Juslificatinn, Œuvres
ATTAQUES CONTBE CONDOIICET 263
veau des journées d'octobre. Puisque rinsurreetion avait échoué, il convenait de saisir l'occasion pour frapper et décourager ceux qu'on appelait souvent les « anarchistes », les républicains. La fin du mois de juillet 1791 fut, dans toute Tacception du terme, une ère de persécutions et d'inquisition. Paris se trouva en état de siège; non seulement Marat se cacha, et Danton s'enfuit; mais Brissot, Du Ghàteiet craignirent sérieusement pour leur liberté, et Condorcet lui-mc^me fut un instant menacé ^
Le noble qui avait soutenu la Révolution contre la cour, et l'égalité démocratique contre la noblesse, le président des Amis des Noirs, qui avait osé reprocher aux blancs leur dureté à l'égard des nègres, avait déjà bien des ennemis; Torateurdu Cercle social, le théoricien de la République, fut l'objet d'attaques passionnées. Plusieurs polémistes saisissent la plume pour rétorquer ses arguments antimonarchiques, ou les noyer sous un flot d'insultes. Ségur lui reproche d'avoir, en ses trois ouvrages marquants, soutenu trois thèses absurdes et néfastes, d'avoir demandé le droit de suffrage pour les femmes, la dénonciation du Pacte de famille, et rétablissement de la République. 11 l'accuse de s'être conduit comme un ingrat, en attaquant un prince qui l'avait nommé commissaire de la Trésorerie, et comme un hypocrite, en déclamant contre la royauté, au moment où il postulait la place de gouverneur du dauphin. Même dans les Républiques, disait Ségur, « on verra, des philosophes aspirer au pouvoir, viser à l'administration des finances, prétendre à l'éducation d'un prince, tout en désirant qu'il n'y ait plus de roi ^. » Et le Triomphe de la royauté, renchérissant encore, compare « l'impudent Condorcet», qu'il qualifie de « philosophe moderne », à Jacques Clément ; il le montre présidant aux travaux du « laboratoire obscur jacobite, où l'on pétrit et prépare les poisons de la Révolution, où l'on conserve toujours la meule qui aiguisa le poignard du scélérat J. Clément, et qui tourne sans cesse pour aiguiser » ceux des nouveaux régicides ^
Ces brochures n'avaient sans doute pas grande importance par elles-mêmes ; mais les journaux royalistes et modérés les recueillent, les citent, s'en servent pour alimenter leur polémique et nourrir
1. Cf. Aulard, Histoire politique de la Révolution, p. 162 et sq.