‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 264 sur 520 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

28G UNION ET KÉFORMES

d'autant plus dérisoire que les peines annoncées sont plus fortes. Si les émigrés continuent leurs menées, c'est que le pouvoir exécutif les tolère ou les encourage. Si les ambassadeurs près des cours étrangères ne répandaient pas le bruit que le royaume est livré à l'anarchie et que le succès delà contre-révolution est prochain, les hommes qui espèrent profiter du désordre pour abolir la liberté ne se montreraient pas si hardis ni si confiants*. Une seule mesure sera utile et efficace, celle qui obligera le gouvernement à destituer ses agents coupables, et à se déclarer nettement contre les rebelles.

Jusqu'au moment où Ton aura obtenu ce changement d'attitude, il faut demeurer sur la réserve, et tout déploiement précipité d'énergie serait une faute, parce qu'il paraîtrait dicté par rafrollcment. La loi que propose Condorcet est, au contraire, équitable et prudente ; elle atteste une décision calme et réfléchie, une volonté ferme et arrêtée, de la maîtrise de soi ; et le roi ne pourra s'y opposer sans se compromettre aux yeux de la nation.

Le discours de Condorcet fut écouté par ses collègues avec un véritable recueillement -. Celait la première fois que le grand philosophe, illustre par toute l'Europe, abordait la tribune. Beaucoup de députés provinciaux le coimaissaient de réputation, mais ne Tavaicnt point encore entendu : Icin* curiosité était en éveil, el leur admiration toute prête ; il semblait que rien de banal ni de médiocre ne dut tomber d'une telle bouche. Puis, malgré le ton froid et traînant dont elle fut débitée, sa harangue était d'une noble inspiration, d'une belle tenue morale, et peut-être l'attitude do railleur mit-elle davantage en relief le trait distinctif de l'ouvrage, son caractère objectif et rationnel. Cet homme impassible, (jui se défendail contre ses propres entraînements aussi bien que contre ceux des autres, qui ne faisait point un geste, et ne variait pas le ton de sa voix, parlait de la Justice, qui ne connaît point de passions ni d'intérêts, qui demeure immuable, toujours iden-

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