L ORGANISATION SCOLAIRE
formule insuffisante : ils estiment que nul, même s'il le veut, n'a le droit de rester ignorant : l'instruction doit être obligatoire. C'est, notamment l'opinion de Diderot : « Les parents, écrit-il, doivent être forcés par la loi d'y (à l'école) envoyer leurs enfants ^ » Cette obligation imposée aux parents n'est légitime que si elle ne s'accompagne d'aucune autre obligation vexatoire ou pénible. La loi peut forcer l'enfant à venir à l'école, non le citoyen pauvre^à payer pour que son fils y vienne. L'instruction ne peut être publique, si elle n'est absolument ou partiellement gratuite. La solution de la gratuité totale, plus satisfaisante au point de vue théorique, présente de graves inconvénients ; elle supprime l'émulation entre les maîtres ; elle encombre les études supérieures de sujets médiocres, inaptes à en profiter ; elle accroît le nombre des candidats aux carrières dites libérales, et détourne de l'agriculture (critique particulièrement sérieuse au moment où les physiocrates constituent leur doctrine) ; enfin elle contraint le gouvernement à lever plus d'impôts, et fait ainsi payer ceux qui ont moins pour ceux qui ont plus. Tels sont les arguments qu'on fait valoir communément au xviir siècle, que Talleyrand développera complaisamment au début de son rapport à la Constituante, et que Condorcet lui-même s'attachera à réfuter. Du moins tous les penseurs admettent-ils que Tinstruction doit être partiellement gratuite, soit que l'on exonère de tous frais les premières années d'études, et qu'on permette, par l'organisation d'un système de bourses, aux bons élèves pauvres d'acquérir les connaissances que mérite leur génie, soit que, dès le principe, les enfants riches payent seuls, et que les enfants moins fortunés jouissent de la franchise.
IL — Les hommes du xviii® siècle ne se sont pas contentés de formuler ces principes ; de la théorie, ils ont passé à l'application; après avoir montré que l'État devait ouvrir à la nation des établissements publics d'instruction, ils se sont demandé comment il fallait organiser ces établissements, et à quels maîtres il fallait faire appel.
« C'est l'État, dit La Chalotais, c'est la majeure partie de la nation qu'il faut principalement avoir en vue dans l'éducation,