‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 261 sur 520 · Moniteur, X · texte numérisé non relu

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LKS EMIGUANTS

ceux (|iii veulent sortir à rester, ceu\ qui sont sortis à revenir ? Par la terreur d'un châtiment sévère. 11 est vain de penser que la loi puisse atteindre tous les coupables : ce qu'il importe, c'est de faire des exemples. Qu'au lieu de s'attaquer aux branches, on s'attaque au tronc; qu'on frappe les conjures dans leurs chefs suprêmes, les princes français. Lorsque les émigrés verront que la loi ne reconnaît point de distinctions sociales ni de rangs, que l'Assemblée n'hésite point à sévir contre ceux-là même, à qui la proximité du trône semblait conférer l'impunité, tous courberont la tête * .

Le discours de Brissot soulève parmi son auditoire des passions contraires. Tandis que Voisard, Dubayet reprennent sa proposition en la modifiant quelque peu, d'autres députés, Dumas, Thorillon, Jaucourt la combattent plus ou moins ouvertement. Le 25, Condorcet monte à la tribune. Bien qu'ami de Brissot, il se sépare de hii. La loi qu'il a conçue et vient défendre devant ses collègues n'est pas et ne peut pas être une loi d'exception. C'est une erreur de croire que le salut public commande jamais une injustice; toute mesure inique est nécessairement une faute. Dès lors l'Assemblée ne doit écouter ni sa colère, ni sa générosité naturelle, mais réfléchir à ce qu'exigent la raison et l'équité. La nature accorde à tout homme, la constitution garantit à tout citoyen français le droit de voyager. « Dans un grand empire, la diversité des professions, l'inégalité des fortunes ne permettent pas de regarder la résidence, le service personnel comme une obligation commune que la loi puisse imposer à tous les citoyens. Cette obligation rigoureuse ne peut exister que dans le cas d'une nécessité absolue ; l'étendre à l'état habituel de la société et même à tous les temps où la sûreté, la tranquillité publiques paraissent menacées, ce serait troubler l'ordre des travaux utiles et attaquer les sources de la prospérité générale 2. »

Tout homme a, en outre, le droit d'abdiquer « définitivement sa patrie primitive et d'en choisir une autre. Dès ce moment, citoyen de sa nouvelle patrie, il n'est plus qu'un étranger dans la première ; mais s'il y revient un jour, il doit y jouir de la plénitude des

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