Ibid., 221, 22; cl sq
T). Ibid,, 197 et sq.
LE BUT DE l'École 343
au bonheur* ». Le père a le pouvoir souverain de donner à ses enfants l'éducation qui lui plaît. Toute violation de ce droit expose la liberté publique aux plus graves dangers. L'éducation touche à des problèmes délicats, politiques et religieux, sur lesquels rhomme est réduit à formuler une simple opinion ; or, « la liberté de ces opinions ne serait plus qu'illusoire, si la société s'emparait de ces générations naissantes, pour leur dicter ce qu'elles doivent croire 2». Sans doute l'enfant subira fortement l'influence du milieu auquel il est abandonné; mais (et l'avis de Condorcet sur ce point ne laissera pas de surprendre) cette influence ne lui sera point pernicieuse ; dans l'entourage familial, il ne contractera guère que des préjugés sociaux, dont l'instruction viendra facilement à bout^. L'éducation officielle au contraire serait une véritable tyrannie. L'école perdrait sans remède ses caractères nécessaires de neutralité et de laïcité : comment, sans violer le principe de la liberté de conscience, sans manquer aux devoirs de la société vis-à-vis de ses membres, introduire la discussion des matières de foi dans un établissement public*?
L'école doit donc se borner à instruire les enfants. Condorcet donne à ce mot un sens très spécial. Instruire, selon lui, c'est noni pas enseigner la vérité, mais apprendre à l'enfant à la découvrir par lui-même, plus encore le mettre en garde contre l'erreur. L'école doit être un foyer de pure lifmière, au rayonnement duquel l'intelligence puérile s'épanouira librement; elle serait un fléau public, si elle constituait un instrument de propagande pour une idée, un moyen d'action politique et de domination, pour un homme, im corps, un gouvernement*. L'enfant doit en sortirapte à penser, en toute indépendance d'esprit, sur toutes choses; ce serait commettre un crime véritable que d'abuser de sa faiblesse, de sa crédulité, de son obéissance pour l'asservir à une doctrine officielle, et faire de lui une créature de foi, de respect et de tradition. 11 a, par exemple, besoin d'apprendre sous quelles lois il vivra ; mais le maître devra lui présenter la constitution natio-