‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 265 sur 520 · ÉCHEC DE CONDORCET · texte numérisé non relu

ÉCHEC DE CONDORCET

lique à elle-même, vraie pour tous et par tout ; il flétrissait les lois de circonstance, dictées par le sentiment. C'était un professeur de morale sociale qui traitait des droits et des devoirs du législateur.

Avec la réflexion, les critiques vinrent. Tandis que les journaux réactionnaires reprochent violemment à Condorcet d'avoir « cherché à entraver la liberté » des émigrés \ le Patriote français, le Journal universel assourdissent leurs éloges. Ils déclarent que son projet est « faible », qu'il n'est pas « complet ^ », qu'il a le tort de « s'appuyer sur le principe d'égalité' ». La presse avancée se rallie de plus en plus à l'opinion de Brissot. Convaincue de l'impossibilité d'atteindre tous les émigrés par une loi générale, pratique et efficace, elle demande de les frapper dans la personne de leurs chefs. Il importe d'éviter à la nation la honte possible d'avoir un jour à sa tote, comme roi ou comme régent, un des chefs de l'armée de Condé. Dans la Législative, des orateurs de tous les partis se lèvent pour réfuter le plan de Condorcet. Un discours véhément de Vergniaud n'avait pas empêché l'assemblée d'accorder, le 28 octobre, la priorité à la motion du philosophe* : le 31, Isnard prend la parole à son tour. Avec une éloquence enflammée, il dépeint l'état de la France, les dangers patents et les dangers cachés, plus effrayants encore ; il montre les ennemis de la Révolution s'entendant tous entre eux, pactisant par-dessus les frontières, sous la surveillance complaisante du gouvernement. En face d'une situation aussi grave, il serait puéril de se payer d'illusions, de se contenter de demimesures; il faut prendre des résolutions viriles. « Le projet de décret de M. Condorcet ne satisfait point à ce que réclame Injustice, à ce qu'attend de nous la France entière ^, » Condorcet fut désorienté par celte critique acerbe, emportée, à laquelle il ne s'attendait pas et se sentait hors d'état de répondre. Isnard avait attisé les rancunes et les colères : comment dès, lors, s'adresser utile-

1. Ami du roi {[{oy ou), 22 octobre 1791, p. 1-2. Cf. Mercure de France patriotique. 5 novembre 1791, p. 14-15 cl Gazette de Paris y 29 octobre 1791, p. 1 et 2.

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