‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 271 sur 520 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

Quand TEspagne avait requis l'assistance de la France contre TAngleterre, il avait préconisé l'abstention et la neutralité ; pour éviter une rupture avec TAngleterre, il avait attaqué le Pacte de famille, pourtant si populaire ; il avait cherché à démontrer que ce traité fameux était en réalité une erreur de Choiseul, qu'il était avantageux à la cour de Madrid seule et devait être tenu pour caduc*. Il protestait à l'avance contre toute politique belliqueuse. « La guerre, écrivait-il, dans ce moment-ci, serait un malheur impossible à calculer. Gomment soutenir une constitution qui a déjà contre elle la noblesse, les prêtres, les gens de loi, les financiers et contre qui la nécessité de suspendre les payements soulèvera les capitalistes... Si la nation, irritée par des hostilités, demandait la guerre, et que TAssemblée nationale, le Roi parussent ne suivre que sa volonté, alors elle se ferait avec enthousiasme, alors on paierait pour la faire. Les capitalistes qui ne craindraient pas la banqueroute prêteraient : le risque serait encore très grand; mais cependant il serait beaucoup moindre. D'ailleurs il faut bien céder à la nécessité, mais il serait imprudent de se livrer volontairement au danger^... »

A la fin de 1791 , la guerre est justement une nécessité ; le peuple l'accepte, la raison la conseille. Pourquoi la craindre? La France a pour elle toutes les probabilités de succès. La lutte qu'elle va soutenir ne ressemble point à celles qui ont rempli son histoire. L'ancienne monarchie, en prenant les armes, songeait à conquérir des provinces, asservir des peuples. La Constituante a solennellement abjuré toute pensée de conquête et d'agrandissement : C'est uniquement pour se défendre que la France fera la guerre ; si ses armées victorieuses pénètrent chez les nations voisines, elles leur apporteront, non la ruine et l'esclavage, mais le bon-

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