Charma, 6-7. Cf. Arago, ibid., I, xxxv
5. Cf. Index bibliographique publié à la fin du tome I des Œuvres, ou à la fin du volume de Robinet.
12 l'homme: l'économiste
en quelque sorte accidentelles. Si Condorcet a de bonne heure déserté les mathématiques pures, la faute en est à son milieu d^abord et surtout à sa nature. En un temps qui s'occupait beaucoup de politique, Condorcet vivait dans le cénacle qui s'en occupait le plus. Chez le baron d'Holbach, chez Helvétius, plus encore que chez M"* de Lespinasse, Condorcet avait connu et fréquenté les penseurs les plus célèbres du temps, Quesnay et ses disciples Mirabeau et Dupont de Nemours, Gournay, Trudaine, Turgot, Galiani, Morellet, Caraccioli, Guibert, plus tard Smith et Mallet du Pan'. Entre ces représentants de systèmes divers, la discussion était vive, toujours intéressante. Comment Condorcet n'aurait-il pas été amené à s'intéresser à ces problèmes si complexes, et d'une si haute portée? Comment n'aurait-il pas été conduit à formuler, puis à exprimer un jugement personnel sur les questions soulevées et les solutions en présence? Comment enfin, alors que ses correspondants entendaient* suffisamment les sciences pour en disputer avec lui, ne se serait-il pas mis en mesure de pouvoir disputer avec eux des matières qui les intéressaient davantage ?
Condorcet n'eût donc pas été de son temps, s'il n'eût travaillé que les mathématiques; mais si, de bonne heure, il a relégué ses premières études au second plan, c'est que l'Économie politique répondait plus qu'aucune autre science aux exigences fondamentales de sa nature, c'est qu'il était fait pour être un économiste : c'est dans son caractère que réside, en dernière analyse, la raison profonde de son évolution intellectuelle.
Ce caractère a été souvent mal jugé, parce que, souvent, on ne l'a pas compris. Comme tous les gens timides,. Condorcet était difficile à connaître et à apprécier. 11 fallait l'approcher de très près, compter au nombre de ses amis intimes, pour pouvoir se faire de lui une idée exacte et vraie. A distance et pour le commun, son embarras paraissait de la morgue, sa réserve de la froideur ; il séduisait peu, il rebutait souvent. L'éclat de sa carrière lui valut des envieux, sa franchise parfois brutale, son ironie fréquemment amère, des ennemis, empressés les uns et les autres à accueillir sans contrôle, à propager, quand ils ne