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CONDORCET NÉGUGE LES SCIENCES il
respondants^ et qu'il se croit peut-être tenu d'exagérer l'éloge, quand il écrit au représentant attitré de l'Académie des Sciences, à Tami de d'Alembert, nous répondrons que les expressions dont il se sert dépassent singulièrement la portée d'un compliment banal, et que, dans d'autres lettres, adressées à des tiers, l'illustre savant les a presque textuellement reproduites*. Sans doute il s'accorde avec d'Alembert à reconnaître que Condorcet n'a pas une méthode parfaite de travail, qu'il s'en tient trop aisément aux théories générales, sans fouiller assez avant le détail de ses études^. Mais s*il convient de ne pas diminuer, il importe de ne pas exagérer la valeur de ces critiques. Condorcet n'a pas tiré tout le parti possible de ses facultés ? il n'a pas eu le génie d'un Euler ? Soit. S'en suit-il qu'il n'eût pu être un mathématicien de talent? D'ailleurs, remarquons-le, Condorcet savait le cas que l'on faisait de lui ; il ignorait la plupart des reproches qu'on lui adressait : Comment, loué de ceux dont il prisait le plus l'estime, accepté très jeune par les compagnies savantes les plus illustres de l'Europe, aurait-il pu s'imaginer qu'il s'était trompé de route, et qu'une autre carrière eût été plus flatteuse à son orgueil ?
M. Charma s'est rallié à une autre hypothèse'. Pour lui, c'est Voltaire qui a su persuader à Condorcet, au cours d'un voyage de celui-ci à Femey*, d'abandonner les sciences. Cette explication ne vaut pas mieux que la précédente. A priori, il est très difficile d'admettre qu'un séjour aussi bref, auprès d'un homme aussi las et timoré que l'était Voltaire à cette époque, ait pu avoir sur le jeune géomètre l'influence qu'on prétend. En fait, Condorcet n'a point attendu jusqu'en 1771 pour s'occuper d'économie politique» Dans les carton^ de l'Institut gisent plusieurs fragments, œuvres de sa prime jeunesse, et d'autre part ce n'est point immédiatement après le séjour à Femey que commence la publication des ouvrages non scientifiques de Condorcet^.
II. — Il faut se défier de toutes ces explications superficielles et