‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 322 sur 520 · INTERNATS ET BOURSIERS · texte numérisé non relu

INTERNATS ET BOURSIERS

du territoire ? Qu'importe, puisqu*il ne s'agit plus ici de professer des opinions ? Ici comme toujours, avec le degré de science croît le degré de liberté.

Ce système d'établissements scolaires demande à être complété par l'organisation d'internats nationaux. Le petit campagnard pouvait fréquenter l'école sans quitter sa famille. Pour continuer leurs études aux chefs-lieux de district, la majorité des écoliers sera obligée, au contraire, d'abandonner la maison paternelle. L'Etat se désintéressera-t-ildu problème délicat que soulève cette émigration nécessaire ? Il n'a sans doute pas le droit de créer des pensionnats obligatoires, car la liberté des parents est chose sacrée : mais il a le devoir d'onvrir des « maisons d'éducation » librement accessibles à tous, car une institution publique offre toujours plus de garanties de surveillance, de moralité, qu'aucune institution privée. Ces maisons d'éducation seront complètement indépendantes des établissements d'instruction, et gouvernées selon d'autres principes. Condorcet s'était déclaré en faveur des classes mixtes; mais il se prononce catégoriquement pour les internats séparés. Les conditions d'existence ne sont plus du tout les mêmes, et la réunion d'individus des deux sexes présenterait de tout autres dangers. Dans chaque chef-lieu de district, il conviendra donc d'établir deux pensionnats distincts, l'un pour les filles, et l'autre pour les garçons.

L'enseignement était gratuit, le séjour dans les internats publics doit être au contraire payant. Il n'y a pas de raison pour que l'entretien de leurs enfants ne coûte rien aux parents fortunés. De plus, Condorcet le remarque avec une grande finesse, les familles riches n'auraient point d'estime pour des établissements gratuits ; elles les regarderaient comme indignes de leurs héritiers. La « maison d'éducation » aura d'autant plus de succès auprès d'elles, qu'elle exigera de ses élèves une annuité plus élevée. Et cette considération mérite que le législateur s'y arrête, car il importe à la nation que les jeunes gens aisés ne grandissent pas, sans pfendre contact avec la masse du peuple. Les attirer dans les pensionnats publics, est «le seul moyen d'influer sur leur éducation sans attenter à la liberté des familles^ ».

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