‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 266 sur 520 · UNION ET RÉFORMES · texte numérisé non relu

UNION ET RÉFORMES

ment à la raison? Dans la joute oratoire qui s'ouvrait, Condorcet était vaincu d'avance, il le savait lui-même. L'attitude des députés (jui remplacèrent Isnard à la tribune acheva de le troubler. Merlin demanda rfyournement, Girardin parla dans un sens analogue. Lorsque Condorcet dut leur répondre, la partie était évidemment perdue ; la certitude de son échec le rendit plus rapide et plus complet. 11 défendit mal, avec embarras, la motion qu'il appelait sa « loi » ; ses auditeurs trouvèrent sa réponse faible, et marquèrent très nettement leur désapprobation. La question préalable fut adoptée sans débat (31 octobre) *.

ni. — La Législative avait encore à sévir contre d'autres ennemis de la Révolution, les prêtres réfractaires. Dès le 7 octobre, Gallois et Gensonné avaient signalé les menées du clergé insermenté, et le danger que, par suite de ces intrigues, la paix publique courait dans certaines provinces : Couthon demande aussitôt des châtiments terribles. Le débat est ouvert, il se prolonge, violent, tumultueux, durant tout le mois d'octobre 1791. Les uns, comme Lejaune, Monneron, réclament des lois de rigueur ; d'autres, comme Hamond, se déclarent en faveur d'une absolue neutralité. La grande majorité regrette visiblement le vote ' de la Constitution civile, mais n'ose la révoquer, de peur de sembler faible et dencourager les rebelles.

Condorcet estime, avec tous ses amis, qu'il faut imposer rapidement silence aux prêtres factieux. Sans doute le refus de prêter serment à la Constitution civile n'est, ni un crime, ni même un délit. Le réfractai re jouit de tous les droits des hommes s'il n'est (pie réfractai re ; la puissance publique commettrait un abus (le pouvoir en le traitant de hors la loi 2. Mais le clergé insermenté se sert de son influence sacerdotale pour troubler le pays: il assume dès lors la responsabilité des d('!sordres qu'il provoque; il est une association de séditieux. « Lors(|u'une classe d'hommes fait servir un système religieux de pnHexte à un plan de conspiration contre la puissance publique, lors(|ue le nombre de ceux (]if ils séduisent forme une masse considérable dans une nation cette classe (riiommes ne peut elle pas devenir l'objet de lois

1. Mercure de France pu Ir'tolique, 12 novembre 1791, p. 8(>; Chronique de l'aria, 2 novfîmbre 1791, p. 1*233; Patriote français, T' novembre, p. 509.

LE CLERGÉ RéPRACTAIRE 289

particulières ' ? » La loi leur a donné une pension, qui est un bienfait. Leur conduite éveille de légitimes inquiétudes, il est naturel qu'on exige d'eux un acte qui garantisse leur obéissance ; que, sur leur refus, on les regarde comme suspects, et que, dès lors, les traitant comme tels, on supprime leur traitement, et on les éloigne ; la Révolution a bien le droit de faire ce que Tancien régime édictait dans les moments de conflit avec la cour de Rome. Ainsi Condorcet approuve les suspensions de traitement, la loi de résidence forcée, même le bannissement des réfractaires^. Mais toutes ces mesures de rigueur, si nécessaires et légitimes qu'elles soient, seront impuissantes à ramener en France la paix religieuse et le calme. On aura chassé des ennemis redoutables, la cause première du mal et par suite le mal lui-même subsisteront en leur intégralité. Si les prêtres sont crus si facilement des fidèles, lorsqu'ils parlent d'intolérance et de persécution, c'est qu'ils ont pour eux, non la vérité même, mais l'apparence de la vérité. L'intérêt public et la raison commandent d'abolir cette apparence, et de revenir à ces principes que Condorcet exposait un an plus tôt, et dont Texpérience a démontré la justesse. Le seul moyen d'apaiser les consciences inquiètes, de prouver jusqu'à l'évidence que la Révolution ne veut et ne saurait persécuter aucun culte, c'est de briser cette union funeste que la Constituante a établi entre une Église catholique et l'Ëtat, de mettre la puissance publique tout à fait en dehors des conflits confessionnels. « Si les lois ordinaires, écrit Condorcet, n'ont pu ramener la tranquillité, est-ce parce qu'il existe une espèce de conspiration contre la Constitution ou simplement parce que la liberté du culte n'est pas établie d'après des formes précises et propres à conserver la paix? Et si l'établissement d'une liberté entière n'est point un moyen efficace de dissipel* les troubles, quelles autres mesures peuvent être compatibles avec cette liberté d'opinions et de culte qu'une loi première fondée sur les principes les plus sacrés du droit natureP?» Que désormais tous les citoyens soient libres de professer la religion, de suivre les offices qu'il

1. Sur la nécessité (Voter au clergé l'état civil. Œuvres, Xlf, 11.

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