OPINION DE CONDORCET
lions; mais, en échange de leur neutralité, ils garderont les récompenses que leur ont valu leurs services, leurs indemnités, leur retraite. Les émigrés qui n'auront voulu ni prêter le serment civique, ni signer rengagement demandé, se seront par là même avoués traîtres, et pourront être traités comme tels. A la vérité, on ne saurait leur infliger de véritables peines, puisqu'ils n'ont comparu devant aucun tribunal : mais une intention nocive dûment constatée donne à la puissance publique le droit d'empêcher de nuire celui qui l'a conçue. Condorcet demande à l'Assemblée de placer sous séquestre les biens que les émigrés coupables de haute trahison possèdent en France *.
Ces mesures, Condorcet le prévoit, sembleront aux uns trop rigoureuses, et trop bénignes au\ autres. Assurément il eût été plus doux de pardonner aux émigrés leur conduite, de continuer à patienter. La faute en est au gouvernement, si la politique de longanimité doit maintenant céder la place à un système de lois plus sévères' : la clémence, dans les circonstances présentes, « ne serait que faiblesse ; elle réveillerait toutes les défiances, elle fortifierait tous les soupçons... Que le nom français soit respecté, qu'on rende enfin justice au peuple généreux que nous représentons, et c'est alors seulement que, sans le trahir, il pourra nous être permis de pardonner en son nom '... » D'aucuns penseront, au contraire, que ces dispositions sont insuffisantes : ennemis des compromis et des solutions moyennes, ils engageront l'Assemblée à passer de l'extrême indulgence à l'extrême sévérité, et à ne reculer devant rien pour terrifier les conspirateurs. Leur thèse comporte une certaine part de vérité; pourtant il convient de l'écarter, au moins provisoirement. Avant de frapper, il est juste d'avertir, et peut-être est-il, parmi les émigrés, des hommes timorés et indécis qu'une admonition péremptoire rallierait à la Révolution, que des menaces terribles aliéneraient à jamais*: c'est seulement à la dernière extrémité, qu'une Assemblée nationale doit se résoudre à appeler des Français traîtres. D'ailleurs rien n'est plus fAcheux qu'une menace vaine, et Timpunité est