‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 252 sur 520 · Ibid.y · texte numérisé non relu

Ibid.y

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souhaite cette éventualité. Mais comment la réunion d'une Convention pourrait-elle effrayer les vrais amis de la liberté? Ou le régime qu'on veut instituer convient au peuple, et pourquoi serait-il modifié? ou il lui déplait, et de quel droit prétendrait-on rappliquer? On objecte sans doute que la réunion du pouvoir constituant et du pouvoir législatif aux mains d'une même assemblée est chose fort dangereuse, et l'exemple de la Constituante prouve qu'à vouloir tout décider, on décide souvent mal, et toujours tard. L'objection est fondée, Condorcet ne fait aucune difficulté de le reconnaître ; mais en quoi l'existence d'une Convention interdit-elle la convocation d'une législature? Les deux chambres n'ont pas le même rôle ; elles peuvent délibérer ensemble : l'une ne fait pas tort à l'autre. La Constituante n'aurait donc pas d'excuse si elle refusait de réserver les droits de la nation ; elle commettrait un attentat contre la souveraineté populaire, elle vouerait son œuvre à une prompte ruine et la France à d'incessantes agitations.

L'Assemblée ne se rendit point à ces arguments ; elle déclara immuable pendant 10 ans le statut qu'elle avait élaboré. Aussi Condorcet juge-t-il sévèrement sa conduite et son rôle. Revenant sur le passé, il récapitule ses erreurs, et la rend responsable des difficultés de l'heure présente. L'avenir est sombre ; la France est loin de l'heure du calme et de la paix : le soin de régler les questions en suspens, d'assurer le triomphe de la liberté reviendra à une législature nouvelle, dont les Constituants par un scrupule stupide se sont volontairement exclus* : si cette législature est formée d'hommes sans autorité, sans lumières, sans patriotisme, Condorcet prévoit les crises les plus graves. Il est passionnément désireux de jouer un rôle politique, il voudrait être élu: contre toute prévision, il va l'être.

IV. — L'Assemblée électorale du département de Paris se réunit à l'Archevêché, le 26 août. Les électeurs, choisis avant Varennes dans la bourgeoisie riche, étaient en très grande majorite royalistes et constitutionnels. Us abhorraient l'affaire du Champ-de-Mars, et demandaient à la future Assemblée de maintenir exactement la monarchie et la constitution. Lafayette et ses

i. Institut, Hss. N. S., 20, dossier Bm, n* 10.

amis, aussi bien que la cour travaillaient à écarter de la future législature les partisans de la République, ou même les candidats de nuance avancée. Un club, celui de la Sainte-Chapelle, avait été constitué pour grouper tous les fidèles de la royauté, les adeptes des Feuillants, et pour arrêter les candidatures à soutenir. Condorcet était trop compromis et trop peu populaire, pour avoir grandes chances de succès ^

Et, en effet, dans les premiers scrutins, son nom ne figure pas. Ce fut sur d'autres hommes, sur Brissot, sur Cérutti, que les électeurs patriotes se comptèrent tout d'abord, et la difficulté qu'ils éprouvèrent à vaincre était de mauvais augure pour le rédacteur du Républicain, Pourtant quelques voix se portèrent sur son nom dès le 5 septembre, et, le 20 septembre, il apparaissait comme le candidat des amis et des électeurs de Brissot ; il obtenait 125 suffrages^. A partir de ce moment, il ne quitte plus le champ de bataille; il vient en ballottage pour tous les sièges ; mais si, chaque fois, il est admis à lutter, le scrutin définitif ne lui apporte pas le succès. Après Godard, Boscary le jeune, puis Quatremère de Quincy, puis Ramond, Tami de la Lafayette, puis Léonard Robin remportent successivement sur lui. Le samedi 24, Jean de Bry, son compatriote qui, par une ironie singulière, après avoir élé son concurrent, devint Tun de ses plus grands admirateurs et de ses plus zélés lieutenants lui est encore préféré*.

1. II eut, au début des opérations électorales, l'idée de poser par écrit sa candidature ; car, dans ses papiers, figure le document suivant : « Messieurs, M. de Lacretelle a donné aux citoyens un exemple que je m'honore de suivre. Je n'ai auprès de vous d'autre titre que d'avoir employé toutes mes forces à la poursuite de la vérité et d'avoir eu quelquefois le bonheur de la défendre. Vous trouverez aisément et plus de talents et plus de lumières; mais, sûr de conserver toujours l'indépendance de mes opinions, de ne chercher dans la discussion des lois que la vérité, comme je la chercherais dans de solitaires méditations, j'ai pu ne pas me croire indigne de votre confiance. J'ai pensé que, chez une nation libre, le désir d'être appelé par le sulTrage des citoyens à servir la cause commune pourrait être regardé non comme une pensée d'ambition ou d'orgueil, mais comme une marque de dévouement envers la patrie, comme l'expression d'un sentiment qui doit vivre dans tous les cœurs, m Institut., Mss. N. S. 21, n'* 1. Selon toute apparence, Condorcet se ravisa et garda sa lettre par devers lui. Le procèsverbal n'en fait pas mention.

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