Opinion, Œuvres, X
étrangères sur ses intentions et le but qu'elle poursuit. Aussi Condorcet propose-t-il d'ajouter aux mesures proposées par Brissot une déclaration dont voici l'analyse.
Le début est solennel et majestueux, comme il convient aune véritable encyclique : « A l'instant, écrit Condorcet, où, pour la première fois depuis le jour de sa liberté, le peuple français peut se voir réduit à la nécessité d'exercer le droit terrible de la guerre, ses représentants doivent à l'Kurope, à l'bumanité tout entière, le compte des motifs qui ont déterminé les résolutions de la France, l'exposition des principes qui dirigeront sa conduite ^ » La Constituante a formellement répudié toute politique de conquête et d'expansion ; la Législative, en se préparant à la lutte, n'obéit non plus à aucune pensée d'ambition : ses vues sontpures et désintéressées ; elle manquerait à ses devoirs, si elle tolérait plus longtemps les insultes dont elle est accablée. Obligée de faire la guerre à certains états, la France n'entend la faire à aucun peuple. « Les citoyens paisibles, dont ses armées couvriront le territoire, ne seront point des ennemis pour elle ; ils ne seront pas même ses sujets. La force publique, dont elle deviendra momentanément dépositaire, ne sera employée que pour assurer leur tranquillité et maintenir leurs lois. Fière d'avoir reconquis les droits de la nature, elle ne les outragera point dans les autres hommes. Jalouse de son indépendance, résolue à s'ensevelir sous ses ruines plutôt que de souffrir qu'on osât lui dicter des lois, ou même garantir les siennes, elle ne portera point atteinte à l'indépendance des autres nations... Les maux involontaires que ses troupes auraient fait éprouver aux citoyens seront réparés *. » Klle continuera d'accueillir les étrangers, de leur assurer l'indépendance et la sécurité. « Elle présentera au monde le spectacle nouveau d'une nation vraiment libre, soumise aux règles de la justice, au milieu des orages de la guerre et respectant partout, en tout temps, à l'égard de tous les hommes, les droits qui sont les mêmes pour tous^. »
La France prend les armes à regret ; elle les déposera avec joie : les assurances pacifiques, qu'elle a si souvent renouvelées,