Révision des travaux j Œuvres, X
282 UNION ET lŒFORMKS
mi programme d'action démocratique et d'union nationale, non de révolution ni de luttes intestines que Condorcet défend à la Législative pendant le dernier trimestre de 1791.
II. — La Révolution compte deux ennemis redoutables, les émigrés et les prêtres rebelles. Les premiers, plutôt que de renoncer à leurs privilèges nobiliaires, ont franchi la frontière et cherchent à tourner contre leur patrie la force des armées étrangères. La patience excessive de la Constituante a accru leur nombre et leur audace. 11 importe de couper court, sans délai, à leurs manœuvres perfides, de forcer les traîtres à revenir en France cliercher leur pardon, ou de sévir contre eux avec toute la rigueur des lois. Tel est le sentiment qui se manifeste, dès le début de ses séances, dans la Législative. Le 15 octobre, Goupilleau déclare que, si la patrie est en danger, la faute en est aux prêtres et aux émigrés. « Voulez-vous avoir la paix au dedans? dit-il, faitesvous respecter au dehors ^ » Le 17, il revient encore à la charge, et la question des émigrants reste dès lors en permanence à Tordre du jour. Le 20 octobre, le débat prit une grande ampleur, grâce à l'intervention de Brissot. La plupart des orateurs précédents, Lequinio^, par exemple, avaient émis Tavis qu'une loi générale sur l'émigration était contraire au droit naturel. Tout homme, disaient-ils, a la liberté imprescriptible d'aller où il veut, fiU-cc à l'étranger; l'abandon temporaire ou définitif de la France ne saurait constituer un crime. L'Assemblée ne peut punir que les actes attentatoires à la sûreté de l'fitat, commis postérieurement à la loi d'amnistie; la peine que les coupables méritent est celle de la dégradation civique, et la nation a le droit de séquestrer leurs biens et de les remplacer sans délai dans leurs charges et leurs emplois. Brissot porte la question sur un autre terrain. 11 ne croit pas, lui non plus, qu'il soit possible d'interdire l'émigration, ni qu'il soit juste de punir tous les émigrés. H importe pourtant d'arroter le mouvement, non parce qu'il prive la France de citoyens faibles ou traîtres, mais parce qu'il provoque le long des frontières nationales le rassemblement de troupes armées, et peut devenir l'origine d'une guerre générale. Comment donc forcer