‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 246 sur 520 · OE\OIR DE LA CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

OE\OIR DE LA CONSTITUANTE

Constituante ne veut pas assumer la responsabilité de cette décision, qu'elle en appelle à la nation. Elle n'a plus l'autorité nécessaire pour confirmer son œuvre : la France peut seule disposer d'elle-même ; il faut la consulter. « Qu'une Convention nationale décide quel gouvernement doit être définitivement établi. Alors, si la voix de la raison décide que la France doit avoir un roi, son gouvernement pourra reprendre de la force en obtenant de la confiance ; alors l'éloignement pour la personne du roi actuel pourrait cesser. Telle est la seule mesure qui convienne à la majesté de la nation, à la dignité de l'Assemblée nationale, aux intérêts du peuple, aux intérêts même du Roi. Quel rôle funeste que celui de ses prétendus amis, qui ne veulent pas laisser aux ressentiments le temps de s'affaiblir, qui les excitent au lieu de les calmer, qui osent dire qu'il leur faut un roi sans vertus, sans popularité, c'està-dire un roi qu'ils puissent gouverner, et qui ait besoin de corrompre*... » En attendant la Convention, qu'un « conseil de gouvernement, élu par la nation et revêtu de sa confiance, exerce provisoirement les pouvoirs confiés au roi par la constitution », et la France pourra « respirer sous l'empire des lois* ».

III. — La Constituante ne déféra point aux vœux de Condorcet. Si quelques membres de la majorité eurent l'idée de sacrifier le roi, aucun n'eut celle de sacrifier la royauté, ou même de restreindre la puissance du monarque. Condorcet l'apprit très vite à n'en pouvoir douter. Un certain nombre de députés venaient régulièrement à la Trésorerie causer avec les commissaires de questions financières. Condorcet leur soumit un jour un projet de décret qui soumettait les dépenses de la liste civile à une exacte comptabilité, et à un contrôle sévère^. Il ne proposait pas une réduction de crédit ; il voulait seulement empêcher que le roi ne put corrompre personne. Sa proposition n'obtint aucun succès. Dès lors il se tint pour averti, et s'il continua d'agir, ce fut par scrupule de conscience. Lafayette s'éloignait de plus en plus de lui. Entre ces deux hommes, jadis intimes, la rupture était proche. Condorcet ne cachait point son amertume et sa déception. C'était bien à ses anciens amis du club de 1789, qu'il

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