle a été faite par une assemblée que la nation n'a pu charger de rétablir et d'assurer sa liberté, sans lui conférer en même temps le pouvoir de former une constitution nouvelle.
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Reconnaissant que loule prérogative héréditaire^ toute distinction, même frivole, fondée sur la naissance, sont à la fois une atteinte directe au droit de Fégalité naturelle, et un outrage à la raison, non seulement j'adhère à la loi qui les a proscrites en France comme à im acte de justice et de sagesse, mais je déclare que je m'opposerai par lous les moyens légitimes au rétablissement de toutes distinctions ou prérogatives de ce genre, m'engageant également à n'en accepter aucune sous quelque prétexte et par quelque autorité qu'elle puisse être établie.
Convaincu que la conscience de l'homme doit être indépendante de toute autorité, ([ue toute action, qui ne nuit pas au droit d'autrui, ne peut être légitimement défendue par la loi, je déclare que je regarde la liberté absolue de tout culte religieux dont la pratique ne porte aucime atteinte à la liberté ou à la propriété, comme une condition nécessaire de toute constitution libre, m'engageant, quelle que soit ma croyance particulière et les pratiques religieuses prescrites par cette croyance, à ne jamais ni demander, ni même accepter pour elle aucun privilège contraire à la liberté absolue des autres croyances et des autres cultes *. »
La tentative de Siéyès et de Condorcet échoua. Six membres de l'Assemblée nationale avec lesquels Condorcet s'était presque toujours trouvé d'accord et dont il croyait l'adhésion certaine, Emmery, Latour-M au bourg, d'André, Destutt-Tracy, Lacoste, Lafayette déclarent, dès le 18 juin, « que, si le plus grand nombre, des patriotes de l'Assemblée nationale y adhèrent, il en résultera un rapprochement de lous les pai*tis qui votent avec la gauche ; mais que, dans le cas contraire, la division n'en serait que plus grande, et les défenseurs des bons principes paraîtraient aux yeux de la nation en minorité. Ces réflexions nous conduisent à déclarer que les principes posés dans les trois articles de l'imprimé cidessus font partie de ceux que nous sommes disposés à soutenir, . mais que nous ne croyons pas qu'il soit à propos d'en faire une profession éclatante si elle ne doit pas être à peu près générale, attendu qu'elle ne peut être avantageuse à la chose publique que de cette manière '^. » Ce premier échec découragea vraisemblablement Condorcet; il jugea sans doute que, du moment où Lafayette se récusait, la tentative d'union à laquelle il avait travaillé ne pouvait réussir: nous ne sachons pas qu'il ait continué ses