‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 289 sur 520 · Clavière, De la conjuration des finances · texte numérisé non relu

Clavière, De la conjuration des finances

i. Gorael, Histoire financière de la Révolution (Législ. et Convention), 124.

FAUTES DE LASSEMBLÉE 315

ment par registre, de la vente des obligations, il ne fut plus question. A vrai dire, la Législative parut, le 20 mars, donner satisfaction, dans une certaine mesure, à Condorcet, en ordonnant aux officiers municipaux de parfaire la confection des rôles dans un délai d'un mois, et de choisir, sous trois jours, des commissaires qui les aideraient dans leur tâche ; mais cette loi était inapplicable. Comment achever, en un mois, un travail aussi énorme ? Comment recruter les milliers de commissaires éclairés dont le concours était nécessaire? Et surtout comment forcer les administrations municipales à exiger le payement des impositions, alors que le décret n'édictait aucune sanction* ?

III. — Cette inexpérience et cette apathie persistante de l'Assemblée désespèrent Condorcet. Les ennemis publics auront beau jeu à soutenir que la Législative n'est pas capable ou ne se soucie pas de remédier aux maux de la France. La méfiance qu'ils s'efforcent de semer parmi les citoyens est le danger le plus grave qui puisse menacer la liberté. Il faut donc enrayer le mouvement de mécontentement qui s'accuse tandis qu'il en est temps encore, mettre les patriotes en garde contre les déclamations intéressées des contre-révolutionnaires, leur rappeler tout ce que les représentants du peuple ont déjà fait, ou vont faire incessamment pour lui. Cette justification de l'Assemblée, Condorcet ne se lasse point de la tenter par la plume ou par la parole. Il multiplie dans la Chronique de Paris, les appels au calme et à la concorde. Dans la Chronique du mois'^, il écrit une Revision des travaux de la première législature, qui est en réalité un plaidoyer. Mais il juge qu'aucun de ces deux journaux ne lui offre une tribune assez éclatante pour le dessein qu'il poursuit. Le 16 février, il quitte le fauteuil présidentiel, auquel il vient d'tUre porté, et lit à ses collègues une proclamation qui est adoptée au milieu d'un enthousiasme généraP. Dans tous ces documents, il emploie les

1. Cf. Gomel, Histoire financière de la Révolution, ibid., et 125.

2. Les articles de la Chronique parurent de janvier à juin 1792. Le n*de mai ne contient aucun Tragmenl de l'ouvrage. Condorcet a sans doute voulu corriger son manuscrit, ou attendre les événements. Cf. Œuvres, X, 371-443.

3^11 prononça, avant de lire son adresse, le bref discours suivant: u M., dans un moment où de grands événements peuvent nous obliger à changer l'ordre de nos travaux, & remplacer par des objets plus pressants ceux qui ont été préparés dans les Comités, j'ai cru qu'il serait utile de

mêmes arguments pour soutenir la même thèse. La Législative a sans doute commis des fautes; mais elle a montré beaucoup de zèle pour le bien public, et ce zèle n'est pas resté stérile. Elle a pris des mesures sévères pour décourager les menées des émigrés * et les prédications séditieuses des réfractaires^. Elle s'occupe a de séparer pour jamais la religion de Tordre civiP » ; elle étudie activement le Code civil qu'il faut donner à la France *. Le comité d'instruction publique a déjà rédigé nne partie importante de son travail, « celle dont l'exécution exige le plus de temps, celle dont la nécessité est la plus pressante..., la distribution et l'organisation des établissements consacrés à une instruction qui doit être offerte à tous les citoyens^ ». Celui des secours publics « est sur le point de présenter à l'Assemblée le système complet des encouragements, des secours qu'une nation riche et libre doit à cette portion de citoyens qui, nés avec des droits égaux, mais privés des avantages de l'association commune... ont droit d'exiger que la société répare l'ouvrage de la nécessité et de la nature, rétablisse l'égalité que le sort avait altérée et conserve ou rende à l'indigence abatttue la dignité de l'homme, le caractère imposant et sacré de la liberté*"' ».

Si l'Assemblée n'a pu procurer à la nation tous les bienfaits et la paix qu'on attendait d'elle, c'est qu'elle s'est trouvée sans moyens d'action en face d'une situation anormale et critique. Elle a vu ses décisions les plus importantes annulées par un veto du roi: si elle avait été souveraine en fait, comme en droit, la liberté

présenter h la nation un exposé simple de ce que ses représentants ont fait depuis l'ouverture de leurs séances. » Insiitut,, Mss. N. S. 21, dos. A, n^ 19-

1. Adresse aux Français. Œuvres, X, 331 ; Revision des travaux^ Œuvres, X, 402 el s«|.

2. La colère de Condorcet contre les prêtres ne cesse de grandir. Le 20 janvier, il réclame avec insistance les mesures contre les réfractaires {Chronique, 20 janvier 1792, p. 77-18) ; le 23 mars il traite de la question religieuse el recommande la séparation de rKglisc et de l'État; il loue le curéde Saint-Laurent, Moi, de s'élredéclaré favcrableàla mesure {InstUuL^ Mss. N. S. 21, A, n* 11) ; le 7 avril, il loue Torné, archevêque de Bourges, d'avoir proposé la suppression du costume sacerdotal et déclare que la mesure amènerait vile « la destruction des opinions religieuses » (Chronique de Paris, 7 avril 1792, p. 380). Cf. Adresse, (Kuvres, X, 329; Revision des travaux, (Kuvres, X, 409.

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