Révision des travaux. Œuvres, X, 40i
celles dont le salut public exige Tapplication immédiate, qu'adviendra-t-il de la France? Les émigrés, enhardis et tranquilles, continueront de recruter des troupes ; les souverains étrangers se persuaderont vite qu'il existe une sorte de pacte entre le roi des Français et Tarmée de Coblentz, que la constitution est en réalité vouée à une prompte destruction ; ils s'empresseront de profiter de Tanarchie où se débat le royaume; et la nation, aflaiblie par les luttes intestines, les guerres religieuses, sera hors d'état de leur résister. Comment sauver la France ?
Il ne peut s'agir encore de changer la forme du gouvernement; la majorité des députés sont monarchistes ; et, s'ils ne l'étaient pas, les électeurs ne les suivraient point ; la trahison de Louis XVI n'est point encore assez patente pour que l'opinion publique se soit transformée. Ce qui est nécessaire, c'est de mettre fin à cet état de crise et d'incertitude, qui énerve les forces nationales. Les prêtres réfractaires, les émigrés, la cour ne résistent à l'Assemblée que parce qu'ils espèrent en l'appui de l'étranger. L'étranger répondra- t-il à leur appel? nul ne le sait : les puissances se réservent, parlent en amies, agissent en ennemies, abjurent toute pensée hostile et tolèrent des rassemblements armés sur leur territoire *. 11 importe d'éclaircir la question; il faut, non plus solliciter^ mais exiger des Ëtats voisins les mesures que commande le soin de la sécurité nationale. Si quelque souverain se refuse à témoigner son amitié par des actes, qu'on l'oblige à déclarer ses véritables sentiments: les ennemis sont moins à craindre connus qu'ignorés. La lumière complète, une véritable paix — ou une véritable guerre. Et comme la paix générale est peu probable, c'est la guerre que Condorcet accepte, appelle, réclame dès la fin de décembre 1791.
La France est à ce moment agitée de sentiments belliqueux. Au sein de la Législative, il se produit un rapprochement marqué entre les amis de Lafayette et ceux de Brissot ' ; la majorité du comité diplomatique inclinait à Tenvoi d'un ultimatum à l'Empire et envisageait sans effroi l'éventualité d'une rupture. En dehors de l'Assemblée, le mouvement guerrier est tout aussi fort. Les corps administratifs rivalisent d'enthousiasme avec les socié-