‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 257 sur 520 · Chroîiique de Paris, 1791, t. II, p · texte numérisé non relu

Chroîiique de Paris, 1791, t. II, p

CONDOnCET ET LA CONSTITUTION 279

peut faire ce que la loi ne lui défend point, le magistrat, ce qu'elle lui permet. La constitution spécifie les cas où le monarque a le droit de parler à la nation; quand elle se tait, le roi doit Timiter. La prérogative royale, dont les courtisans font grand bruit, n'existe pas; et comme « dans une constitution l'eprésentative, le peuple n'exerce immédiatement que le droit d'élire », demander aux citoyens de casser le décret de leurs réprésentants, c'est commettre à la fois un abus de pouvoir et une illégalité ^

On comprend donc que les monarchistes fervents aient été fort irrités contre Condorcet ; que sa vieille amie la duchesse d'Enviile ait alors rompu avec lui, et lui ait fermé son salon ^; que les directeurs du Journal de Paris, auquel il collaborait, lui aient, au bout d'une quinzaine de jours, demandé sa démission ', et que ceux de la Chronique de Paris, feuille plus avancée, lui aient demandé son concours. Mais si, dans le Journal de Paris aussi bien que dans la Chronique, Condorcet censura vivement, irrespectueusement même, les actes et les intentions du gouvernement tout entier, il n'attaqua en aucune manière, pas plus dans la Chronique que dans le Journal, la constitution de 1791, et l'institution monarchique. La Constituante a décrété que, pendant 10 ans, la loi fondamentale, élaborée par elle, subsisterait intangible. Ce décret peut être sage ou déplorable ; il a force de loi, et les députés, comme tous les citoyens, doivent respecter la loi. La France a bien montré d'ailleurs, en juillet 1791, qu'elle n'était point mure pour la République : avant de l'affranchir, il faut l'instruire et la former. Une patience de dix ans n'excède point les vertus humaines. « Français, écrivait, le 27 novembre, le rédacteur du Journal universel, sachez donc qu'un vrai républicain est un homme assez vertueux pour attendre sous un régime monar-

1. Chronique de Paru, 17 novembre 1791, n"* 321, p. 1291. Cf. Ami des Patriotes^ IV, 206. Sévère pour le roi, Condorcet Test encore plus pour les ministres; il s'élève contre le projet du ministre de l'intérieur de conférer avec les députés de 21 départements auxquels on devait distribuer des secours; il craint que le ministre n'ait inventé cette ruse pour mettre sa responsabilité à l'abri de l'inviolabilité des législateurs. Cf. Patriote français, n* du 3 novembre 1791, p. 517; Journal général de France, n'du 3 novembre 1791, p. 1241 ; Mercure n« du 12 novembre. Pairtie historique, 106.

2. Patriote français, 5 décembre 1791, p. 650; Gazette universelley 3 décembre, n* 1346.

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