Ibid
l'instruction des femmes 341
«idérons-les seulement chez elles, à leur foyer. L'enfant a besoin d'avoir auprès de lui un ami sûr et fidèle qui le surveille, le dirige ■et le conserve; le pauvre grandira, livré à lui-même, exposé sans défense aux tentations, aux erreurs, s'il ne rencontre dans sa mère un guide tendre et éclairé*. La femme doit être non seulement chérie, mais respectée des siens : comment exercerait-elle dans sa famille l'autorité qui lui appartient, si ime différence trop sensible de savoir mettait entre elle et son mari ou bien ses fils une sorte d'inégalité sociale^? Enfin Condorcet observe que la fréquentation d'une femme instruite est, pour l'esprit de l'homme, le stimulant le plus efficace qui soit et qu'ainsi la culture d'un sexe dépend, dans une large mesure, de celle de l'autre'.
La société doit donc procurer aux femmes les moyens d'acqué-3 rir les connaissances dont leurs facultés sont susceptibles ; mais il ne suit pas delà qu'elle soit tenue d'instituer, à leur usage, un enseignement spécial. Au contraire. Toutes les créatures humaines ont la même nature : ce qui convient aux unes doit convenir aux autres : l'enseignement doit être identique, qu'il s'adresse aux ^ hommes ou aux femmes^. Dès lors, pourquoi ne serait-il pas commun ? Pourquoi les classes ne seraient-elles pas mixtes? Une première raison, d'ordre pratique, milite en faveur de cette solution. L'état des finances publiques ne permettra pas de longtemps d'établir deux écoles dans chaque circonscription ^ Le législateur est donc acculé au dilemne suivant : ou violer les droits naturels pour respecter les principes traditionnels de la pédagogie, ou violer ceux-ci pour respecter ceux-là. 11 est d'autant moins permis d'hésiter, que la réunion des enfants des deux sexes, loin de présenter aucun inconvénient sérieux, offre, au point de vue social, les plus grands avantages. Les objections
i. Ibid., 217-218.