‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 297 sur 520 · Rolland, op. cit., 2i · texte numérisé non relu

Rolland, op. cit., 2i

328 LE PROBLKME Ph'DVGfXilQlE AU XYIlf SIÈCLE

est plus nuisible qu'avantageuse aux Ëtats K » Mirabeau, VAmi des Hommes, donne à sa pensée, selon son habitude, une forme plus absolue et plus catégorique : a J'ose, Monseigneur, dit-il au margrave de Bade, assurer Votre Altesse Sérénissime, que Vinsiruclion générale et universelle de son peuple est le premier et le principal devoir d'un bon prince. » Et encore: « C'est une impiété à nous que d'abandonner à l'ignorance forcée aucun de nos frères *. » Si donc les utilitaires n'osent encore proclamer tous que l'instruction doit ctre obligatoire, tous enseignent que TËtat doit aider de toutes ses forces à la propagation des lumières.

Les philosophes du xviii* siècle qui considèrent, non plus Tintérot public, mais les droits des individus, arrivent à la même conclusion. L'homme, selon eux, lient de la nature certains droits inaliénables et imprescriptibles, parmi lesquels la liberté etTégalité. L'ignorance est une servitude ; « tant qu'il y aura tant de distance entre l'instruction du riche et celle du pauvre..., il y aura toujours deux corps dans la société, celui des lettrés et celui des ignorants, inégalité morale venant à l'appui de l'inégalité physique ^. » Cela revient à dire qu'à défaut de certaines connaissances, l'homme ne peut jouir de ses droits, et que, parmi ceuxci figure nécessairement le droit à l'instruction. L'auteur du Z>ialogue sur Vlnslruction populaire (qu'on croit être Mirabeau), emploie l'expression mcnie : « Est-il aucune créature humaine, écrit-il, qui n'apporte son droit à cette instruction, en recevant la <% *. » Diderot s'inspire constamment de cette idée: quand il demande que l'école soit « ouverte indistinctement à tous les enfants d'une nation*^ », quand il juge « aussi cruel qu'absurde de condamner à l'ignorance les conditions subalternes* », ce n'est pas seulement l'intérêt de l'État, c'est rêgalité naturelle et fondamentale des individus qu'il envisage et prétend sauvegarder.

Ainsi, quelque soit leur point de départ, les philosophes du xvin* siècle arrivent à une même conclusion : nul ne doit rester ignorant, s'il a le désir de s'instruire. Certains jugent même cette

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