LES DÉBUTS DE LA LÉGISLATIVE
UNION ET RÉFOR^fES
l. — Le 27 septembre, Condorcetse rendit devant ses électeurs et les remercia en ces termes : « Messieurs, dit-il, daignez agréer rhommage de ma respectueuse gratitude. Vous avez voulu sans doute honorer en moi la mémoire des hommes illustres dont j'ai eu le bonheur d'être l'ami et les récompenser, dans un disciple qu'ils aimaient, de tout ce qu'ils ont fait pour préparer, pour accélérer le règne de la raison et de la liberté. Fidèle à leurs principes, c'est en conservant l'indépendance absolue de mes opinions, c'est en mettant tous mes soins à chercher la vérité, toute ma politique à la dire, que je m'efforcerai de répondre à cette marque si glorieuse de votre confiance. Une conslitulion sous laquelle un homme libre peut se trouver heureux de vivre nous garantit nos droits; c^està la maintenir, c'est à empêcher de leur porter atteinte que vous m'avez appelé y et du moins par ma fidélité comme par mon zèle, je ne me montrerai pas indigne des fonctions délicates et difficiles que vous m'avez confiées '. » C'était là une véritable profession de loyalisme : le président se hâta d'en prendre acte : « Vous fûtes. Monsieur, répondit-il à Condorcet, un de ses plus illustres prophètes (de la liberté), et
1. Charavay, Assemblée électorale^ 281. Il existe à VInstUul, (Mss. N. S. 21, dossier A, n* 2) 2 brouillons de ce discours. L'étude de ces textes montre que Condorcet a soigneusement médité et travaillé son allocution; et les protestations de fldélité à la constitution deviennent de plus en plus nettes, à mesure qu'on se rapproche de la rédaction définitive.
278 l'NION ET RÉFORMES
VOUS serez un des plus ardenls défenseurs de la conslituilon française. S'il est parmi nous des citoyens qui ont paru redouter quelques-unes de vos opinions politiques, leur crainte même fut une sorte d'hommage rendu à Tinfluence de votre gloire, hommage trop borné sans doute, car ils ne vous connaissaient pas tout entier... Celui qui est en Euftpe le premier magistrat de la raison ne peut manquer de défendre une constitution qui purgera la France de tant d'erreurs *. »
Condorcet arrivait donc à la Législative avec la ferme intention de respecter, de défendre au besoin la constitution de 1791; et, en eiïet, il ne se départit pas, durant plusieurs mois, d'une attitude strictement constitutionnelle. On s'abuserait étrangement, il est vrai, si l'on entendait par là qu'il se rallia au parti de la cour, ou même à celui de Lafayette, et qu'il devint un ami du ministère. Loin de là. Il se méfiait de Louis XVI, il craignait les empiétements du pouvoir exécutif ; le roi et le gouvernement royal eurent donc en lui un censeur vigilant et sévère, et il soutint toutes les motions constitutionnelles qui avaient pour objet, soit d'aiïaiblir le prestige du monarque, soit de subordonner plus étroitement le cabinet à l'Assemblée. Le 6 octobre, un député demande que les législateurs restent désormais assis et couverts devant le roi qui parlera debout et tête nue, et que le président, rompant avec les traditions de la Constituante, n'appelle plus désormais le monarque « Majesté ». La proposition est d'abord votée: Condorcet s'en félicite hautement; il juge excellent de montrer à tous, par un signe matériel et visible, que les représentants du peuple constituent le véritable souverain, que le roi, tout-puissant qu'il paraisse, est seulement un fonctionnaire public; et sa déception est grande quand, le lendemain, l'Assemblée rapporte son décret*. 11 eut voulu soustraire à la sanction royale toute une catégorie de décrets-lois^ ; il déclare, le 17 novembre 91, que Louis XVI n'a pas le droit de rédiger à sa guise des proclamations, ni surtout d'en appeler au peuple des décisions de la législature. Le citoyen