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est d'ordre tout spécial. Ils ne prétendent nullement à graver dans Tesprit du collégien une longue série de formules, d'énoncés de calculs, des* descriptions minutieuses d'appareils ou d'organes. Ce que le maître doit exposer à ses élèves, c'est Vérudition, c'est-à-dire l'histoire des sciences ; ses leçons doivent avoir pour objet de montrer aux enfants comment, par quelle méthode, le génie humain est arrivé à découvrir sans cesse plus de vérité, comment les diverses sciences se lient, s'enchaînent et s'entr' aident ; c'est un enseignement à la fois historique, philosophique et scientifique.
Les sciences forment des esprits éclairés, non des citoyens conscients. Diderot avouait lui-même que le géomètre n'avait pas toujoiys le sens des réalités ; il faut que l'enfant devienne un homme de son pays et de son temps. A l'éducation morale, il faut ajouter une éducation nationale, ou, comme l'on disait alors, civile. L'élément essentiel de cette culture est évidemment la connaissance du français: tout individu a besoin de posséder à fond sa langue maternelle, et c'est l'usage commun d'un idiome qui fait de Tunité nationale une réalité. Mais l'écolier arrivera au collège avec un bagage à peu près suffisant ; l'effort de l'enseignement secondaire portera donc sur d'autres points. Il importe que le citoyen futur soit instruit de la constitution et des lois de son pays, non seulement pour les respecter tant qu'elles subsistent, mais pour en poursuivre la réforme, s'il les juge mauvaises. Déjà l'abbé Fleury comptait parmi les études nécessaires l'économie politique, la jurisprudence et même la politique, c'est-à-dire la législation comparée. Le président Rolland, la Chalotais, Ouyton, l'abbé de Saint-Pierre, Ilelvétius, Diderot, partagent cet avis, et le fait est d'autant plus remarquable qu'ils ne croient pas en général à la valeur éducative de l'histoire et de la géographie, et qu'ils relèguent ces sciences parmi les connaissances de deuxième ordre, d'une utilité discutable.
L'enfant sortira du collège apte à exercer la plupart des métiers, des carrières, des états. Certains arts, certaines sciences, la médecine, par exemple, exigent cependant de leurs adeptes, des connaissances spéciales : il convient donc de créer des instituts techniques. D'autre part certains esprits peuvent éprouver le désir ou le besoin de compléter, d'approfondir l'enseignement qu'ils
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viennent de recevoir ; les progrès de Tindustrie même exigent que la science pure ait des fervents : de là, la nécessité d'établissements supérieurs, soit séparés, soit réunis en un tout. Personne ne soutient plus en 1789 que, là où il existe une Faculté, il doive exister un corps complet de Facultés. Beaucoup de théoriciens réservent même à la capitale la possession d'une Université (au sens littéral du mot), où Télite du royaume viendrait terminer et parfaire ses études. « N'est-il pas en effet à désirer, écrit le président Rolland, que tous les enfants participent aux trésors de science qui s'y accumulent de jour en jour, que des jeunes gens qui ont la même patrie et qui sont destinés à servir le même prince et à remplir les mêmes emplois, reçoivent les mêmes leçons et soient imbus des mêmes maximes, qu^une partie de la France ne soit pas sous les nuages de l'ignorance, tandis que les Lettres répandent dans l'autre la lumière la plus pure, en un mot qu'il vienne un jour où on ne puisse plus distinguer un jeune homme élevé en province de celui qui a été formé dans la capitale '. »
Pour maintenir la cohésion entre ces divers étages de l'instruction publique, mettre constamment les programmes en harmonie avec les progrès de l'esprit humain, et les nécessités du moment, pour établir ce <iue le président Rolland appelle la correspondance, il faut évidemment un organe central servant de régulateur, un Bureau. Sur la nature et la constitution de ce rouage, les philosophes ne s'accordent pas pleinement, mais ils sont unanimes à en proclamer la nécessité : si l'instruction pubUque est un service d'Ëtat, il faut qu'elle soit dirigée par une autorité souveraine, et rendue i(ienti(|ue sur tous les points du territoire.
III. — Ce bureau, qui joue eu somme le rôle de notre ministère, sera chargé de choisir les maîtres. La question du personnel enseignant a préoccupé beaucoup les esprits au xmiV' siècle. Les réformateurs sont en grande majorité hostiles aux congrégations. Leurs convictions philosophiques ou gallicanes ne leur permettent pas de confier la jeunesse française aux mains des serviteurs les plus dévoués de TÉglisc et de la papauté ; ils observent que les vœux d'obédience et de chasteté rendent ceux qui